Extrait du p. MD Philippe sur la philosophie pratique

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La philosophie pratique

Il y a donc trois grandes expériences humaines pratiques au fondement de toute la philosophie réaliste : le faire artistique (le travail) ; l’agir moral, volontaire ; la coopération dans la communauté. L’homme est d’abord un artiste, un artisan, un travailleur ; il fait une œuvre, il fabrique quelque chose. Cela est nécessaire à cause de son corps. Il est aussi celui qui est responsable de ses activités et capable d’amitié. C’est l’amitié qui maintient en l’homme une exigence de rectitude prudentielle, ce qui est capital pour être capable de soutenir les autres, de les porter, d’en être responsable. Comme l’homme est fragile, il trouve en un autre, en son ami, la possibilité d’avoir une force beaucoup plus grande. Face à Platon qui exaltait la justice en soi et les gouvernants, Aristote développe le sens de l’amitié : l’homme trouve sa force dans un autre, dans un ami. Seul, il est trop seul ! L’amitié est donc une charnière dans la philosophie d’Aristote : grâce à l’amitié, la morale prend une très grande force et garde une très grande souplesse. Un ami est plus souple que l’Etat, qui domine toujours un peu. L’ami « domine » dans la souplesse, parce qu’il est exigeant dans l’amour et réclame le choix libre.

Père Marie-Dominique Philippe, Article paru en 2003