A l’âge de la lumière

Extrait du p. MD Philippe, sur une réflexion du père Lacordaire

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N’enchaînons pas notre cœur à nos idées.

Henri-Dominique Lacordaire (1802-1861)


Cette réflexion du Père Lacordaire est tout à fait juste. Je dis cela non parce qu’elle est du Père Lacordaire, et qu’il est mon frère en saint Dominique, mon aîné qui a joué un rôle si important dans le retour des Dominicains en France, mais parce que son affirmation est très vraie et relève d’une saine philosophie. Jamais nos idées – si géniales soient-elles – ne doivent être considérées comme des principes, comme des réalités bonnes et exactes ! Nos idées, qui sont le fruit de notre connaissance, demeurent d’ordre intentionnel ; elles sont le fruit de notre intelligence ou de l’intelligence de nos amis, ou encore surgissent-elles de notre imagination ou de celle des hommes. Ces idées – si belles soient-elles – sont dans l’intelligence et dans le cœur des hommes des réalités virtuelles et non réelles, n’existant donc pas par elles-mêmes dans la réalité. Si on les prend comme des principes qui doivent diriger nos actions, on s’avance dans un monde idéal qui n’existe pas.

Ainsi, on comprend bien qu’en enchaînant notre cœur, notre volonté, à nos idées, on avance dans le vide, dans l’intentionnalité, dans ce qui n’existe pas encore dans la réalité. C’est là le grand danger actuel : confondre nos idées, si belles et généreuses soient-elles, avec la réalité existante. 

Père Marie-Dominique Philippe, « A l’âge de la lumière »

Extrait du p. MD Philippe, la sincérité

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Ce qui probablement fausse tout dans la vie c’est qu’on est convaincu qu’on dit la vérité parce qu’on dit ce qu’on pense.

 Sacha Guitry (1885-1957)

Quand « on est convaincu qu’on dit la vérité parce qu’on dit ce qu’on pense », on est dans la sincérité, une sincérité qui reste au niveau psychologique, au niveau du vécu affectif. La sincérité n’est donc pas toujours la vérité, et il est juste de dire que ceux qui confondent sincérité et vérité peuvent tenir un discours faussé, erroné. Seul ce que dit Dieu, parce que Son être est Vérité et Amour, est toujours vrai. La parole de Dieu, à la différence de la nôtre, est toujours vraie. Et nous, en la recevant, nous sommes dans la vérité, et quand nous l’aimons nous sommes sincères, au bon sens du terme : c’est en toute pureté (ex sinceritate, comme le dit saint Paul que nous la recevons et la transmettons.

Père Marie-Dominique Philippe, « A l’âge de la lumière »

Extrait du p MD Philippe, nos ennemis les plus petits

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Entre nos ennemis, les plus à craindre sont souvent les plus petits.

Jean de La Fontaine (1621-1695)

Que nos ennemis les plus petits soient les plus à craindre, cela semble contradictoire, car lorsque la guerre est déclarée, nos ennemis les plus forts sont bien les plus dangereux, ils sont ceux qui peuvent le plus facilement nous détruire et nous anéantir. Mais ce que Jean de La Fontaine déclare, et qui nous étonne un peu, est cependant très vrai. En réalité, nos ennemis les plus à craindre sont souvent les plus petits, précisément parce qu’ils sont les plus petits. Ceux qui nous inquiètent le moins, on les néglige, et ils peuvent donc s’approcher de nous très facilement sans que notre prudence s’en inquiète. Ils parviennent ainsi à nous attaquer de la manière la plus sournoise, sentant très bien où se situent nos faiblesses.

Ajoutons que nous sommes souvent beaucoup moins prudents à l’égard de ceux qui sont plus faibles que nous, ou qui nous apparaissent comme tels. D’autre part notre cœur, dans sa générosité, se confie beaucoup plus facilement à eux, précisément parce que nous sommes plus miséricordieux à leur égard et que cette miséricorde nous rend plus affectueux, plus libres dans nos confidences. C’est, de fait, parce qu’on s’en inquiète moins que « les plus petits » peuvent devenir plus dangereux.

Cette situation, que souligne ici La Fontaine, reste néanmoins tout à fait particulière ; elle ne doit pas nous dispenser d’exercer notre prudence, car il est bien évident qu’un ennemi, s’il est fort et puissant, demeure toujours plus à craindre qu’un ennemi faible.

Père Marie-Dominique Philippe, A l’âge de la Lumière.

Extrait du p. MD Philippe sur l’attraction du Père

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Nul ne peut venir vers moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire ; et moi je le ressusciterai au dernier Jour.

Jean 6, 44

J

ésus veut nous montrer que l’attraction du Père est ce qu’il y a de plus fondamental et qu’elle est à l’origine de notre lien avec Lui. Il n’y a pas deux voies, il n’y en a qu’une : l’attraction que le Père exerce sur nous.

« Nul ne peut venir vers moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire. » Ici, c’est à la fois explicite et catégorique : « Nul ne peut venir vers moi », dit Jésus. Si le Père n’exerce pas sur notre âme Son attraction, nous ne pourrons pas venir vers Jésus. Car le Père est notre bien, et Lui seul peut exercer sur nous son attraction, éveiller en notre appétit spirituel Son amour. Cela est premier. Il est pour nous le bien le plus parfait, le plus ultime, qui nous attire. Voilà la cause finale en exercice. Dès lors, Jésus peut achever l’œuvre du Père : « et moi je le ressusciterai au dernier Jour ».

L’œuvre propre du Christ, c’est de donner à celui qui croit en lui la vie éternelle (1) et, au dernier Jour, de ressusciter son corps (2). L’attraction du Père sur notre âme permet au Christ de ressusciter notre pauvre corps sur le modèle de Son corps glorieux. (…)

Cette attraction du Père se réalise évidemment de manières infiniment variées, mais c’est toujours le Père qui, de façon visible ou invisible, attire tous les hommes vers Jésus.

Père Marie-Dominique Philippe, extrait du livre « A l’âge de la lumière », p 297

Extrait du p. MD Philippe sur la prière

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Dieu veut beaucoup de prière, de la quantité, et à un certain point de vue, il me semble que la qualité lui importe moins. Nous donnerons la quantité et lui-même donnera la qualité.

 Père Pierre-Thomas Dehau (1870-1956)

Cette affirmation du Père Dehau semble en contradiction avec ce qu’il énonce si souvent au plan philosophique, à savoir que la qualité l’emporte sur la quantité, en quoi il est tout à fait conforme à la pensée d’Aristote et à sa philosophie réaliste.

Alors pourquoi, ici, cette affirmation au plan pratique et pastoral ? Précisément parce qu’au plan pratique, le Père Dehau insiste sur ce qui est en notre pouvoir. La qualité de la prière ne dépend pas de nous mais du souffle de l’Esprit Saint, tandis que la quantité relève uniquement de notre vouloir. Ce que nous pouvons faire, ce qui est de notre ressort, c’est de consacrer du temps à la prière. Cela, nous pouvons le décider. Consacrons donc du temps à cette rencontre avec Dieu, et appelons l’Esprit Saint en Lui demandant de faire que ce temps de prière soit très qualitatif et très fervent. Dieu a pitié de celui qui donne de son temps à la prière, et non pas de celui qui ne donne du temps que si la prière est pour lui qualitative, selon son jugement. Dieu aime le pauvre qui prie en pauvre, en mendiant, et qui offre à Dieu tout le temps qu’il peut, sans regarder les résultats. Car si l’homme agit autrement, il reprend ce qu’il donne en priant.

Père Marie-Dominique Philippe, extrait du livre « A l’âge de la lumière » p 195