Interview du p MDP

Extraits de l’interview de Christian Chardot (VI), les voies d’accès

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Les voies d’accès à l’existence de Dieu

J‘ai longtemps regardé les preuves de l’existence de Dieu chez saint Thomas dans la même perspective que tout le monde. Or ces preuves sont dans un seul article de saint Thomas, et il n’y en a pas cinq mais une seule puisque toutes elle tendent vers la dernière dont elles sont comme des moments. On peut découvrir l’existence de Dieu uniquement par la causalité finale et elle n’est pas mise en relief par saint Thomas dans les quatre premières preuves de l’existence de Dieu, mais seulement dans la dernière. C’est donc la dernière qui, à elle seule, permet de découvrir l’existence de Dieu. En outre, ce qu’il y a peut-être de plus difficile pour notre intelligence humaine c’est justement de découvrir l’existence de Dieu. En réalité c’est ce qu’il y a de plus difficile et en même temps de plus simple, mais la simplicité est bien ce qu’il y a de plus long à obtenir pour notre intelligence…

Extraits de propos recueillis par Christian Chardot le 9 février 2004

Extraits de l’interview de Christian Chardot (V), la cause finale

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Extrait sur la causalité finale

Certains thomistes déclaraient en effet que la causalité finale n’était pas la causalité dernière et n’était pas vraiment scientifique mais symbolique et métaphorique. En retournant à l’école d’Aristote on ne pouvait plus accepter cette thèse. Or concrètement cela ne pouvait pas se faire au collège du Saulchoir où tout était organisé, car il fallait repenser la structure même des cours pour redécouvrir la causalité finale comme cause des causes.

Cela avait des conséquences en théologie ?

Oui, car on ne traitait plus le problème de la causalité finale qu’au niveau de la piété et sur le plan affectif. On perdait complètement de vue ce que ça signifiait du point de vue de la sagesse.

Mais le fait que la causalité finale soit une vraie cause change quoi dans la compréhension de la Parole de Dieu ?

J’ai compris que l’on traitait très différemment cette question selon que l’on réduisait ou non la causalité finale à une simple exhortation à la piété. Finalement je ne sais toujours pas très bien d’où est venue cette mollesse dans la saisie de la causalité finale, mais c’est bien par une reprise radicale du problème que j’ai été nécessairement conduit à m’interroger sur les sens de l’Ecriture. Cela a été mon effort de chercher le moyen de repenser la causalité finale, qui est capitale puisqu’elle est ce qui achève…

Extraits de propos recueillis par Christian Chardot le 9 février 2004

Extraits de l’interview de Christian Chardot (IV), l’Eglise

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L’Eglise

Quel est votre lien avec l’Eglise ?
Mon lien avec l’Eglise consiste notamment en ceci qu’elle nous demande de chercher la vérité, tant du coté philosophique que théologique et mystique. L’Eglise ne m’a jamais arrêté dans cette recherche, et m’a au contraire soutenu. Je remarque, avec beaucoup de joie, qu’en tant que petit théologien et philosophe je vais derrière le Saint Père. Ce qu’il dit ne m’a jamais gêné, au contraire, je suis heureux de me retrouver avec lui sur ce que je cherche, ce qui est une très grande garantie. Le Pape a la grâce de pouvoir donner cette recherche à toute l’Eglise, tandis que moi je la donne à une petite communauté. J’essaye de communiquer à une petite partie de l’Eglise ce que le Pape donne lui à toute l’Eglise.

Mais vous cherchez pour votre plaisir personnel ou parce que l’Eglise en a besoin ?
Je ne me pose pas la question comme ça… Je suis serviteur de la vérité dans l’Eglise et j’ai voué ma vie à cela. La recherche de la vérité est ma vie. En même temps je vois que c’est utile pour l’Eglise. Je vis cela non pas tellement comme un commandement mais comme une attraction profonde de l’Evangile et de Jésus.

Extraits de propos recueillis par Christian Chardot le 9 février 2004

Extraits d’interview de Christian Chardot (III), les 3 sagesses et la personne

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Les trois sagesses et la personne humaine

Les trois sagesses permettent donc que la personne soit plus offerte ?
Les trois sagesses expriment ce qu’il y a de plus élevé dans l’homme. Cela peut paraître ambitieux mais il n’y a là rien d’original, ou plus exactement c’est seulement en le vivant que l’on expérimente une originalité. Cela ne tolère ni médiocrité ni approximation dans la recherche philosophique et théologique, mais c’est possible avec la grâce de l’Esprit Saint qui purifie la recherche intellectuelle et fait que l’amour ne soit pas arrêté.

Alors c’est un peu un enfantement ?
Oui, c’est un enfantement à la parole de Dieu et à la vie divine qui réclame une pureté d’intelligence et une vraie recherche métaphysique. Il faut avoir le souci constant de chercher la plus pure finalité du cœur et de l’intelligence.

Quelle est votre place dans tout ça ?
Ma place est d’être avec mes frères et de chercher inlassablement la vérité avec eux dans ce don de tout nous-mêmes aux autres. Cette recherche doit être infatigable car on ne peut jamais dire qu’on a trouvé, on ne peut qu’essayer.

On vous reproche parfois un pouvoir spirituel trop fort et sans partage…
J’ai l’impression que ce qu’on me reproche surtout c’est de continuer à chercher malgré les difficultés. Je reste persuadé que plus elle est cherchée, plus la vérité a une force d’attraction parce que l’amour divin réclame une pureté de cœur et d’intelligence toujours plus grande. Je garde ce désir d’aller plus loin. Je ne dis pas du tout que j’ai trouvé et que les autres doivent faire comme moi, non ! Je cherche avec mes frères et nous sommes heureux de trouver ensemble. La vérité s’impose par elle-même et réclame d’aller le plus loin possible.

Extraits de propos recueillis par Christian Chardot le 9 février 2004

Extraits de l’interview de Christian Chardot (II), les 3 sagesses

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Les trois sagesses

Certains saints ont vécu du mystère de l’Agneau sans avoir recours aux trois sagesses philosophique, théologique et mystique… Pourquoi insistez-vous tant sur les trois sagesses?
Les sommets de la vie intellectuelle, théologale et intérieure sont les trois sagesses, et il s’agit d’un esprit qui est nécessairement simple et complexe. Il est simple par sa finalité et complexe parce que présent à divers niveaux. Si l’on veut que l’intelligence soit totalement consacrée à Dieu, les études philosophiques et métaphysiques sont requises, autant qu’on le peut, bien entendu ! Je pense souvent à une parole de Paul VI dont je n’ai assisté qu’à une seule audience. Paul VI avait une intelligence très remarquable. Ce jour-là il a affirmé avec une très grande force : « Le plus grand danger actuel pour l’Eglise, c’est le fidéisme ».

Extraits de propos recueillis par Christian Chardot le 9 février 2004

Extraits de l’interview de Christian Chardot (I), la Tradition

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La Tradition

Qu’est-ce que la Tradition ?
La Tradition est difficile à définir, puisque par elle-même elle est souple. Pour moi la Tradition est faite de vérités profondes vécues dans le cœur des saints. Elle commence en Marie avec tout ce qu’elle a porté dans son cœur. La Tradition est premièrement faite de la vérité révélée et de la parole de Dieu portées en silence dans le cœur des saints, donc dans le cœur de l’Eglise, mais il faut bien distinguer Tradition et tradition. Par exemple une tradition familiale ne relève pas du mystère de la Tradition.

Qu’est-ce que le dogme ?
Le dogme est ce que l’Eglise, par l’intermédiaire du Saint Père et des conciles, affirme comme des vérités de foi.

Et l’intégrisme ?
L’intégrisme consiste à vouloir appliquer une valeur absolue à des choses qui n’en ont pas. C’est une sorte de débordement qui en même temps retire de sa force à ce qui est réellement absolu.
Il y a eu des réactions très belles, de personnes qui sentaient ce danger (je pense par exemple à Bergson ou à Maritain), mais jamais très efficaces, parce que la poussée économique a tout dominé. Par le fait même, le positivisme a gagné de plus en plus les esprits.

Extraits de propos recueillis par Christian Chardot le 9 février 2004

Quelques questions d’un interview du p. MD Philippe, 2002

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Interview à l’occasion des 90 ans du Père Marie-Dominique Philippe

Le Saint-Père insiste beaucoup sur la miséricorde. Le message de sœur Faustine sur la miséricorde et celui de Thérèse sur la petite voie se rejoignent-ils ?

Oui. Thérèse touche à ce qu’il y a de plus profond: dans un monde qui cherche avant tout la gloire humaine, l’épanouissement, la liberté, elle rappelle qu’il faut en premier lieu considérer que nous avons tout reçu de Dieu, et que nous sommes des pauvres qui tendons toujours la main.
La condition sine qua non pour que la Miséricorde puisse nous envelopper, c’est la petite voie ! Devant les fausses richesses, la Petite Thérèse nous apprend à aimer notre petitesse, notre pauvreté en face de Dieu. Nous sommes des mendiants de Dieu. Et Dieu ne peut faire miséricorde qu’à un mendiant.

C’est le secret de l’Espérance ?

Oui, car dans la vraie pauvreté, on est ouvert à la miséricorde.

Propos recueillis par Marie-Christine Lafon

dans Famille chrétienne n°1287 du 14-20 septembre 2002