Philosophie

Extrait du p. MD Philippe: philosophie pratique et spéculative

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La philosophie pratique et spéculative

Ce qu’Aristote appelle la philosophie humaine, pratique, impliquera trois grandes parties : elles considèrent l’homme dans l’activité artistique, l’homme capable de transformer le monde ; l’homme dans la recherche de son propre bonheur : ce bonheur ne peut être parfait que dans la contemplation de Dieu – autant que l’homme peut y arriver par lui-même – et dans le choix d’un ami ; enfin, l’homme politique, engagé dans la recherche du bien commun.

Cette recherche de la philosophie pratique fait constamment appel à une réflexion plus radicale, plus profonde : celle de la philosophie dite spéculative, où ce qui est considéré en premier lieu n’est pas l’action humaine, mais la réalité existante elle-même, antérieure à l’activité pratique e l’homme. Cette philosophie dite spéculative recherche la vérité pour elle-même ; elle veut atteindre la réalité existante telle qu’elle est : l’intelligence n’est vraie que lorsqu’elle saisit cette réalité elle-même, considérée comme la propre mesure de sa connaissance – en précisant les divers points de vue sous lesquels l’intelligence humaine est capable de l’atteindre.

Père Marie-Dominique Philippe, « Introduction à la philosophie d’Aristote »

Extrait du p. MD Philippe: Aristote, philosophe de la terre

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Introduction à la philosophie d’Aristote

Aristote, « philosophe de la terre », philosophe du divin

Platon contemple premièrement et immédiatement le monde des formes: tout est saisi dans leur lumière. Quant à Aristote, il considère premièrement et immédiatement l’univers physique, celui qui nous entoure – il y revient constamment: c’est cet univers qui doit normalement et qui peut seul donner au philosophe une voie d’accès aux réalités séparées, non physiques… Mais le philosophe doit dépasser le monde physique pour contempler Dieu, l’Acte pur, autant qu’il le peut. Grâce à son réalisme, Aristote, « philosophe de la terre », sera encore plus profondément le philosophe de l’intelligence séparée, le philosophe du divin.

Père Marie-Dominique Philippe, « Introduction à la philosophie d’Aristote »

Extrait du p. MD Philippe: la recherche de ce qu’est l’homme

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La philosophie, la recherche de ce qu’est l’homme

J’évoquerai un dialogue que j’ai eu avec des prêtres-ouvriers au Carmel de Limoges, où je venais prêcher. La Mère Prieure m’avait demandé si cela ne me dérangeait pas de partager le repas avec des prêtres-ouvriers qui venaient régulièrement… J’ai répondu qu’au contraire je serais très heureux de les rencontrer. Comme j’étais en habit, et qu’eux avaient leur tenue de prêtres-ouvriers, ils m’ont tout de suite dit : « Qu’est-ce que vous faites ? » – « J’enseigne la philosophie à Fribourg. » – « Quelle philosophie ? » Sachant très bien ce que cela voulait dire, je leur ai dit : « Il y a donc, pour vous, plusieurs philosophies ? » Ainsi, au lieu d’être interrogé, je les interrogeais… et ils ne savaient pas très bien quoi dire.

J’ai repris : « La philosophie, pour moi, c’est la recherche de ce qu’est l’homme, et c’est essayer de dire des choses vraies. Vous, vous êtes prêtres-ouvriers pour connaître l’ouvrier. Eh bien moi je fais de la philosophie pour connaître l’homme. Et vous ne pouvez pas connaître parfaitement l’ouvrier si vous ne savez pas de qu’est l’homme » – « Mais comment faites-vous ? » – « Je cherche les expériences, comme vous. Vous cherchez l’expérience de l’ouvrier, moi je cherche les expériences de l’homme. Quelles sont les grandes expériences de l’homme ? Toute ma philosophie repose sur ces expériences. »

Père Marie-Dominique Philippe, « Les Trois Sagesses »

Extrait du p. MD Philippe, le philosophe

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Le philosophe

La meilleure définition du philosophe à mon sens, celle à laquelle je reviens toujours, c’est celle de Péguy, qui n’était pas un philosophe (…) Péguy nous dit, à sa manière, qu’il n’y a que deux espèces de personnes, les gens qui descendent le fleuve et ceux qui remontent à la source; et c’est comme ça qu’il distingue les philosophes des non-philosophes. Quantité de personnes descendent le fleuve, et c’est facile: les morts aussi descendent le fleuve, et même les cadavres descendent le fleuve plus vite que les autres (…)

Certains, qu contraire, veulent remonter à la source. Et Péguy ajoute: c’est difficile de remonter à la source, c’est pénible, il faut accepter d’être seul. C’est très juste. Péguy ne donne pas là une définition, mais décrit une attitude intérieure qui consiste à chercher la vérité. Pour moi, c’est cela, le philosophe: c’est celui qui cherche éperdument la vérité. Non pas pour la posséder, mais pour être possédé par elle, pour être pris par elle.

Père Marie-Dominique Philippe, Les Trois Sagesses