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Extrait du p. MD Philippe, la philosophie du vivant

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Philosophie du vivant

Il n’y a pas que la matière et le mouvement des réalités naturelles ; une expérience nouvelle apparaît avec le vivant : le vivant se meut. Alors que la réalité naturelle est mue et que le monde physique est un monde de mouvement (dans la nature, tout est mû et est indéfiniment en mouvement), le vivant se meut. Il a donc une autonomie, qui grandit avec les différents degrés de vie : la vie végétative, la vie sensible et la vie de l’esprit. La vie dans son sommet est celle de l’intelligence et de la volonté, ce qui exigera du philosophe de s’ouvrir à la recherche de la philosophie première, recherche de la vérité au sujet de ce qui est en tant qu’il est.

Père Marie-Dominique Philippe, article paru en 2003

Extrait du p. MD Philippe sur la philosophie de la nature

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La philosophie de la nature

Au-delà de la philosophie pratique, Aristote insiste sur la recherche de la vérité pour elle-même. D’abord la vérité de la nature, du monde physique : qu’est-ce que le milieu qui nous entoure ? De fait, l’homme naît avec un bien qui lui est donné, sa nature humaine. Notre corps fait partie de notre nature. Je suis un être corporel, lié à toutes les réalités naturelles, celles de l’univers. La philosophie de la nature se penche sur ces premières expériences de la matière : la terre, l’eau, l’air, le feu, qui nous influencent d’une façon très profonde et qui nous permettent de distinguer les sensibles propres des sensibles communs, distinction capitale dans la pensée d’Aristote et qui sera refusée par Descartes. Les sensibles propres sont qualitatifs, les sensibles communs quantitatifs. La distinction et le dilemme de la qualité et de la quantité apparaissent donc en philosophie de la nature, avec l’étude des réalités naturelles, matérielles.

Père Marie-Dominique Philippe, Article paru en 2003

Extrait du p. MD Philippe sur la philosophie pratique

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La philosophie pratique

Il y a donc trois grandes expériences humaines pratiques au fondement de toute la philosophie réaliste : le faire artistique (le travail) ; l’agir moral, volontaire ; la coopération dans la communauté. L’homme est d’abord un artiste, un artisan, un travailleur ; il fait une œuvre, il fabrique quelque chose. Cela est nécessaire à cause de son corps. Il est aussi celui qui est responsable de ses activités et capable d’amitié. C’est l’amitié qui maintient en l’homme une exigence de rectitude prudentielle, ce qui est capital pour être capable de soutenir les autres, de les porter, d’en être responsable. Comme l’homme est fragile, il trouve en un autre, en son ami, la possibilité d’avoir une force beaucoup plus grande. Face à Platon qui exaltait la justice en soi et les gouvernants, Aristote développe le sens de l’amitié : l’homme trouve sa force dans un autre, dans un ami. Seul, il est trop seul ! L’amitié est donc une charnière dans la philosophie d’Aristote : grâce à l’amitié, la morale prend une très grande force et garde une très grande souplesse. Un ami est plus souple que l’Etat, qui domine toujours un peu. L’ami « domine » dans la souplesse, parce qu’il est exigeant dans l’amour et réclame le choix libre.

Père Marie-Dominique Philippe, Article paru en 2003

Extrait du p. MD Philippe sur l’expérience politique

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L’expérience politique

Nous ne vivons pas seuls, il y a le point de vue politique de la communauté et des rapports entre les responsabilités de chacun et la communauté humaine : famille, entreprise, cité, pays… L’homme peut exercer non seulement une responsabilité envers lui-même, mais aussi envers les autres. Alors que pour Platon, la communauté est première et passe avant la personne, Aristote montre que c’est l’homme qui est responsable. Pour Platon, la justice n’existe parfaitement qu’au-delà de l’homme, dans le monde des Idées, et donc chez le philosophe-roi. Les hommes politiques doivent être des sages et contempler les Idées. Platon passe donc directement de la sagesse (sophia) à la politique par la cause exemplaire et la cause efficiente. La morale vient donc après la politique, qui la commande. Aristote renverse cette conception et montre que l’homme est responsable, dans la prudence (phrônésis), d’abord de son activité, puis de la communauté. La communauté pourra nous aider, mais c’est toujours à partir du réalisme de l’homme et de son bien.

Père Marie-Dominique Philippe, Article paru en 2003

Extrait du p. MD Philippe sur l’éthique

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L’éthique

L’homme n’est pas qu’un artiste, il n’est pas seulement celui qui fait quelque chose. Il est aussi celui qui est responsable de ses actes ; nous avons alors un second grand développement de la philosophie avec l’éthique. Nous voyons que l’homme est responsable de ses activités en vue d’atteindre sa fin personnelle, son bonheur. Pourquoi et comment l’homme est-il responsable de ses activités volontaires ? C’est la recherche propre à la philosophie éthique.

Père Marie-Dominique Philippe, Article paru en 2003

Extrait du p. MD Philippe sur l’expérience de l’artiste

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L’expérience de l’artiste

L’artiste, en réalisant son œuvre, est habité par une inspiration qui vient radicalement de son expérience d’homme ; et cette inspiration, source de renouveau, d’invention, imprègne et transforme toute son expérience. L’expérience de l’artiste est donc une expérience spéciale, elle est une expérience tout imprégnée « d’idéalisme ». L’artiste voit la réalité « à travers » son inspiration, pour faire quelque chose : par exemple, un peintre regarde autrement un paysage que l’homme du commun. Il le regarde en vue de faire son tableau. Il est donc tout attentif, d’une manière particulière, à la réalité dans ses qualités visibles. L’artiste voit « autrement », il voit « en artiste », et c’est à travers telle idée qu’il expérimente la réalité existante. C’est pour cela que son expérience est d’un caractère spécial ; en elle, la qualité est mise en pleine lumière et l’intelligence saisit des relations entre les qualités.

Père Marie-Dominique Philippe, Article paru en 2003

Extrait du p. MD Philippe sur l’expérience du travail

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L’expérience du travail

Aristote saisit, et peut-être ne voit-on pas assez cela, que notre première connaissance humaine est celle que nous avons à travers l’activité artistique, le facere. Ce rôle du travail, de l’activité réalisatrice, est capital dans la philosophie d’Aristote. C’est ce que la scolastique, après saint Thomas, n’a pas vu, et cela a été à l’origine de très grandes erreurs. Selon Aristote, l’homme est d’abord un artiste, c’est sa première grandeur et c’est ce qui se développe en premier lieu. Au bord de la mer, pendant que les grandes personnes nagent, les enfants bâtissent avec du sable des maisons extraordinaires, des châteaux ; ils sont architectes ! L’homme réalise quelque chose, il aime faire une œuvre, il en a besoin. Et s’il ne fait rien, s’il en est empêché d’une façon ou d’une autre, il ne se sent pas lui-même. L’homme se sent d’abord en travaillant et dans son œuvre. La première recherche philosophique d’Aristote est donc de s’intéresser au faire humain, au facere.

Père Marie-Dominique Philippe, Article paru en 2003