Extrait du p MD Philippe, nos ennemis les plus petits

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Entre nos ennemis, les plus à craindre sont souvent les plus petits.

Jean de La Fontaine (1621-1695)

Que nos ennemis les plus petits soient les plus à craindre, cela semble contradictoire, car lorsque la guerre est déclarée, nos ennemis les plus forts sont bien les plus dangereux, ils sont ceux qui peuvent le plus facilement nous détruire et nous anéantir. Mais ce que Jean de La Fontaine déclare, et qui nous étonne un peu, est cependant très vrai. En réalité, nos ennemis les plus à craindre sont souvent les plus petits, précisément parce qu’ils sont les plus petits. Ceux qui nous inquiètent le moins, on les néglige, et ils peuvent donc s’approcher de nous très facilement sans que notre prudence s’en inquiète. Ils parviennent ainsi à nous attaquer de la manière la plus sournoise, sentant très bien où se situent nos faiblesses.

Ajoutons que nous sommes souvent beaucoup moins prudents à l’égard de ceux qui sont plus faibles que nous, ou qui nous apparaissent comme tels. D’autre part notre cœur, dans sa générosité, se confie beaucoup plus facilement à eux, précisément parce que nous sommes plus miséricordieux à leur égard et que cette miséricorde nous rend plus affectueux, plus libres dans nos confidences. C’est, de fait, parce qu’on s’en inquiète moins que « les plus petits » peuvent devenir plus dangereux.

Cette situation, que souligne ici La Fontaine, reste néanmoins tout à fait particulière ; elle ne doit pas nous dispenser d’exercer notre prudence, car il est bien évident qu’un ennemi, s’il est fort et puissant, demeure toujours plus à craindre qu’un ennemi faible.

Père Marie-Dominique Philippe, A l’âge de la Lumière.