Témoignage du p. Jean Christophe

Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : conclusion

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CONCLUSION

Au terme de ces réflexions, je crois que la grande question que nous devons nous poser est: quel est l’aspect du mystère du Christ dont le père Marie-Dominique a le plus vécu, et que nous sommes appelés à vivre à sa suite ? Ou dit autrement : quel est le don de l’Esprit Saint dont il a le plus vécu ? Ou encore : de quelle béatitude a-t-il le plus vécu? Car dons du Saint-Esprit et béatitudes sont liés.

Certainement comme Saint Jean, il a vécu du mystère du Verbe qui demeure éternellement dans le sein du Père, et qui se fait chair, devenant Lumière du monde, lumière d’amour vécue et communiquée dans une charité fraternelle éminemment personnelle, jusqu’au don total de soi au Père et à ses frères.

Du point de vue des dons du Saint-Esprit, nous pouvons dire qu’il les a tous vécus : don de crainte (par son esprit de pauvreté), de science (liée à sa recherche philosophique), de conseil (par sa douceur et sa docilité au Paraclet), de force (par sa lutte incessante pour la gloire du Père), de piété (par l’adoration et la miséricorde), d’intelligence (par la théologie), et de sagesse (par sa soif de contemplation, sa soif du mystère du Père). Cependant, il semble clair que c’est la quête de la sagesse qui est la trame profonde de toute sa vie. D’autre part, le lien filial à l’égard de la Vierge Marie, et du Père, ainsi que la miséricorde inépuisable qui le caractérisent également fortement, relèvent du don de piété et de la béatitude des miséricordieux. Et la pauvreté spirituelle me semble marquer radicalement toute sa vie, depuis sa recherche de vérité jusqu’à la manière dont il a guidé la Communauté Saint-Jean.

Nous pouvons donc peut-être dire qu’il a cherché avant tout à vivre du don de sagesse (qui a pour fruit la béatitude des artisans de paix), dans une immense pauvreté spirituelle (fruit du don de crainte) et une inépuisable miséricorde pour tous ceux que le Seigneur a mis sur sa route (fruit du don de piété). Si cela est vrai, c’est aussi ce que nous devons chercher à vivre. Mais évidemment cette question reste ouverte. Demandons à l’Esprit-Saint de nous conduire à la vérité toute entière sur ce qu’Il a donné à l’Eglise et nous a appelé à vivre à travers notre père !

Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : incarnation de l’esprit

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III. INCARNATION

Je voudrais ici souligner brièvement quelques moyens, permettant d’incarner l’esprit, qui étaient chers au père Marie-Dominique.

Vie religieuse : il aimait très profondément la vie religieuse, non d’une manière formaliste, mais comme une manière privilégiée de vivre du mystère de la Vierge Marie, source de la vie religieuse à laquelle il voulait revenir. Pour lui, la vie religieuse de la communauté Saint-Jean, c’était revenir au mystère de Marie. Dans les années 90, il a fait une fois toute une série de Conférences au noviciat sur les caractéristiques de la vie religieuse comparativement à une simple vie consacrée. Et un jour, en privé, il m’a raconté lui-même qu’un certain frère, projetant de fonder un Foyer, avait écrit que ce genre de vie était plus évangélique que la vie religieuse ; le père  avait alors barré ce passage, car il considérait la vie religieuse comme plus évangélique.

Il voulait notamment que nous vivions une vraie vie fraternelle en commun, ce qui est un des éléments qui structurent la vie religieuse. Et il souhaitait que cette vie fraternelle, dans nos petits prieurés, ait une note très familiale, considérant que la vie religieuse devait maintenir dans l’Eglise ce caractère familial.

Oraison silencieuse : elle est la première incarnation de notre soif de contemplation ; le père y tenait absolument, comme je l’ai déjà dit ci-dessus.

Les études et le travail intellectuel  C’était capital pour lui, afin d’incarner la recherche de la vérité. Il savait que ce travail était très exigent et difficile, et considérait que c’était notre ascèse principale, beaucoup plus que l’ascèse par rapport à la nourriture. Il nous demandait d’acquérir de moeurs de travailleur, et nous mettait en garde contre « le dillettantisme »… Lui-même était un travailleur acharné du point de vue intellectuel, depuis toujours et notamment durant les années où il a dû enseigner la philosophie à Fribourg. Le travail intellectuel est une partie essentielle de notre vie, non seulement pendant les premières années de formation, mais pendant toute notre vie.

Saint Thomas : le père Marie-Dominique aimait énormément Saint Thomas d’Aquin, spécialement son « Commentaire sur l’Evangile de Saint Jean », qu’il a fait traduire en français. Les cours de théologie scientifique consistaient essentiellement à commenter la « Somme Théologique ». Il citait beaucoup Saint Thomas dans ses autres cours aussi, il en avait une connaissance extraordinaire, aussi bien du point de vue de l’extension que de la profondeur. Et il nous a très souvent dit qu’il était essentiel que nous restions fidèles à Saint Thomas. Cette étude de la théologie de Saint Thomas est une partie importante de notre labeur intellectuel…

Théologie mystique : cependant, il insistait beaucoup sur la nécessité d’une théologie mystique pour compléter la théologie « scientifique » de Saint Thomas. Il a lui-même beaucoup développé cette partie de la théologie, qui cherche à regarder tout les mystères révélés directement du point de vue de l’amour. C’est une dimension essentielle de l’héritage intellectuel du père Marie-Dominique. Il est en cela encore pleinement disciple de Saint Jean, premier théologien mystique. « Appelez-la autrement si vous préférez : théologie glorieuse… », disait-il pour ceux que le terme « mystique » pourrait gêner ; l’appellation importe peu, pourvu que le contenu soit là.

Philosophie : Il avait un sens éminent de l’importance de la philosophie, et de la métaphysique en particulier. « Maintenir à tout prix la philosophie spéculative ». Il a voulu que nous commencions à étudier la philosophie dès le noviciat. Je n’oublierai jamais que mon fondateur a enseigné la philosophie pendant plus de 60 ans ! Il disait, non sans une certaine fierté, qu’il était le plus vieux professeur de philosophie.

Le silence : il y était attentif, et l’a demandé expressément dans la Règle de vie des frères. Mgr Zheng Zai-Fa, évêque de Tainan, m’a rapporté que lorsqu’il était allé à Saint-Jodard, il avait été impressionné par le silence du couvent, et que le père Marie-Dominique lui avait dit : « Silencium initium sapientiae » (ou quelque chose comme ça) : le silence est le commencement de la sagesse.

La liturgie : il rappelait souvent que notre liturgie devait être sobre et mettre en pleine lumière la Parole de Dieu, beaucoup plus que la beauté musicale. C’est pourquoi il appréciait la musique de Magdalith, beaucoup plus que le chant polyphonique et même plus que le grégorien, qu’il ne devait pas trouver encore assez dépouillé. Et surtout il nous a enseigné, par ses paroles et son exemple, que notre liturgie doit être centrée sur l’Eucharistie.

Le père spirituel : comme je l’ai écrit ci-dessus, il accordait de l’importance à la paternité spirituelle, mais il insistait beaucoup sur la pauvreté nécessaire au père spirituel : ne jamais s’imposer, « il vaut mieux pécher par excès de discrétion que l’inverse ! » disait-il parfois. Je crois me souvenir qu’il m’a dit une fois que son père spirituel, le père Dehau, lui avait dit avant de mourir (le père Marie-Dominique ne devait plus être très jeune) de continuer dans la ligne qu’il lui avait donnée, et qu’il n’avait pas cherché d’autre père spirituel ensuite.

La retraite annuelle : il lui accordait une grande importance, « encore plus importante que la Semaine Sainte ». Le silence était un aspect nécessaire à la retraite. Mais il n’était pas opposé à ce qu’on rencontre fraternellement un frère si Jésus le demandait. Une année il avait fait un chapitre très drôle au milieu de la retraite de communauté.

La Famille Saint-Jean : je crois que le père y tenait beaucoup, non pas d’abord comme une instituion canonique, mais comme une famille où tous, frères, soeurs, oblats, s’aiment intensément, dans un grand respect mutuel, et dans le respect de la vocation propre à chacune des branches. Je crois aussi que, pour lui, cette famille restait ouverte à la possibilité d’accueillir de nouvelles branches, puisqu’à l’époque où existaient les Soeurs Mariales il souhaitait qu’elles deviennent membres de la Famille Saint-Jean. Elle est un lieu de l’incarnation de notre charité fraternelle, assumant des amitiés humaines.

Du point de vue apostolique, le père a toujours eu un grand souci des jeunes, et il a voulu qu’ils soient une priorité de notre apostolat. Même s’il ne s’agit évidemment pas de « récupérer des vocations », il nous toujours demandé aussi d’être spécialement attentifs à ceux qui se posent la question de la vocation. Les familles également.

Et il nous a toujours encouragés à développer avant tout des apostolats permettant la communication de la lumière, souhaitant qu’il y ait une « Ecole Saint-Jean » dans tous nos prieurés.

 Nous savons qu’avant la fondation de la communauté il a consacré pendant de nombreuses années la moitié de son temps à prêcher aux contemplatives, c’est aussi quelque chose qu’il avait très à coeur, et donc c’est également une priorité pour nous.

Je crois qu’au fond, à part la contemplation, ce qui l’intéressait vraiment c’était la communication de la lumière (enseignement, prédication), et les personnes. Tout le reste était pour lui secondaire, voire ennuyeux…

 

Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : son esprit (partie 4)

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La pauvreté : bien qu’il nous rappelât parfois l’exigence de la pauvreté matérielle (par exemple l’histoire de Saint Dominique qui, avant de mourir, maudissait ses frères qui construiraient de trop beaux couvents), ce n’était pas le plus important pour lui. Il était même très souple par rapport à cela. En 2000, lors du grand pèlerinage de la Communauté à Rome, quand on lui a dit qu’on avait peur que ça coûte trop cher, il a répondu : « C’est le parfum d’un grand prix versé sur les pieds de Jésus ! » L’argent était pour lui totalement relatif aux choses vraiment importantes.

Par contre, il ne cessait de parler de la pauvreté spirituelle, dont il disait qu’elle consistait à n’avoir aucun droit, et il en vivait radicalement : il ne réclamait jamais, ne se plaignait jamais, et semblait accepter tout ce qui lui arrivait, notamment de la part de ses frères, comme un appel de l’Esprit-Saint (avec discernement, évidemment). Je trouve que c’était une des choses les plus impressionnantes chez lui.

L’obéissance : le père distinguait, pour la vie religieuse, une obéissance de type « jésuite » (très absolue) d’une autre de type « dominicain », où le religieux qui obéit met davantage son intelligence au service de l’accomplissement de la volonté de Dieu; c’est  évidemment de cette dernière qu’il souhaitait que nous vivions. Comme supérieur, il n’imposait pas son autorité, il gouvernait plutôt par mode de demande (ce qui pouvait être ressenti comme très impératif par certains frères). Un frère m’a raconté que le père Marie-Dominique lui avait demandé un jour de partir en Corée, et qu’il avait refusé ; le père n’était pas content, mais il ne le lui a pas imposé. Nous savions qu’il exerçait sa charge de supérieur dans un esprit de service et non de domination.

Même s’il ne négligeait pas l’obéissance au supérieur demandée par la vie religieuse, ce qui était le plus important pour lui c’était l’obéissance à l’Esprit-Saint. Il disait sans cesse : « accomplir jusqu’au bout la volonté du Père ». Et il demandait, comme quelque chose d’important, que chaque frère ait un père spirituel pour l’aider à vivre dans cette docilité à l’Esprit-Saint.

Lui-même a obéi, et son obéissance a porté des fruits incroyables : il a commencé à enseigner la philosophie par obéissance (il souhaitait enseigner la théologie). Il a rencontré le Cardinal Wojtila en allant participer à un congrès thomiste par obéissance, et d’une certaine manière, il a accepté de fonder la Communauté Saint-Jean par obéissance à ce que Marthe Robin lui disait de la part de Jésus. Mais c’était une obéissance pleinement responsable, dans laquelle il ne cherchait qu’à accomplir la volonté de Dieu, et non celle du supérieur. Un frère a rapporté qu’une fois où son supérieur dominicain voulait l’envoyer dans autre lieu, il a répondu à peu près ceci : « Oui, si vous prenez avec moi la responsabilité des personnes que je suis spirituellement et que je ne pourrai plus suivre. » Du coup, son supérieur l’a laissé où il était. Et en 1998, il a accepté d’être réélu prieur général, allant clairement et consciemment contre la volonté de Monseigneur Séguy, qui souhaitait qu’il passe cette charge à un frère.

La vie apostolique : il avait un grand zèle apostolique, et même après la fondation de la Communauté Saint-Jean il a gardé une certaine vie apostolique extérieure à la communauté. Lors de la crise de 2001-2002, il insistait sur le fait que nous sommes des apôtres, et non des professeurs de théologie, que tous les frères devaient être des apôtres et que la recherche théologique devait être liée à vie apostolique. Je crois que la question s’est posée dans les années 80 de fonder une branche de frères purement contemplatifs, mais cela n’a pas été retenu. Sans doute parce que le père Marie-Dominique ne le souhaitait pas ? Il nous a voulu vraiment comme des apôtres, comme le sont les dominicains, c’est un aspect essentiel de notre vie et de notre sainteté. En même temps, il nous a toujours mis en garde contre ce qu’il appelait « l’agitation », notamment l’agitation des apôtres qui ne sont pas assez contemplatifs ; « le démon est le prince de l’agitation… »

Le retour du Christ : il en parlait beaucoup, même si c’était sous mode d’interrogation : « Est,-ce que Vatican II, le concile de la charité fraternelle, où l’Eglise ne condamne plus, n’est pas le début de la dernière semaine de l’Eglise sur la terre, à la suite du Christ ? » Un certain nombre de choses étaient pour lui signes de la fin des temps, notamment l’angoisse généralisée (comme le montre le livre de l’Apocalypse), et il nous rappelait souvent que Vatican II demande que nous soyons attentifs aux signes des temps. Et surtout, il voulait que nous hâtions le retour du Christ par notre désir. Mais les dernières années il me semble qu’il en parlait moins, peut-être parce qu’il avait l’impression que ça ne plaisait pas à certains ? Il m’a dit en privé, en 2001 : « Maintenant que le Jubilé de l’an 2000 est passé, plus personne ne pense au retour du Christ… eh bien, il reviendra comme un voleur ! »

Joie, fatigue et souffrance : en plus de toute la fatigue dont j’ai parlé ci-dessus, le père avait à supporter dans son corps un grand nombre de souffrances physiques diverses, certaines dues à des accidents de voitures ou autres, et dont un frère a fait une fois la liste, très impressionnante… Par exemple, quand il avait perdu sa voix, le fait de parler sans cesse le fatiguait, comme s’il forçait constamment sur sa voix cassée. Il ne parlait quasiment jamais de ses souffrances physiques, mais elles étaient bien là. Il y avait aussi toutes les afflictions intérieures dues notamment à ce que vivait la Communauté. Il se confiait parfois de ces choses dans les rencontres personnelles, et il arrivait qu’on voie sur son visage, par exemple sur certaines photos, combien il portait lourd…

Cependant, c’est toujours la joie qui a dominé dans sa vie, jusqu’au bout, une joie surnaturelle, plus profonde et plus forte que tout ce qui pouvait être source de tristesse. Et c’est bien ce qu’il voulait que nous vivions, nous aussi ; il l’a dit souvent, notamment dans la « Charte de charité ». Il voyait combien c’est difficile pour nous de garder cette joie, et il nous y a exhorté constamment, par ses paroles et son exemple.

Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : son esprit (partie 3)

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La sagesse de la Croix : il en a beaucoup parlé, et il l’a notamment mise au cœur de la « Charte de Charité » de la Communauté Saint-Jean. Au début de la dernière retraite de Communauté qu’il a prêchée à Saint-Jodard, moins d’un an avant sa mort, en novembre 2005, au moment où nous fêtions les 30 ans de la Communauté, il a posé avec force la question : « Que reste-t-il après 30 ans ? » Et la réponse est venue un peu comme un cri jaillissant du plus profond de lui-même : « La sagesse de la Croix ! » C’était tellement ce qu’il vivait réellement, au quotidien. Pour lui, cette sagesse de la Croix, même si elle impliquait la souffrance, était cependant avant tout « gloire » (cf. Jn17), « grande victoire de l’Amour » (cf. Ap 19). « La Croix est sagesse en tant qu’elle est manifestation de l’Amour divin. » Nous, nous avons souvent beaucoup de mal à saisir cette exigence de l’amour divin, et à en vivre…

L’espérance et la jeunesse : on sentait en lui une espérance invincible en toute circonstance. Souvent il encourageait à « aller toujours plus loin », et comme il l’a dit aux frères à Taïwan en 2000 : « Notre devise c’est : toujours plus ! » Et aussi : « Ne pas perdre de temps ». En chapitre à Rimont vers la fin de sa vie, il disait un jour : « Priez pour moi, pour que je ne perde pas de temps, mais que j’aille jusqu’au bout… » Il ne s’agissait pas  d’optimisme naturel ou d’enthousiasme humain mais de véritable espérance théologale, qui ne s’appuie que sur Dieu et ne désire que Dieu. Il nous rappelait souvent que « l’Apocalypse » de Saint Jean est le « livre de l’espérance », et que c’est « l’accomplissement de la volonté du Père » qui fait grandir notre espérance. Voici une histoire racontée par un frère : le père Marie-Dominique reçoit un coup de téléphone pendant un entretien avec ce frère, et s’effondre progressivement sur son siège… il finit par raccrocher, semblant terrassé par ce qu’il vient d’entendre, puis se redresse en disant : « Mais qu’est-ce que ça fait tout ça ? le Christ est ressuscité ! » Et il reprend sa conversation.

C’est sans doute cette espérance qui lui donnait une jeunesse de cœur incroyable, nous disions qu’il était le plus jeune d’entre nous ; il semblait toujours prêt à rebondir pour aller plus loin dans la course de géant qui l’emportait vers le Ciel.

La personne humaine : le père Philippe a beaucoup réfléchi sur la personne humaine en philosophie, spécialement du point de vue métaphysique, et il voulait que nous comprenions l’importance de cette recherche. Pour lui, la métaphysique n’était pas quelque chose d’abstrait (ce que nous avons souvent du mal à comprendre…), c’était le regard humain le plus profond sur la réalité. C’est pourquoi cette connaissance métaphysique, unie à sa foi et à sa charité, lui permettait d’avoir un regard si pénétrant sur chaque personne qu’il rencontrait dans sa vie quotidienne, non pas le regard de « la psychologie des profondeurs », mais un regard qui atteignait l’être profond et unique de chacun, la bonté profonde de chacun, et qui lui permettait d’être si présent, d’avoir une telle attention aimante à tous ceux qu’il rencontrait, même pour la première fois.

D’autre part, du point de vue théologique, il en est venu à penser que Saint Thomas d’Aquin n’était pas le thélogien de la nature, comme on le dit souvent, mais plutôt le thélogien de la personne.

Parce que la Vierge Marie est la personne humaine la plus parfaite, sa connaissance métaphysique de la personne a aussi permis au père de parler d’Elle avec une profondeur unique. Et c’est bien ce que le père Dehau lui avait dit : « Tu dois faire de la métaphysique pour bien parler de la Sainte Vierge. »

Cette « métaphysique de la personne » l’a sûrement aussi beaucoup aidé à avoir un très grand sens de la charité fraternelle et de l’amitié.

La charité fraternelle et la miséricorde : il ne se contentait pas de nous exhorter souvent à la charité fraternelle, d’abord entre nous et à l’intérieur de la Famille Saint Jean, mais il était aussi pour nous un témoin infatigable du don total de soi à ses frères et à tous. Il nous accueillait très chaleureusement à chaque fois que nous allions frapper à sa porte ou que nous l’attrapions dans un couloir, sauf s’il était déjà pris impérativement par autre chose, alors il nous demandait d’essayer de repasser à un autre moment, mais ne manifestait jamais d’impatience ou de lassitude qui aurait pu nous retenir d’aller le voir. Il lui arrivait parfois de passer beaucoup de temps avec des personnes qui demandaient souvent à le voir… En bref, il manifestait une inépuisable charité à l’égard de toutes les personnes qu’il rencontrait, il était pour nous un témoin inlassable de la miséricorde infinie du Père…et il voulait que nous entrions dans cette folie de la miséricorde « du Coeur blessé de l’Agneau ». 

 Le 8 décembre 2000, à l’occasion du Jubilée des 25 ans de la Famille Saint-Jean à Paray-le-Monial, il est intervenu à la fin de la liturgie de demande de pardon, pour dire qu’on avait oublié le plus important : demander pardon pour nos manques de charité fraternelle ! Et il s’est mis à pleurer devant toute l’assemblée sur nos manques de charité fraternelle… Ce fut pour moi un moment bouleversant, inoubliable…

Il nous rappelait souvent que nous ne devions jamais dire du mal de nos frères devant des personnes de l’extérieur. Je crois que dans son cœur il n’y avait que charité pour tous et une très grande confiance en nous, et que c’est pour cela qu’il se permettait parfois de relever les imperfections de nos frères. Vers la fin de sa vie, il a dit à un frère : « On s’aime comme des robots dans cette Communauté ! » Nous sommes loin d’être à la hauteur de ce qu’il attendait de nous dans ce domaine…

L’amitié : il en a beaucoup parlé en philosophie, non seulement en éthique, mais aussi comme une voie de découverte de l’Être Premier, et il en a beaucoup vécu. Il disait facilement de telle ou telle personne qu’il avait connue que c’était un ami, ou qu’ils s’aimaient beaucoup. Ceci est lié à toute sa recherche sur la personne. Il disait souvent : « L’Eglise est un tissu de relations personnelles » Et quand je le voyais personnellement, j’avais parfois l’impression que ce qui l’intéressait le plus c’était que je lui parle de mon amitié avec telle personne. Cependant, l’amitié était pour lui quelque chose de si profond et élevé qu’il rappelait parfois que les vraies amités, profondes, sont rares. C’était sans doute pour nous mettre en garde contre le danger de ramener l’amitié à une relation sensible et superficielle, ce que nous faisons facilement…

En même temps, il était affectueux et donnait souvent des marques d’affection dans les relations personnelles, comme de nous serrer les mains. Il rappelait souvent : « L’insensibilité est le pire des vices. Il n’y a rien de pire qu’un curé rationaliste ! » Au sujet de l’exercice de l’amitié, il nous mettait en garde : « Il faut distinguer la tendresse sensible et la tendresse sexuelle, il y a une tendresse qui n’est pas sexuelle. La charité peut tout assumer, sauf l’aspect sexuel. » Et quand je lui ai posé un jour des questions très concrètes sur les gestes de l’amour dans l’amitié, j’ai constaté qu’il était très prudent, demandant d’éviter les gestes qui pourraient être imprudents pour la chasteté. Et il insistait beaucoup sur la pauvreté dans l’amitié : « L’important c’est d’être pauvre, de tout remettre à la Très Sainte Vierge, elle a donné gratuitement, elle peut le reprendre quand elle veut. » Et dans une des dernières retraites de Communauté à Rimont, il a fait presque toute une conférence sur la vraie place de l’amitié dans la vie religieuse, rappelant une fois de plus que, pour nous religieux, elle est évidemment totalement relative à notre consécration à Dieu.

Esprit de virginité : sans négliger, évidemment, les exigences du voeux de chasteté propre à la vie religieuse, le père préférait plutôt nous parler de « l’esprit de virginité », désir de donner tout notre coeur et toute notre personne à Dieu, en réponse à son « amour jaloux » pour nous. C’est cet esprit de virginité qui nous permet de vivre joyeusement dans la chasteté. Il nous mettait souvent en garde contre la tentation de devenir « un vieux garçon » ou « une vieille fille », tout replié sur soi-même, caricature du voeux de chasteté. Un religieux n’est pas quelqu’un qui a peur d’aimer ou cherche à se protéger, mais au contraire quelqu’un qui aime de plus en plus comme Jésus aime, car il est de plus en plus proche de Celui qui est Amour et Source de tout amour.  

Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : son esprit (partie 2)

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« NOUS SOMMES FAITS POUR AIMER ! » Le père n’a cessé de nous parler de l’amour, en philosophie et en théologie. « La grande misère d’aujourd’hui, c’est qu’on ne sait plus aimer ». C’est pourquoi, je crois qu’il a cherché par-dessus tout à nous apprendre, par ses paroles et ses actes, la vérité de l’amour, aussi bien de l’amour humain que de l’amour divin. Dans le livre « Suivre l’Agneau », il écrit : « D’une certaine manière, Dieu est plus Amour que Lumière ». Et dans une homélie magnifique donnée à Rome en 2006, il insistait avec force : « On veut AIMER ! » D’autre part, toute sa vie au milieu de nous exprimait cet esprit qui l’habitait : le primat de l’amour et de la soif d’aimer.

Être fils de Jean : il désirait ardemment l’être, et il l’était éminemment, pas d’une manière imaginative ou romantique, mais très profondément ; et il voulait que nous comprenions tous que c’est la grâce que le Seigneur voulait donner à la Communauté Saint-Jean. Il le disait souvent : « Si je désire qu’il demeure… » (Jn 21, 22). Je  me souviens de sa joie quand je lui ai dit un jour que je l’avais compris : « Oui, c’est ça ! » Et il voulait qu’on soit « fidèles jusqu’au bout » (expression qui revenait souvent) à cet appel de Jésus sur nous. Et cet appel c’est fondamentalement de « suivre l’Agneau partout où il va… » (Ap 14, 4) Au moment de la crise de 2001, il m’a dit en privé : « On voudrait se faire un nom, être comme les autres… Mais non ! Acceptons d’être différents, de ne pas avoir de renommée, soyons ce que Dieu veut pour nous. »

La contemplation : parce qu’une des caractéristiques principales de Saint Jean est d’être un contemplatif, le père nous rappelait souvent que « la soif de contemplation » doit être le coeur de notre vie. Lui-même ne passait pas de nombreuses heures chaque jour en oraison, il était trop donné à tous ceux qui avaient besoin de lui, mais on le sentait habité, totalement saisi intérieurement par cette soif de Dieu. Comme l’a bien dit un des premiers frères de la communauté : « Pour moi, le père c’était d’abord un contemplatif. »

Je me souviens qu’à St-Jodard il donnait, plus ou moins régulièrement, des enseignements sur l’oraison, et il prêchait souvent sur le cri de soif de Jésus. « Celui qui dit qu’il n’est pas fait pour l’oraison, n’est pas fait non plus pour la vie apostolique. Être fidèle au petit temps d’oraison de chaque jour. » Il nous rappelait souvent que nous n’étions pas bénédictins, et que pour nous ce n’est pas la liturgie qui est première, mais la contemplation : « Si Communauté Saint-Jean existe, c’est pour maintenir la contemplation dans l’Eglise, et une contemplation doctrinale ». Cette contemplation, vécue dans une amitié intime avec le Christ, est une participation au regard brûlant d’amour que Jésus, Verbe de Dieu et Fils bien-aimé, porte sur son Père.

Le désir : il citait souvent Sainte Catherine de Sienne : ce qui est le plus important aux yeux de Dieu c’est notre désir. Il nous rappelait sans cesse que Jésus regarde d’abord notre désir, les intentions de notre cœur. Il répétait souvent (sans doute parce qu’il voyait bien que nous avions cette tentation) : « Ne regarder que les résultats, c’est du positivisme ». Il me dit un jour en privé : « La sainteté chrétienne est dans le désir. Nous devons comprendre que les désirs sont plus que la réalité »

Etre mû par le Paraclet : pour lui, c’était quelque chose d’essentiel et de très concret. Un frère proche de lui a raconté qu’il arrivait parfois au père de dire tout d’un coup, alors que tout était prévu et qu’on s’apprêtait à partir : « Non, ce n’est pas ça qu’il faut faire… », et de changer tout le programme. Et il a écrit clairement dans la « Charte de charité » de la Famille Saint-Jean combien c’était important pour nous d’être dociles au Paraclet.

Concrètement, c’est à travers notre conscience que l’Esprit-Saint nous parle, et quand quelqu’un disait : « en conscience, je… » il se mettait parfois en colère : « Mais tout ce que nous faisons doit être fait en conscience ! »

Marie : elle est, sans aucun doute, un des grands secrets de son cœur. Il est né un 8 septembre, Fête de la Nativité de la Vierge Marie, et le 26 août, date de sa mort, est aussi une fête de Marie. Toute sa vie est enveloppée par elle, il a beaucoup parlé d’elle, écrit sur elle, et surtout il s’est totalement consacré à elle, comme un tout petit enfant (cf. sa prière écrite le 8 septembre 2002), et il nous a toujours invités à faire la même chose. Dans la « Charte de charité », il a écrit que c’est « en recevant Marie de Jésus crucifié, à la manière de notre père Saint Jean », que nous comprendrons toujours plus l’appel de Dieu sur nous. » Cette alliance avec Marie est donc quelque chose d’absolument essentiel pour lui. Il fait sûrement partie des apôtres des derniers temps dont a parlé Saint Louis-Marie de Montfort, et nous sommes invités par l’Esprit-Saint à le devenir aussi.

L’adoration et l’abandon: il nous renvoyait sans cesse à l’adoration, comme le fondement de notre vie chrétienne et de la vie religieuse. Une année, il en avait fait le thème principal de la retraite de Communauté. C’est sans aucun doute quelque chose qui est caractéristique de son esprit. Cela est peut-être lié au fait qu’il était philosophe ; en effet, la découverte philosophique de l’Être Premier Créateur donne au philosophe un sens éminent que l’adoration est fondamentale dans la vie de l’homme.

Et l’adoration conduit à « l’abandon » de soi-même entre les mains de Dieu, non pas un « abandon psychologique », qui consiste à se laisser aller en attendant que tout nous tombe du Ciel, mais un « abandon divin », qui consiste à coopérer le mieux possible à l’oeuvre de Dieu en nous, en cherchant de toutes nos forces à faire sa volonté, car c’est uniquement en cherchant à « faire pleinement le bon plaisir du Père », comme il le répétait souvent, que nous nous abandonnons réellement à sa conduite sur nous.

Le primat de la finalité : c’est de toute évidence un des axes principaux de son esprit et de la formation qu’il nous a donnée : regarder toujours la finalité, avant tout, dans tout ce que nous vivons et faisons : en vue de quoi ? Car seule la finalité permet d’avoir la compréhension ultime de la réalité : ce en vue de quoi elle est. Il me dit un jour en privé : « On n’a rien fait que mettre en pleine lumière la finalité, mais ça change tout, non seulement en philosophie mais aussi en théologie ». Il insistait pour que nous comprenions que, contrairement à une opinion répandue, la causalité finale n’est pas une cause « métaphorique » mais réelle. Tout en étant tellement déterminé par rapport à la finalité, il avait cependant une souplesse quasi infinie dans l’ordre des moyens, il était prêt à tout…

Le primat des vertus théologales : cela aussi est au coeur de la formation qu’il nous a donnée. Il n’a cessé de nous rappeler, notamment pour le renouveau de vie religieuse, que la vie chrétienne n’est pas d’abord une vie morale humaine, même si elle demande évidemment que nous fassions l’effort d’acquérir toutes les vertus morales. Il disait que les hommes d’aujourd’hui sont tellement abîmés et fragiles qu’il faut tout reprendre par le haut, c’est-à-dire par ces vertus « théologales » qui nous sont données gratuitement par Dieu et nous orientent directement vers Lui. Et ce sont elles qui transformeront progressivement toute la « pâte humaine ». Il n’était jamais moralisant, il avait toujours un regard de foi, d’espérance et d’amour divin. Cependant, il lui est arrivé de dire : « On n’insiste peut-être pas assez sur les vertus morales… »

Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : son esprit (partie 1)

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II. SON ESPRIT

Toute la vie et tout l’enseignement du père Marie-Dominique révèlent son esprit. On a déjà beaucoup dit sur ce sujet ; les lignes qui suivent ne prétendent donc pas du tout avoir un caractère exhaustif, il s’agit seulement de quelques réflexions, liées parfois à des souvenirs personnels

La recherche de la vérité et la sagesse : c’est évidemment un des aspects essentiels de son esprit, comme il l’a dit lui-même : « J’ai consacré ma vie à la recherche de la vérité. » Et c’était aussi pour lui une des principales raisons d’exister de la Communauté Saint-Jean : « la recherche de la vérité à travers tout ». Il cherchait la vérité en toutes choses, et il s’intéressait à tout, mais avant tout à la sagesse, aux « trois sagesses » :  philosophique, théologique et mystique.

 Il ne cessait de nous rappeler que l’intelligence humaine est capable par elle-même de connaître Dieu et que, par conséquent, nous devons faire l’effort d’acquérir cette sagesse philosophique qui consiste à découvrir l’existence de Dieu et à le contempler avec notre intelligence. Il revenait souvent sur la distinction entre science et sagesse, et il demandait parfois avec force : « Où enseigne-t-on encore la sagesse ? »

 L’encyclique « Fides et Ratio » de Saint Jean-Paul II, qui confirmait d’une manière éclatante ce que le père avait fait en rappelant la nécessité d’une « philosophie sapientiale », fut certainement un grand réconfort pour lui. Le Cardinal Ratzinger aurait dit, peu de temps après la parution de l’encyclique, que c’était pour le père Philippe que Jean-Paul II l’avait écrite ! Et le père nous disait souvent combien le Saint-Père se souciait que la métaphysique soit enseignée. Un frère a rapporté qu’à l’occasion d’une visite à Jean-Paul II avec le père, le pape avait demandé expressément aux frères d’être fidèles à la recherche métaphysique du père Philippe.

Il n’accordait pas seulement une grande importance à la philosophie, mais peut-être encore plus à la  théologie, et nous rappelait souvent qu’il fallait que nous soyons tous des théologiens pour l’Eglise d’aujourd’hui, à l’école de Saint Thomas d’Aquin, mais aussi à la manière de Saint Jean « le théologien », comme lui-même l’était éminemment.

Malgré ce gigantesque effort qu’il a fait toute sa vie pour chercher et transmettre la sagesse du point de vue philosophique et théologique, le père a toujours été clair sur le fait que ce que nous devons désirer et demander avant tout et par-dessus tout c’est la « sagesse mystique », infuse en nous directement par l’Esprit-Saint grâce au don de sagesse, qui nous donne une connaissance intime de l’Amour Trinitaire, connaissance dépassant de beaucoup tout ce que notre intelligence peut saisir grâce à la philosophie et la théologie. C’est pourquoi il disait : « Rien n’est plus important dans notre vie que le don de sagesse ! » 

Tous ses enseignements et ses prédications n’avaient pas la même qualité, tout n’était pas toujours très passionnant pour tout le monde, parfois sa manière d’enseigner ou de prêcher pouvait même être un peu pénible pour certains (il était lucide sur ce point). À la fin de sa vie il me semble qu’il a même parfois dit des choses un peu curieuses, sur lesquelles il devait revenir ensuite. Et j’ai entendu un frère dire que le père Marie-Dominique répétait beaucoup la même chose ; ce n’était évidemment pas entièrement faux, après 60 ans d’enseignement… Cependant, une des choses les plus impressionnantes chez lui, c’est qu’il a continué à chercher la vérité, sans s’arrêter à ce qu’il savait déjà, jusqu’à la fin. Par exemple, à presque 80 ans il s’est mis à dire que, contrairement à ce qu’il avait penché à dire jusque là, on ne pouvait pas être sûr, philosophiquement, que l’âme humaine était créée dès la conception de l’embryon. Un autre exemple : toute la recherche qu’il a développé les dernières années de sa vie sur la découverte de l’existence de Dieu par la « ratio boni » ; ou tout le livre « Retour à la Source », qui est une recherche qu’il a développée les dernières années.

Au sujet de sa quête incessante de vérité et de sagesse, il faut évoquer aussi l’histoire, que nous l’avons tous entendu raconter plus d’une fois, de son frère dominicain (le père Ramirez) lui demandant de persévérer dans sa recherche et son enseignement tout en l’avertissant qu’il serait, à cause de cela, « haï, haï, haï ! ». C’était nous dire qu’il se savait haï par certains pour ce qu’il faisait, et que, si nous voulions marcher sur ses traces, nous le serions aussi…

Tout en nous encourageant beaucoup à développer notre intelligence, il nous rappelait souvent aussi que nous ne devions pas tomber dans l’orgueil, « l’orgueil de l’intelligence, l’orgueil des théologiens… ».