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Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : son esprit (partie 3)

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La sagesse de la Croix : il en a beaucoup parlé, et il l’a notamment mise au cœur de la « Charte de Charité » de la Communauté Saint-Jean. Au début de la dernière retraite de Communauté qu’il a prêchée à Saint-Jodard, moins d’un an avant sa mort, en novembre 2005, au moment où nous fêtions les 30 ans de la Communauté, il a posé avec force la question : « Que reste-t-il après 30 ans ? » Et la réponse est venue un peu comme un cri jaillissant du plus profond de lui-même : « La sagesse de la Croix ! » C’était tellement ce qu’il vivait réellement, au quotidien. Pour lui, cette sagesse de la Croix, même si elle impliquait la souffrance, était cependant avant tout « gloire » (cf. Jn17), « grande victoire de l’Amour » (cf. Ap 19). « La Croix est sagesse en tant qu’elle est manifestation de l’Amour divin. » Nous, nous avons souvent beaucoup de mal à saisir cette exigence de l’amour divin, et à en vivre…

L’espérance et la jeunesse : on sentait en lui une espérance invincible en toute circonstance. Souvent il encourageait à « aller toujours plus loin », et comme il l’a dit aux frères à Taïwan en 2000 : « Notre devise c’est : toujours plus ! » Et aussi : « Ne pas perdre de temps ». En chapitre à Rimont vers la fin de sa vie, il disait un jour : « Priez pour moi, pour que je ne perde pas de temps, mais que j’aille jusqu’au bout… » Il ne s’agissait pas  d’optimisme naturel ou d’enthousiasme humain mais de véritable espérance théologale, qui ne s’appuie que sur Dieu et ne désire que Dieu. Il nous rappelait souvent que « l’Apocalypse » de Saint Jean est le « livre de l’espérance », et que c’est « l’accomplissement de la volonté du Père » qui fait grandir notre espérance. Voici une histoire racontée par un frère : le père Marie-Dominique reçoit un coup de téléphone pendant un entretien avec ce frère, et s’effondre progressivement sur son siège… il finit par raccrocher, semblant terrassé par ce qu’il vient d’entendre, puis se redresse en disant : « Mais qu’est-ce que ça fait tout ça ? le Christ est ressuscité ! » Et il reprend sa conversation.

C’est sans doute cette espérance qui lui donnait une jeunesse de cœur incroyable, nous disions qu’il était le plus jeune d’entre nous ; il semblait toujours prêt à rebondir pour aller plus loin dans la course de géant qui l’emportait vers le Ciel.

La personne humaine : le père Philippe a beaucoup réfléchi sur la personne humaine en philosophie, spécialement du point de vue métaphysique, et il voulait que nous comprenions l’importance de cette recherche. Pour lui, la métaphysique n’était pas quelque chose d’abstrait (ce que nous avons souvent du mal à comprendre…), c’était le regard humain le plus profond sur la réalité. C’est pourquoi cette connaissance métaphysique, unie à sa foi et à sa charité, lui permettait d’avoir un regard si pénétrant sur chaque personne qu’il rencontrait dans sa vie quotidienne, non pas le regard de « la psychologie des profondeurs », mais un regard qui atteignait l’être profond et unique de chacun, la bonté profonde de chacun, et qui lui permettait d’être si présent, d’avoir une telle attention aimante à tous ceux qu’il rencontrait, même pour la première fois.

D’autre part, du point de vue théologique, il en est venu à penser que Saint Thomas d’Aquin n’était pas le thélogien de la nature, comme on le dit souvent, mais plutôt le thélogien de la personne.

Parce que la Vierge Marie est la personne humaine la plus parfaite, sa connaissance métaphysique de la personne a aussi permis au père de parler d’Elle avec une profondeur unique. Et c’est bien ce que le père Dehau lui avait dit : « Tu dois faire de la métaphysique pour bien parler de la Sainte Vierge. »

Cette « métaphysique de la personne » l’a sûrement aussi beaucoup aidé à avoir un très grand sens de la charité fraternelle et de l’amitié.

La charité fraternelle et la miséricorde : il ne se contentait pas de nous exhorter souvent à la charité fraternelle, d’abord entre nous et à l’intérieur de la Famille Saint Jean, mais il était aussi pour nous un témoin infatigable du don total de soi à ses frères et à tous. Il nous accueillait très chaleureusement à chaque fois que nous allions frapper à sa porte ou que nous l’attrapions dans un couloir, sauf s’il était déjà pris impérativement par autre chose, alors il nous demandait d’essayer de repasser à un autre moment, mais ne manifestait jamais d’impatience ou de lassitude qui aurait pu nous retenir d’aller le voir. Il lui arrivait parfois de passer beaucoup de temps avec des personnes qui demandaient souvent à le voir… En bref, il manifestait une inépuisable charité à l’égard de toutes les personnes qu’il rencontrait, il était pour nous un témoin inlassable de la miséricorde infinie du Père…et il voulait que nous entrions dans cette folie de la miséricorde « du Coeur blessé de l’Agneau ». 

 Le 8 décembre 2000, à l’occasion du Jubilée des 25 ans de la Famille Saint-Jean à Paray-le-Monial, il est intervenu à la fin de la liturgie de demande de pardon, pour dire qu’on avait oublié le plus important : demander pardon pour nos manques de charité fraternelle ! Et il s’est mis à pleurer devant toute l’assemblée sur nos manques de charité fraternelle… Ce fut pour moi un moment bouleversant, inoubliable…

Il nous rappelait souvent que nous ne devions jamais dire du mal de nos frères devant des personnes de l’extérieur. Je crois que dans son cœur il n’y avait que charité pour tous et une très grande confiance en nous, et que c’est pour cela qu’il se permettait parfois de relever les imperfections de nos frères. Vers la fin de sa vie, il a dit à un frère : « On s’aime comme des robots dans cette Communauté ! » Nous sommes loin d’être à la hauteur de ce qu’il attendait de nous dans ce domaine…

L’amitié : il en a beaucoup parlé en philosophie, non seulement en éthique, mais aussi comme une voie de découverte de l’Être Premier, et il en a beaucoup vécu. Il disait facilement de telle ou telle personne qu’il avait connue que c’était un ami, ou qu’ils s’aimaient beaucoup. Ceci est lié à toute sa recherche sur la personne. Il disait souvent : « L’Eglise est un tissu de relations personnelles » Et quand je le voyais personnellement, j’avais parfois l’impression que ce qui l’intéressait le plus c’était que je lui parle de mon amitié avec telle personne. Cependant, l’amitié était pour lui quelque chose de si profond et élevé qu’il rappelait parfois que les vraies amités, profondes, sont rares. C’était sans doute pour nous mettre en garde contre le danger de ramener l’amitié à une relation sensible et superficielle, ce que nous faisons facilement…

En même temps, il était affectueux et donnait souvent des marques d’affection dans les relations personnelles, comme de nous serrer les mains. Il rappelait souvent : « L’insensibilité est le pire des vices. Il n’y a rien de pire qu’un curé rationaliste ! » Au sujet de l’exercice de l’amitié, il nous mettait en garde : « Il faut distinguer la tendresse sensible et la tendresse sexuelle, il y a une tendresse qui n’est pas sexuelle. La charité peut tout assumer, sauf l’aspect sexuel. » Et quand je lui ai posé un jour des questions très concrètes sur les gestes de l’amour dans l’amitié, j’ai constaté qu’il était très prudent, demandant d’éviter les gestes qui pourraient être imprudents pour la chasteté. Et il insistait beaucoup sur la pauvreté dans l’amitié : « L’important c’est d’être pauvre, de tout remettre à la Très Sainte Vierge, elle a donné gratuitement, elle peut le reprendre quand elle veut. » Et dans une des dernières retraites de Communauté à Rimont, il a fait presque toute une conférence sur la vraie place de l’amitié dans la vie religieuse, rappelant une fois de plus que, pour nous religieux, elle est évidemment totalement relative à notre consécration à Dieu.

Esprit de virginité : sans négliger, évidemment, les exigences du voeux de chasteté propre à la vie religieuse, le père préférait plutôt nous parler de « l’esprit de virginité », désir de donner tout notre coeur et toute notre personne à Dieu, en réponse à son « amour jaloux » pour nous. C’est cet esprit de virginité qui nous permet de vivre joyeusement dans la chasteté. Il nous mettait souvent en garde contre la tentation de devenir « un vieux garçon » ou « une vieille fille », tout replié sur soi-même, caricature du voeux de chasteté. Un religieux n’est pas quelqu’un qui a peur d’aimer ou cherche à se protéger, mais au contraire quelqu’un qui aime de plus en plus comme Jésus aime, car il est de plus en plus proche de Celui qui est Amour et Source de tout amour.  

Extrait du livre « Une Nouvelle Pentecôte d’Amour » sur la miséricorde substantielle

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Une miséricorde substantielle

La miséricorde saisit ce qu’il y a de plus individuel dans les misères des hommes, ce qu’il y a de plus secret, de plus caché dans la misère de leur cœur et dans l’ignorance, la cécité de leur intelligence1.

Frédéric Tavernier-Velas– Dieu connaît chacun de nous de manière unique et singulière. Il ne s’agit pas d’une connaissance abstraite. Dieu n’a pas besoin d’abstraire pour connaître. Sa connaissance est substantielle, son amour est substantiel, sa miséricorde est substantielle. Tout ce qui est en Dieu est Dieu. Sa connaissance éternelle enveloppe le temps. Il sait tout de nous parce qu’il nous voit, nous aime, nous accompagne, nous pardonne tout en lui-même.

L’Esprit saint est plus présent à nous-mêmes que nous ne sommes présents à nous-mêmes. Il nous connaît mieux que nous ne nous connaissons nous-mêmes. Il sait nos grandeurs, nos limites, nos fragilités. Mais le regard qu’il porte sur nous n’est pas celui d’un inquisiteur. Je ne suis pas venu pour condamner le monde, dit Jésus, mais pour que le monde soit sauvé2. L’incarnation est pour nous sauver. Si nous regardons Jésus dans ses gestes, nous comprenons cette bonté miséricordieuse qui n’en finit pas d’exercer la miséricorde. Elle n’a aucune limite. C’est à la Samaritaine que Jésus donne son enseignement sur l’adoration en esprit et en vérité. L’aurait-il fait avec une telle grâce s’il l’avait rejetée, elle qui a eu cinq maris et qui vit encore avec un autre qui n’est pas son mari… Regardez la parabole de l’enfant prodigue… L’attente du père qui ouvre ses bras à son fils qui semble avoir tout gâché… Nous, nous ne pouvons pas mesurer la miséricorde divine.

1 Marie-Dominique Philippe, o.p., La Justice et la miséricorde en Dieu, revue Aletheia, n° 39, juin 2011.

2 Jn 12, 47

Appunti di una conferenza del padre MD Philippe sul mistero de Natale

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Natale, un mistero di presenza

Il mistero di Natale è presente per anticipare il mistero della visione beatifica. È un mistero di presenza visibile ma che rimane ancora nascosta : attraverso Gesù Bambino, è Dio che appare, è Dio che si dona di una maniera visibile, tangibile. E Maria vive di questa presenza.

La contemplazione di Maria a Natale, è vivere di questa presenza, di questo dono : « tocca » il dono del Padre nella sua sensibilità e nella sua fede, nella sua sensibilità trasformata dalla fede. È la sensibilità di una madre che riceve il suo bambino, ed è la fede virginale e contemplativa di Maria che tocca il Verbo. C’è una meravigliosa armonia in questa presenza, che è una presenza unica. Al di fuori di Natale, bisogna attendere la visione beatifica. Non si può immaginare una presenza più forte. (…) Lire la suite »

Témoignage d’Emmanuelle, de France

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Première rencontre : septembre 1979, à la session d’initiation à la philosophie que le père prêchait à Briançon, à l’Eau Vive. Mon mari et moi avons tout de suite été nourris par les enseignements, les prières et les messes. Tout au long des années qui ont suivi, jusqu’à sa mort, nous sommes venus puiser à cette source, pour nous et nos enfants.

Je l’ai donc connu pendant 27 ans, c’est à dire toute la période de ma vie d’épouse et de mère de famille. En 1979, nous avions 4 enfants de 8 à 4 ans, puis nous avons eu 4 autres enfants de 1980 à 1986.

Dans ma vie de mère au foyer, beaucoup de conférences ont éclairé mes heures de biberons, de repassage ou de cuisine … entre autres, celles sur la femme et l’éducation, la femme et la souffrance, l’Apocalypse (12 cassettes à l’époque ! ) … Avec l’éclairage de son enseignement, beaucoup de questions trouvaient un sens. C’était à la fois concret et spirituel! Ce qui nous attirait, ce n’était pas sa personne, toujours si effacée (sa petite taille et son attitude humble en était l’image), mais la puissance de sa parole, fruit de longues méditations et du travail du Saint-Esprit.

Avec son enseignement, l’Evangile prenait vie, on voyait les personnes, on découvrait la délicatesse de leurs sentiments … les scènes s’animaient comme si le père venait de les vivre ! Sa méditation sur le Saint Suaire était bouleversante de réalisme et d’amour ! Lire la suite »