Témoignage du p. Jean Christophe

Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : son esprit (partie 3)

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La sagesse de la Croix : il en a beaucoup parlé, et il l’a notamment mise au cœur de la « Charte de Charité » de la Communauté Saint-Jean. Au début de la dernière retraite de Communauté qu’il a prêchée à Saint-Jodard, moins d’un an avant sa mort, en novembre 2005, au moment où nous fêtions les 30 ans de la Communauté, il a posé avec force la question : « Que reste-t-il après 30 ans ? » Et la réponse est venue un peu comme un cri jaillissant du plus profond de lui-même : « La sagesse de la Croix ! » C’était tellement ce qu’il vivait réellement, au quotidien. Pour lui, cette sagesse de la Croix, même si elle impliquait la souffrance, était cependant avant tout « gloire » (cf. Jn17), « grande victoire de l’Amour » (cf. Ap 19). « La Croix est sagesse en tant qu’elle est manifestation de l’Amour divin. » Nous, nous avons souvent beaucoup de mal à saisir cette exigence de l’amour divin, et à en vivre…

L’espérance et la jeunesse : on sentait en lui une espérance invincible en toute circonstance. Souvent il encourageait à « aller toujours plus loin », et comme il l’a dit aux frères à Taïwan en 2000 : « Notre devise c’est : toujours plus ! » Et aussi : « Ne pas perdre de temps ». En chapitre à Rimont vers la fin de sa vie, il disait un jour : « Priez pour moi, pour que je ne perde pas de temps, mais que j’aille jusqu’au bout… » Il ne s’agissait pas  d’optimisme naturel ou d’enthousiasme humain mais de véritable espérance théologale, qui ne s’appuie que sur Dieu et ne désire que Dieu. Il nous rappelait souvent que « l’Apocalypse » de Saint Jean est le « livre de l’espérance », et que c’est « l’accomplissement de la volonté du Père » qui fait grandir notre espérance. Voici une histoire racontée par un frère : le père Marie-Dominique reçoit un coup de téléphone pendant un entretien avec ce frère, et s’effondre progressivement sur son siège… il finit par raccrocher, semblant terrassé par ce qu’il vient d’entendre, puis se redresse en disant : « Mais qu’est-ce que ça fait tout ça ? le Christ est ressuscité ! » Et il reprend sa conversation.

C’est sans doute cette espérance qui lui donnait une jeunesse de cœur incroyable, nous disions qu’il était le plus jeune d’entre nous ; il semblait toujours prêt à rebondir pour aller plus loin dans la course de géant qui l’emportait vers le Ciel.

La personne humaine : le père Philippe a beaucoup réfléchi sur la personne humaine en philosophie, spécialement du point de vue métaphysique, et il voulait que nous comprenions l’importance de cette recherche. Pour lui, la métaphysique n’était pas quelque chose d’abstrait (ce que nous avons souvent du mal à comprendre…), c’était le regard humain le plus profond sur la réalité. C’est pourquoi cette connaissance métaphysique, unie à sa foi et à sa charité, lui permettait d’avoir un regard si pénétrant sur chaque personne qu’il rencontrait dans sa vie quotidienne, non pas le regard de « la psychologie des profondeurs », mais un regard qui atteignait l’être profond et unique de chacun, la bonté profonde de chacun, et qui lui permettait d’être si présent, d’avoir une telle attention aimante à tous ceux qu’il rencontrait, même pour la première fois.

D’autre part, du point de vue théologique, il en est venu à penser que Saint Thomas d’Aquin n’était pas le thélogien de la nature, comme on le dit souvent, mais plutôt le thélogien de la personne.

Parce que la Vierge Marie est la personne humaine la plus parfaite, sa connaissance métaphysique de la personne a aussi permis au père de parler d’Elle avec une profondeur unique. Et c’est bien ce que le père Dehau lui avait dit : « Tu dois faire de la métaphysique pour bien parler de la Sainte Vierge. »

Cette « métaphysique de la personne » l’a sûrement aussi beaucoup aidé à avoir un très grand sens de la charité fraternelle et de l’amitié.

La charité fraternelle et la miséricorde : il ne se contentait pas de nous exhorter souvent à la charité fraternelle, d’abord entre nous et à l’intérieur de la Famille Saint Jean, mais il était aussi pour nous un témoin infatigable du don total de soi à ses frères et à tous. Il nous accueillait très chaleureusement à chaque fois que nous allions frapper à sa porte ou que nous l’attrapions dans un couloir, sauf s’il était déjà pris impérativement par autre chose, alors il nous demandait d’essayer de repasser à un autre moment, mais ne manifestait jamais d’impatience ou de lassitude qui aurait pu nous retenir d’aller le voir. Il lui arrivait parfois de passer beaucoup de temps avec des personnes qui demandaient souvent à le voir… En bref, il manifestait une inépuisable charité à l’égard de toutes les personnes qu’il rencontrait, il était pour nous un témoin inlassable de la miséricorde infinie du Père…et il voulait que nous entrions dans cette folie de la miséricorde « du Coeur blessé de l’Agneau ». 

 Le 8 décembre 2000, à l’occasion du Jubilée des 25 ans de la Famille Saint-Jean à Paray-le-Monial, il est intervenu à la fin de la liturgie de demande de pardon, pour dire qu’on avait oublié le plus important : demander pardon pour nos manques de charité fraternelle ! Et il s’est mis à pleurer devant toute l’assemblée sur nos manques de charité fraternelle… Ce fut pour moi un moment bouleversant, inoubliable…

Il nous rappelait souvent que nous ne devions jamais dire du mal de nos frères devant des personnes de l’extérieur. Je crois que dans son cœur il n’y avait que charité pour tous et une très grande confiance en nous, et que c’est pour cela qu’il se permettait parfois de relever les imperfections de nos frères. Vers la fin de sa vie, il a dit à un frère : « On s’aime comme des robots dans cette Communauté ! » Nous sommes loin d’être à la hauteur de ce qu’il attendait de nous dans ce domaine…

L’amitié : il en a beaucoup parlé en philosophie, non seulement en éthique, mais aussi comme une voie de découverte de l’Être Premier, et il en a beaucoup vécu. Il disait facilement de telle ou telle personne qu’il avait connue que c’était un ami, ou qu’ils s’aimaient beaucoup. Ceci est lié à toute sa recherche sur la personne. Il disait souvent : « L’Eglise est un tissu de relations personnelles » Et quand je le voyais personnellement, j’avais parfois l’impression que ce qui l’intéressait le plus c’était que je lui parle de mon amitié avec telle personne. Cependant, l’amitié était pour lui quelque chose de si profond et élevé qu’il rappelait parfois que les vraies amités, profondes, sont rares. C’était sans doute pour nous mettre en garde contre le danger de ramener l’amitié à une relation sensible et superficielle, ce que nous faisons facilement…

En même temps, il était affectueux et donnait souvent des marques d’affection dans les relations personnelles, comme de nous serrer les mains. Il rappelait souvent : « L’insensibilité est le pire des vices. Il n’y a rien de pire qu’un curé rationaliste ! » Au sujet de l’exercice de l’amitié, il nous mettait en garde : « Il faut distinguer la tendresse sensible et la tendresse sexuelle, il y a une tendresse qui n’est pas sexuelle. La charité peut tout assumer, sauf l’aspect sexuel. » Et quand je lui ai posé un jour des questions très concrètes sur les gestes de l’amour dans l’amitié, j’ai constaté qu’il était très prudent, demandant d’éviter les gestes qui pourraient être imprudents pour la chasteté. Et il insistait beaucoup sur la pauvreté dans l’amitié : « L’important c’est d’être pauvre, de tout remettre à la Très Sainte Vierge, elle a donné gratuitement, elle peut le reprendre quand elle veut. » Et dans une des dernières retraites de Communauté à Rimont, il a fait presque toute une conférence sur la vraie place de l’amitié dans la vie religieuse, rappelant une fois de plus que, pour nous religieux, elle est évidemment totalement relative à notre consécration à Dieu.

Esprit de virginité : sans négliger, évidemment, les exigences du voeux de chasteté propre à la vie religieuse, le père préférait plutôt nous parler de « l’esprit de virginité », désir de donner tout notre coeur et toute notre personne à Dieu, en réponse à son « amour jaloux » pour nous. C’est cet esprit de virginité qui nous permet de vivre joyeusement dans la chasteté. Il nous mettait souvent en garde contre la tentation de devenir « un vieux garçon » ou « une vieille fille », tout replié sur soi-même, caricature du voeux de chasteté. Un religieux n’est pas quelqu’un qui a peur d’aimer ou cherche à se protéger, mais au contraire quelqu’un qui aime de plus en plus comme Jésus aime, car il est de plus en plus proche de Celui qui est Amour et Source de tout amour.  

Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : son esprit (partie 2)

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« NOUS SOMMES FAITS POUR AIMER ! » Le père n’a cessé de nous parler de l’amour, en philosophie et en théologie. « La grande misère d’aujourd’hui, c’est qu’on ne sait plus aimer ». C’est pourquoi, je crois qu’il a cherché par-dessus tout à nous apprendre, par ses paroles et ses actes, la vérité de l’amour, aussi bien de l’amour humain que de l’amour divin. Dans le livre « Suivre l’Agneau », il écrit : « D’une certaine manière, Dieu est plus Amour que Lumière ». Et dans une homélie magnifique donnée à Rome en 2006, il insistait avec force : « On veut AIMER ! » D’autre part, toute sa vie au milieu de nous exprimait cet esprit qui l’habitait : le primat de l’amour et de la soif d’aimer.

Être fils de Jean : il désirait ardemment l’être, et il l’était éminemment, pas d’une manière imaginative ou romantique, mais très profondément ; et il voulait que nous comprenions tous que c’est la grâce que le Seigneur voulait donner à la Communauté Saint-Jean. Il le disait souvent : « Si je désire qu’il demeure… » (Jn 21, 22). Je  me souviens de sa joie quand je lui ai dit un jour que je l’avais compris : « Oui, c’est ça ! » Et il voulait qu’on soit « fidèles jusqu’au bout » (expression qui revenait souvent) à cet appel de Jésus sur nous. Et cet appel c’est fondamentalement de « suivre l’Agneau partout où il va… » (Ap 14, 4) Au moment de la crise de 2001, il m’a dit en privé : « On voudrait se faire un nom, être comme les autres… Mais non ! Acceptons d’être différents, de ne pas avoir de renommée, soyons ce que Dieu veut pour nous. »

La contemplation : parce qu’une des caractéristiques principales de Saint Jean est d’être un contemplatif, le père nous rappelait souvent que « la soif de contemplation » doit être le coeur de notre vie. Lui-même ne passait pas de nombreuses heures chaque jour en oraison, il était trop donné à tous ceux qui avaient besoin de lui, mais on le sentait habité, totalement saisi intérieurement par cette soif de Dieu. Comme l’a bien dit un des premiers frères de la communauté : « Pour moi, le père c’était d’abord un contemplatif. »

Je me souviens qu’à St-Jodard il donnait, plus ou moins régulièrement, des enseignements sur l’oraison, et il prêchait souvent sur le cri de soif de Jésus. « Celui qui dit qu’il n’est pas fait pour l’oraison, n’est pas fait non plus pour la vie apostolique. Être fidèle au petit temps d’oraison de chaque jour. » Il nous rappelait souvent que nous n’étions pas bénédictins, et que pour nous ce n’est pas la liturgie qui est première, mais la contemplation : « Si Communauté Saint-Jean existe, c’est pour maintenir la contemplation dans l’Eglise, et une contemplation doctrinale ». Cette contemplation, vécue dans une amitié intime avec le Christ, est une participation au regard brûlant d’amour que Jésus, Verbe de Dieu et Fils bien-aimé, porte sur son Père.

Le désir : il citait souvent Sainte Catherine de Sienne : ce qui est le plus important aux yeux de Dieu c’est notre désir. Il nous rappelait sans cesse que Jésus regarde d’abord notre désir, les intentions de notre cœur. Il répétait souvent (sans doute parce qu’il voyait bien que nous avions cette tentation) : « Ne regarder que les résultats, c’est du positivisme ». Il me dit un jour en privé : « La sainteté chrétienne est dans le désir. Nous devons comprendre que les désirs sont plus que la réalité »

Etre mû par le Paraclet : pour lui, c’était quelque chose d’essentiel et de très concret. Un frère proche de lui a raconté qu’il arrivait parfois au père de dire tout d’un coup, alors que tout était prévu et qu’on s’apprêtait à partir : « Non, ce n’est pas ça qu’il faut faire… », et de changer tout le programme. Et il a écrit clairement dans la « Charte de charité » de la Famille Saint-Jean combien c’était important pour nous d’être dociles au Paraclet.

Concrètement, c’est à travers notre conscience que l’Esprit-Saint nous parle, et quand quelqu’un disait : « en conscience, je… » il se mettait parfois en colère : « Mais tout ce que nous faisons doit être fait en conscience ! »

Marie : elle est, sans aucun doute, un des grands secrets de son cœur. Il est né un 8 septembre, Fête de la Nativité de la Vierge Marie, et le 26 août, date de sa mort, est aussi une fête de Marie. Toute sa vie est enveloppée par elle, il a beaucoup parlé d’elle, écrit sur elle, et surtout il s’est totalement consacré à elle, comme un tout petit enfant (cf. sa prière écrite le 8 septembre 2002), et il nous a toujours invités à faire la même chose. Dans la « Charte de charité », il a écrit que c’est « en recevant Marie de Jésus crucifié, à la manière de notre père Saint Jean », que nous comprendrons toujours plus l’appel de Dieu sur nous. » Cette alliance avec Marie est donc quelque chose d’absolument essentiel pour lui. Il fait sûrement partie des apôtres des derniers temps dont a parlé Saint Louis-Marie de Montfort, et nous sommes invités par l’Esprit-Saint à le devenir aussi.

L’adoration et l’abandon: il nous renvoyait sans cesse à l’adoration, comme le fondement de notre vie chrétienne et de la vie religieuse. Une année, il en avait fait le thème principal de la retraite de Communauté. C’est sans aucun doute quelque chose qui est caractéristique de son esprit. Cela est peut-être lié au fait qu’il était philosophe ; en effet, la découverte philosophique de l’Être Premier Créateur donne au philosophe un sens éminent que l’adoration est fondamentale dans la vie de l’homme.

Et l’adoration conduit à « l’abandon » de soi-même entre les mains de Dieu, non pas un « abandon psychologique », qui consiste à se laisser aller en attendant que tout nous tombe du Ciel, mais un « abandon divin », qui consiste à coopérer le mieux possible à l’oeuvre de Dieu en nous, en cherchant de toutes nos forces à faire sa volonté, car c’est uniquement en cherchant à « faire pleinement le bon plaisir du Père », comme il le répétait souvent, que nous nous abandonnons réellement à sa conduite sur nous.

Le primat de la finalité : c’est de toute évidence un des axes principaux de son esprit et de la formation qu’il nous a donnée : regarder toujours la finalité, avant tout, dans tout ce que nous vivons et faisons : en vue de quoi ? Car seule la finalité permet d’avoir la compréhension ultime de la réalité : ce en vue de quoi elle est. Il me dit un jour en privé : « On n’a rien fait que mettre en pleine lumière la finalité, mais ça change tout, non seulement en philosophie mais aussi en théologie ». Il insistait pour que nous comprenions que, contrairement à une opinion répandue, la causalité finale n’est pas une cause « métaphorique » mais réelle. Tout en étant tellement déterminé par rapport à la finalité, il avait cependant une souplesse quasi infinie dans l’ordre des moyens, il était prêt à tout…

Le primat des vertus théologales : cela aussi est au coeur de la formation qu’il nous a donnée. Il n’a cessé de nous rappeler, notamment pour le renouveau de vie religieuse, que la vie chrétienne n’est pas d’abord une vie morale humaine, même si elle demande évidemment que nous fassions l’effort d’acquérir toutes les vertus morales. Il disait que les hommes d’aujourd’hui sont tellement abîmés et fragiles qu’il faut tout reprendre par le haut, c’est-à-dire par ces vertus « théologales » qui nous sont données gratuitement par Dieu et nous orientent directement vers Lui. Et ce sont elles qui transformeront progressivement toute la « pâte humaine ». Il n’était jamais moralisant, il avait toujours un regard de foi, d’espérance et d’amour divin. Cependant, il lui est arrivé de dire : « On n’insiste peut-être pas assez sur les vertus morales… »

Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : son esprit (partie 1)

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II. SON ESPRIT

Toute la vie et tout l’enseignement du père Marie-Dominique révèlent son esprit. On a déjà beaucoup dit sur ce sujet ; les lignes qui suivent ne prétendent donc pas du tout avoir un caractère exhaustif, il s’agit seulement de quelques réflexions, liées parfois à des souvenirs personnels

La recherche de la vérité et la sagesse : c’est évidemment un des aspects essentiels de son esprit, comme il l’a dit lui-même : « J’ai consacré ma vie à la recherche de la vérité. » Et c’était aussi pour lui une des principales raisons d’exister de la Communauté Saint-Jean : « la recherche de la vérité à travers tout ». Il cherchait la vérité en toutes choses, et il s’intéressait à tout, mais avant tout à la sagesse, aux « trois sagesses » :  philosophique, théologique et mystique.

 Il ne cessait de nous rappeler que l’intelligence humaine est capable par elle-même de connaître Dieu et que, par conséquent, nous devons faire l’effort d’acquérir cette sagesse philosophique qui consiste à découvrir l’existence de Dieu et à le contempler avec notre intelligence. Il revenait souvent sur la distinction entre science et sagesse, et il demandait parfois avec force : « Où enseigne-t-on encore la sagesse ? »

 L’encyclique « Fides et Ratio » de Saint Jean-Paul II, qui confirmait d’une manière éclatante ce que le père avait fait en rappelant la nécessité d’une « philosophie sapientiale », fut certainement un grand réconfort pour lui. Le Cardinal Ratzinger aurait dit, peu de temps après la parution de l’encyclique, que c’était pour le père Philippe que Jean-Paul II l’avait écrite ! Et le père nous disait souvent combien le Saint-Père se souciait que la métaphysique soit enseignée. Un frère a rapporté qu’à l’occasion d’une visite à Jean-Paul II avec le père, le pape avait demandé expressément aux frères d’être fidèles à la recherche métaphysique du père Philippe.

Il n’accordait pas seulement une grande importance à la philosophie, mais peut-être encore plus à la  théologie, et nous rappelait souvent qu’il fallait que nous soyons tous des théologiens pour l’Eglise d’aujourd’hui, à l’école de Saint Thomas d’Aquin, mais aussi à la manière de Saint Jean « le théologien », comme lui-même l’était éminemment.

Malgré ce gigantesque effort qu’il a fait toute sa vie pour chercher et transmettre la sagesse du point de vue philosophique et théologique, le père a toujours été clair sur le fait que ce que nous devons désirer et demander avant tout et par-dessus tout c’est la « sagesse mystique », infuse en nous directement par l’Esprit-Saint grâce au don de sagesse, qui nous donne une connaissance intime de l’Amour Trinitaire, connaissance dépassant de beaucoup tout ce que notre intelligence peut saisir grâce à la philosophie et la théologie. C’est pourquoi il disait : « Rien n’est plus important dans notre vie que le don de sagesse ! » 

Tous ses enseignements et ses prédications n’avaient pas la même qualité, tout n’était pas toujours très passionnant pour tout le monde, parfois sa manière d’enseigner ou de prêcher pouvait même être un peu pénible pour certains (il était lucide sur ce point). À la fin de sa vie il me semble qu’il a même parfois dit des choses un peu curieuses, sur lesquelles il devait revenir ensuite. Et j’ai entendu un frère dire que le père Marie-Dominique répétait beaucoup la même chose ; ce n’était évidemment pas entièrement faux, après 60 ans d’enseignement… Cependant, une des choses les plus impressionnantes chez lui, c’est qu’il a continué à chercher la vérité, sans s’arrêter à ce qu’il savait déjà, jusqu’à la fin. Par exemple, à presque 80 ans il s’est mis à dire que, contrairement à ce qu’il avait penché à dire jusque là, on ne pouvait pas être sûr, philosophiquement, que l’âme humaine était créée dès la conception de l’embryon. Un autre exemple : toute la recherche qu’il a développé les dernières années de sa vie sur la découverte de l’existence de Dieu par la « ratio boni » ; ou tout le livre « Retour à la Source », qui est une recherche qu’il a développée les dernières années.

Au sujet de sa quête incessante de vérité et de sagesse, il faut évoquer aussi l’histoire, que nous l’avons tous entendu raconter plus d’une fois, de son frère dominicain (le père Ramirez) lui demandant de persévérer dans sa recherche et son enseignement tout en l’avertissant qu’il serait, à cause de cela, « haï, haï, haï ! ». C’était nous dire qu’il se savait haï par certains pour ce qu’il faisait, et que, si nous voulions marcher sur ses traces, nous le serions aussi…

Tout en nous encourageant beaucoup à développer notre intelligence, il nous rappelait souvent aussi que nous ne devions pas tomber dans l’orgueil, « l’orgueil de l’intelligence, l’orgueil des théologiens… ».

Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : les dernières années et le dernier mois

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Les dernières années

Bien qu’il ait gardé presque jusqu’au bout un rythme de vie très intense, il est clair que sa manière de parler, de marcher, etc… a nettement ralenti à la fin. Il parlait de plus en plus lentement. Il donnait moins de cours, bien qu’il ait, durant les toutes dernières années, retrouvé sa voix.

Et même sa manière d’enseigner a changé ; un frère très proche de lui disait : « L’analyse ne l’intéresse plus, c’est la contemplation. » Il semble qu’à partir de la fin des années 90, il faisait moins d’analyse en philosophie, il nous donnait plus un regard de sagesse.

Quand il a eu 90 ans je crois, la Congrégation pour l’Education Catholique (du Saint-Siège) a demandé que ses cours ne soient plus comptés comme faisant partie des cours nécessaires pour les candidats au sacerdoce. Il continuait donc à donner des cours, mais on appelait ça « conférence de philosophie 1ère » ou autre. D’autres frères professeurs faisaient les cours qui comptaient pour la ratio des frères.

D’autre part, il devait dormir davantage. Il m’a dit une fois que le médecin lui avait dit que quand on a beaucoup tiré sur le sommeil dans sa jeunesse on doit dormir plus quand on est vieux, contrairement au commun des vieillards qui perdent le sommeil. Il ne venait plus à l’oraison ni aux laudes, le matin ; le cours de 7h30 fut déplacé après le petit déjeuner. Le soir après diner, il s’endormait souvent pendant la conférence (j’ai assisté une fois à cela, il y eut plusieurs minutes d’un silence de mort dans la salle, personne ne sachant quoi faire, jusqu’à ce que le frère prieur aille lui apporter un verre d’eau pour le réveiller…). Il continuait à recevoir les frères après le Salve, mais pas aussi tard qu’avant. Les jeunes frères pouvaient difficilement le rencontrer personnellement. Il se couchait probablement plus tôt.

Il semblait voir et entendre de plus en plus mal, et souffrait sûrement de plus en plus de ses innombrables problèmes de santé. C’est un frère de la communauté qui est devenu son médecin traitant habituel.

Il prenait tous ses repas seul, mais les frères qui avaient besoin de le voir pouvaient parfois aller prendre le repas avec lui, dans son bureau.

Il perdait la mémoire. Il avait besoin de lire très attentivement tous les textes de la messe pour ne pas oublier. Il ne reconnaissait plus certains frères et certaines sœurs. En avril 2006, quelques mois avant sa mort, il ne m’a pas reconnu les premières fois où je l’ai vu (je l’avais trouvé très bon mais un peu lointain, pas affectueux et proche comme d’habitude). Mais quand je suis retourné le voir encore une fois, il s’est écrié : « Ah, cette fois on le reconnait ! » et il s’est montré proche comme auparavant. Il y avait un chapitre général de la congrégation des frères à ce moment-là ; il ne participait quasiment pas aux débats du chapitre en raison de sa fatigue, mais donnait chaque jour, pour les frères membres du chapitre, une conférence à la chapelle, située en face de son bureau, au même étage. Quand je l’ai remercié des magnifiques conférences qu’il nous avait données, il a répondu à peu près: « Il ne reste plus que l’essentiel, le reste on oublie… »

Vers la même époque, on lui a proposé un médicament chinois qui aurait pu l’aider, il a répondu très fort : « Oui, je veux ! », comme s’il voulait rester le plus possible sur terre, pour nous. Mais ensuite il n’a pas réussi à le prendre, car il ne supportait pas le goût de ce médicament, même mélangé à des aliments.

Après sa mort un frère très proche de lui a dit qu’à la fin de sa vie il vivait une espèce d’agonie. Par exemple, quand le Cardinal Rodé l’a remercié, lors de ses 70 ans de sacerdoce, il n’y croyait pas, car il se pensait rejeté…

 

Le dernier mois

Soeur Alix a dit, parlant du jour où le père a eu son accident cérébral, le 20 juillet 2006 à Saint-Jodard : « Quand je suis entrée, j’ai eu l’impression de voir une descente de Croix : il était couché sur le lit, la tête renversée en arrière… » Le père est resté là jusqu’à sa mort. Il pouvait encore se déplacer un peu dans sa cellule et son bureau, probablement aidé par quelqu’un, mais il n’a jamais retrouvé la parole, lui qui a parlé toute sa vie, peut-être plus que n’importe qui. Il fallait donc qu’il finisse sa vie en témoignant de ce qu’il nous a toujours dit : « La parole doit conduire au silence de l’amour ». Il passait la plupart du temps sur son lit, surtout les derniers jours car il était de plus en plus faible, ne mangeant quasiment rien, et comme il avait des escarres, il fallait donc le retourner souvent. Au moment de sa mort, son visage était extrêmement maigre.

Il ne pouvait plus célébrer la messe, un frère célébrait pour lui chaque jour. Comme parfois il refusait de communier, les frères ont fini par comprendre que c’était parce qu’il voulait concélébrer ! Un frère a rapporté : « Un jour, lors des paroles de la messe : « Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous ! », on l’a entendu pousser un grognement, comme s’il avait voulu exprimer combien il voulait nous donner cette paix ! » Le Cardinal Barbarin a célébré la dernière messe auprès de lui, le 25 août.

Le prieur général ayant demandé que les frères poursuivent leurs apostolats d’été sans rien changer, il n’y avait pas beaucoup de frères à Saint-Jodard, cependant certains ont pu aller le voir pendant ce dernier mois. Tout le monde l’accompagnait par la prière pour ce qui était, à n’en pas douter, son ultime préparation avant « le grand bond dans l’éternité », selon l’expression qu’il avait lui-même employée quelques mois auparavant, priant dans la chambre de Marthe Robin. Un jour les frères de St-Jodard sont venus le voir ensemble dans son bureau et pendant un long moment il s’est efforcé de leur parler, mais rien d’intelligible ne sortait de sa bouche malgré tous ses efforts…

Des frères et sœurs veillaient auprès de lui chaque nuit. Le 25 août, le frère médecin a dit, semble-t-il, qu’il pensait que c’était bientôt la fin. Et comme cette nuit-là il veillait auprès du père, à un moment, sentant la fin approcher, il lui dit : « On est avec vous, père ! », et peu après… C’était vers 4h30 que le père Marie-Dominique est parti, il est parti assez vite.

Le lendemain, il y eut aussitôt un message magnifique du Saint-Père Benoit XVI envoyé au prieur général des frères. La supérieure générale des Missionnaires de la Charité, quant à elle, nous apprenait dans son message que le 26 août est l’anniversaire de la naissance de Mère Teresa et la fête liturgique de Notre Dame de Czestochowa, si liée à Saint Jean-Paul II ! « Ils se réjouissent maintenant tous les trois dans le ciel ! »

Son corps est resté exposé dans la chapelle de Saint-Jodard jusqu’au jour de l’enterrement. Il a été enterré à Rimont, mais je crois que le père Marie-Dominique avait dit dans le passé qu’il souhaitait être enterré à Saint-Jodard, auprès du noviciat.

Je crois donc qu’on peut dire qu’il a vécu au quotidien, au milieu de nous, la charité héroïque pour Dieu et pour le prochain. Pourtant, ces aspects encore un peu extérieurs n’étaient pas le plus important pour lui, il nous rappelait sans cesse que l’important c’est l’esprit !

 

Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : maladie à TAIWAN

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Maladie à Taïwan (janvier 2000) : étant à Taiwan à ce moment-là, j’ai eu la chance d’être, avec quelques autres frères, témoin de cet épisode particulier de sa vie, je souhaite donc en dire un mot.

Le frère qui l’emmenait à l’aéroport de Lyon le jour de son départ a senti que quelque chose n’allait pas, mais le père Philippe a répondu : « Si je n’y vais pas cette fois-ci, je n’y retournerai plus. » A son arrivée à Taipei, il est sorti de l’aéroport en chaise roulante ; mais c’est seulement tard le soir que nous avons pris vraiment conscience de la gravité du problème et que nous avons appelé le Dr Reich, qui le suivait à cette époque, et qui a immédiatement dit que c’était une hémiplégie et qu’il fallait tout de suite lui faire de l’acuponcture (ce qui n’a pas été fait, à cause d’un frère qui avait un autre point de vu). Il a finalement passé 15 jours au grand hôpital catholique de Taipei, et c’est là qu’un acuponcteur a fini par venir le soigner. Il était totalement épuisé ; le 1er jour il a dormi presque toute la journée. Pendant ces 15 jours, j’étais auprès de lui avec le frère responsable du Vicariat d’Asie ; un autre frère a beaucoup aidé aussi (il fallait veiller sur lui presqu’en permanence, jour et nuit), une sœur contemplative taiwanaise était là aussi.

Peu après son arrivée à l’hôpital, les infirmières, de jeunes femmes taïwanaises, ont voulu lui donner un bain, car il n’était plus en état d’en prendre seul. Le père a refusé, demandant que ce soit moi, un frère, qui lui donne, et c’est ce qui a été fait.

 Il a récupéré petit à petit, et au bout de 15 jours nous avons pu l’emmener au prieuré. Avant son départ, il a donné une petite conférence pour les amis, à l’hôpital ; mais sa bouche restait encore légèrement tordue et son élocution n’était pas encore redevenue normale. En remettant son habit dominicain, qu’il n’avait pas porté depuis deux semaines, il me dit en riant : « Le moine revient ! »

Il lui a fallu passer encore 15 jours au prieuré avant d’être en état de rentrer en France. Pendant ces 15 jours, il faisait des exercices de rééducation et parfois se promenait un peu sur la route, toujours accompagné par un frère. La nuit, un frère dormait toujours auprès de lui. Un matin au réveil, il remet ses lunettes : « Mes yeux …», son dentier : « Mes dents… », son appareil acoustique : « Mes oreilles… », et il dit en plaisantant : « Ahlala, on sait pas ce qui reste de bon sur ce bonhomme ! »

Pendant ce mois si particulier avec lui, j’ai été impressionné par sa volonté de fer : il supportait pratiquement sans jamais une plainte toutes les souffrances et désagréments (même parfois de choses qu’il aurait pu facilement éviter), et il faisait tout son possible pour se remettre et pour pouvoir rentrer en France rapidement. Je l’ai vu vomir le médicament chinois qu’il s’était forcé à avaler (il détestait ce goût) et se préparer à réavaler ce qu’il venait de vomir, pour ne pas gaspiller… Heureusement un frère lui a dit de ne pas le faire, et il a obtempéré. Il a dit un jour à un autre frère : « J’ai été trop stoïcien ».

Cependant, ce qui était plus profondément marquant, c’était la docilité avec laquelle il se soumettait à tout ce qu’on lui demandait de faire, par exemple les exercices de rééducation (il avait 88 ans !), sa gratitude pour ce que nous faisions pour lui, l’intérêt qu’il avait pour tout ce qu’il ne connaissait pas, par exemple le « temple de la tortue » (temple taoïste situé au bout de la rue du prieuré). Et on voyait sa bonté habituelle…Mais un jour où un frère a oublié de prendre les documents nécessaires en l’emmenant à l’hôpital, il s’est mis en colère.

Voici un épisode douloureux mais très instructif pour moi : le 28 janvier, fête de Saint Thomas d’Aquin, j’apprends tout à coup par quelqu’un d’autre qu’il va chez les sœurs faire une conférence sur Saint Thomas ; étant prieur, je trouve curieux qu’il ne m’ait rien dit… J’apprends ensuite par une sœur qu’il a dit : « Les frères ne me demandent rien » ! Fait très représentatif de son désir de communiquer la lumière en toutes circonstances, alors que nous pensions bien faire en ne lui demandant rien pour ne pas le fatiguer.

Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : sa vie quotidienne (quatrième partie)

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Programme hebdomadaire : Chaque semaine il passait environ trois jours à St-Jodard, un jour et demi ou deux jours à Rimont, une demi-journée à Semur, et durant les weekends il visitait des prieurés ou avait parfois d’autres apostolats. Vers la fin de sa vie, il m’a dit en privé que s’il passait une semaine sur deux à St-Jodard et Rimont, cela éviterait que toutes les choses à faire et régler lui tombent dessus tous les deux ou trois jours ; mais finalement on a maintenu jusqu’au bout le rythme habituel, qui devait en fait être assez éprouvant pour lui.

Pour les déplacements habituels entre les maisons de formation, il était toujours conduit par un frère (ou parfois une sœur ?) en voiture (on lui réservait une voiture un peu confortable). Il aimait que les frères conduisent assez vite, sans doute parce qu’il ne souhaitait pas perdre de temps sur la route. Il avait des chauffeurs habituels, mais si un frère avait besoin de le voir un peu longuement, on lui proposait parfois de conduire le père Marie-Dominique.

Pour les trajets un peu longs, par exemple pour aller sur Paris, je crois qu’il prenait habituellement le TGV. Un frère a rapporté qu’un jour dans le train, étant assis à côté de deux amoureux, il avait commencé à leur parler de l’amour, etc … c’était bien son zèle apostolique !

Programme annuel : chaque année, de septembre à juin, il vivait principalement dans les maisons de formation, au rythme indiqué ci-dessus. Je crois que c’est parce qu’il accordait une grande importance à la formation des jeunes frères et sœurs, et aussi pour être présent comme un père au milieu de nous, tout en s’absentant parfois pour aller visiter des prieurés dans d’autres pays.

Pour Noël, il était à St-Jodard, mais venait à Rimont pour la messe du jour.

Pour le Triduum Pascal, il célébrait le mandatum à Rimont en début d’après-midi le jeudi saint, (il lavait lui-même les pieds de tous les frères, se mettant à genou et se relevant devant chacun), puis partait pour St-Jodard, où il le refaisait comme à Rimont. Le vendredi saint, durant la matinée, il y avait le chemin de croix pour tout le monde, frères, sœurs, hôtes etc… sur les petites routes dans la campagne près du couvent, cela durait au moins 4 heures, parfois 5… Il prêchait lui-même à toutes les stations, longuement. (Une fois, il ne s’est pas relevé après s’être mis à genoux pour l’invocation du début de la station et a prêché à genoux… Du coup, tout le monde est resté à genoux aussi, et ceci à chaque station !) Le samedi saint, il insistait pour qu’on vive du mystère du sépulcre, il faisait une ou deux conférences sur ce sujet, mais souhaitait surtout que nous entrions avec la Vierge Marie dans le grand silence qui caractérise ce mystère.

Durant la semaine autour du 21 novembre, il prêchait une retraite de Communauté à Saint-Jodard, et les dernières années, une autre à Rimont pendant le Carême, car une seule retraite de communauté ne suffisait plus pour tout le monde. Il devait profiter des quelques petites vacances au cours de l’année scolaire pour aller faire autre chose. Pendant les vacances d’été, il donnait une session de philosophie ouverte à tous à Saint-Jodard, au début juillet, et une retraite ouverte à tous également à Saint-Jodard autour du 15 août, et le reste du temps je crois qu’il avait des activités et apostolats divers partout dans le monde.

On ne peut pas ne pas évoquer un souvenir très particulier, celui de la visite annuelle à Jean-Paul II le Mardi Saint, qui s’est faite pendant de nombreuses années. Le père, avec quelques frères aînés, emmenait les frères novices, entre autres, rendre visite au Saint-Père. Ils pouvaient assister à la messe de Jean-Paul II, puis il y avait habituellement une petite audience avec lui, et le père Marie-Dominique pouvait souvent le rencontrer personnellement, par exemple prendre le petit déjeuner avec lui ! Plus que la visite elle- même, ce qui reste profondément gravé dans nos coeurs et nos mémoires, c’est la sollicitude si particulière du pape pour la Communauté Saint-Jean, et l’amitié si profonde et chaleureuse qu’il avait pour notre père (de nombreuses photos en témoignent…) Nous sentions combien le père aimait Jean-Paul II, combien le lien que la Providence avait voulu faire entre eux était important pour lui ; c’était certainement un grand réconfort pour le père Marie-Dominique, au milieu des luttes, de se savoir si profondément et personnellement soutenu par le pape.

Il faut ajouter à tout cela qu’il passait aussi un certain temps en conseils et réunions diverses (pendant des années, il était en Conseil du Prieur Général à peu près 3 jours par mois), qui d’ailleurs ne le passionnaient pas forcément beaucoup…

Il avait donc un rythme de vie exceptionnellement intense, et ceci pratiquement jusqu’à la fin…C’était évidemment la charité qui l’urgeait (il citait souvent cette parole de St Paul : « Caritas urget nos »), mais il avait aussi, humainement parlant, une vitalité hors du commun.

Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : sa vie quotidienne (troisième partie)

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Les Chapitres chez les frères : on commençait par lire un passage de la Règle de vie écrite par lui, mais il n’en faisait quasiment jamais de commentaire. Il nous donnait des nouvelles de la Communauté, parfois d’autres choses, il nous demandait de prier pour ces intentions, il nous exhortait paternellement. Habituellement il était très gai lors des chapitres et nous faisait rire, surtout à St-Jodard. Nous pouvions lui poser des questions. Les chapitres duraient entre une demi-heure et une heure.

Sa soirée : à la fin de la conférence ou du chapitre nous disions la prière à Saint Jean, qu’il a écrite entre 1993 et 1995, me semble-t-il, et nous chantions le Salve Regina sur place, dans la salle de cours ou la salle de chapitre, puis il allait dans son bureau pour recevoir les frères jusque vers 22h30 ou 23h. Même s’il s’était endormi d’épuisement pendant la conférence du soir, on le retrouvait joyeusement disponible pour nous. Et une fois que tout le monde était couché, il travaillait encore : lettres, livres, cours, etc… probablement jusqu’à 1h ou 2h du matin, peut-être même plus tard. Il disait aussi les offices qu’il n’avait pas eu le temps de dire dans la journée. En effet, je crois qu’il ne refusait jamais de recevoir quelqu’un qui voulait le voir, sous prétexte que c’était l’heure de l’office, mais il m’est arrivé de le trouver disant l’office quand j’entrais dans son bureau. Quand il a été malade à Taïwan je me souviens qu’un jour où il avait dormi beaucoup tant il était épuisé, je l’ai vu et entendu commencer à réciter les laudes à 16h … Un frère m’a raconté l’avoir surpris un soir tard priant seul à la chapelle de St-Jodard, ce qu’il faisait probablement tous les jours même s’il n’y avait personne pour le voir. Lire la suite »