Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : les dernières années et le dernier mois

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Les dernières années

Bien qu’il ait gardé presque jusqu’au bout un rythme de vie très intense, il est clair que sa manière de parler, de marcher, etc… a nettement ralenti à la fin. Il parlait de plus en plus lentement. Il donnait moins de cours, bien qu’il ait, durant les toutes dernières années, retrouvé sa voix.

Et même sa manière d’enseigner a changé ; un frère très proche de lui disait : « L’analyse ne l’intéresse plus, c’est la contemplation. » Il semble qu’à partir de la fin des années 90, il faisait moins d’analyse en philosophie, il nous donnait plus un regard de sagesse.

Quand il a eu 90 ans je crois, la Congrégation pour l’Education Catholique (du Saint-Siège) a demandé que ses cours ne soient plus comptés comme faisant partie des cours nécessaires pour les candidats au sacerdoce. Il continuait donc à donner des cours, mais on appelait ça « conférence de philosophie 1ère » ou autre. D’autres frères professeurs faisaient les cours qui comptaient pour la ratio des frères.

D’autre part, il devait dormir davantage. Il m’a dit une fois que le médecin lui avait dit que quand on a beaucoup tiré sur le sommeil dans sa jeunesse on doit dormir plus quand on est vieux, contrairement au commun des vieillards qui perdent le sommeil. Il ne venait plus à l’oraison ni aux laudes, le matin ; le cours de 7h30 fut déplacé après le petit déjeuner. Le soir après diner, il s’endormait souvent pendant la conférence (j’ai assisté une fois à cela, il y eut plusieurs minutes d’un silence de mort dans la salle, personne ne sachant quoi faire, jusqu’à ce que le frère prieur aille lui apporter un verre d’eau pour le réveiller…). Il continuait à recevoir les frères après le Salve, mais pas aussi tard qu’avant. Les jeunes frères pouvaient difficilement le rencontrer personnellement. Il se couchait probablement plus tôt.

Il semblait voir et entendre de plus en plus mal, et souffrait sûrement de plus en plus de ses innombrables problèmes de santé. C’est un frère de la communauté qui est devenu son médecin traitant habituel.

Il prenait tous ses repas seul, mais les frères qui avaient besoin de le voir pouvaient parfois aller prendre le repas avec lui, dans son bureau.

Il perdait la mémoire. Il avait besoin de lire très attentivement tous les textes de la messe pour ne pas oublier. Il ne reconnaissait plus certains frères et certaines sœurs. En avril 2006, quelques mois avant sa mort, il ne m’a pas reconnu les premières fois où je l’ai vu (je l’avais trouvé très bon mais un peu lointain, pas affectueux et proche comme d’habitude). Mais quand je suis retourné le voir encore une fois, il s’est écrié : « Ah, cette fois on le reconnait ! » et il s’est montré proche comme auparavant. Il y avait un chapitre général de la congrégation des frères à ce moment-là ; il ne participait quasiment pas aux débats du chapitre en raison de sa fatigue, mais donnait chaque jour, pour les frères membres du chapitre, une conférence à la chapelle, située en face de son bureau, au même étage. Quand je l’ai remercié des magnifiques conférences qu’il nous avait données, il a répondu à peu près: « Il ne reste plus que l’essentiel, le reste on oublie… »

Vers la même époque, on lui a proposé un médicament chinois qui aurait pu l’aider, il a répondu très fort : « Oui, je veux ! », comme s’il voulait rester le plus possible sur terre, pour nous. Mais ensuite il n’a pas réussi à le prendre, car il ne supportait pas le goût de ce médicament, même mélangé à des aliments.

Après sa mort un frère très proche de lui a dit qu’à la fin de sa vie il vivait une espèce d’agonie. Par exemple, quand le Cardinal Rodé l’a remercié, lors de ses 70 ans de sacerdoce, il n’y croyait pas, car il se pensait rejeté…

 

Le dernier mois

Soeur Alix a dit, parlant du jour où le père a eu son accident cérébral, le 20 juillet 2006 à Saint-Jodard : « Quand je suis entrée, j’ai eu l’impression de voir une descente de Croix : il était couché sur le lit, la tête renversée en arrière… » Le père est resté là jusqu’à sa mort. Il pouvait encore se déplacer un peu dans sa cellule et son bureau, probablement aidé par quelqu’un, mais il n’a jamais retrouvé la parole, lui qui a parlé toute sa vie, peut-être plus que n’importe qui. Il fallait donc qu’il finisse sa vie en témoignant de ce qu’il nous a toujours dit : « La parole doit conduire au silence de l’amour ». Il passait la plupart du temps sur son lit, surtout les derniers jours car il était de plus en plus faible, ne mangeant quasiment rien, et comme il avait des escarres, il fallait donc le retourner souvent. Au moment de sa mort, son visage était extrêmement maigre.

Il ne pouvait plus célébrer la messe, un frère célébrait pour lui chaque jour. Comme parfois il refusait de communier, les frères ont fini par comprendre que c’était parce qu’il voulait concélébrer ! Un frère a rapporté : « Un jour, lors des paroles de la messe : « Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous ! », on l’a entendu pousser un grognement, comme s’il avait voulu exprimer combien il voulait nous donner cette paix ! » Le Cardinal Barbarin a célébré la dernière messe auprès de lui, le 25 août.

Le prieur général ayant demandé que les frères poursuivent leurs apostolats d’été sans rien changer, il n’y avait pas beaucoup de frères à Saint-Jodard, cependant certains ont pu aller le voir pendant ce dernier mois. Tout le monde l’accompagnait par la prière pour ce qui était, à n’en pas douter, son ultime préparation avant « le grand bond dans l’éternité », selon l’expression qu’il avait lui-même employée quelques mois auparavant, priant dans la chambre de Marthe Robin. Un jour les frères de St-Jodard sont venus le voir ensemble dans son bureau et pendant un long moment il s’est efforcé de leur parler, mais rien d’intelligible ne sortait de sa bouche malgré tous ses efforts…

Des frères et sœurs veillaient auprès de lui chaque nuit. Le 25 août, le frère médecin a dit, semble-t-il, qu’il pensait que c’était bientôt la fin. Et comme cette nuit-là il veillait auprès du père, à un moment, sentant la fin approcher, il lui dit : « On est avec vous, père ! », et peu après… C’était vers 4h30 que le père Marie-Dominique est parti, il est parti assez vite.

Le lendemain, il y eut aussitôt un message magnifique du Saint-Père Benoit XVI envoyé au prieur général des frères. La supérieure générale des Missionnaires de la Charité, quant à elle, nous apprenait dans son message que le 26 août est l’anniversaire de la naissance de Mère Teresa et la fête liturgique de Notre Dame de Czestochowa, si liée à Saint Jean-Paul II ! « Ils se réjouissent maintenant tous les trois dans le ciel ! »

Son corps est resté exposé dans la chapelle de Saint-Jodard jusqu’au jour de l’enterrement. Il a été enterré à Rimont, mais je crois que le père Marie-Dominique avait dit dans le passé qu’il souhaitait être enterré à Saint-Jodard, auprès du noviciat.

Je crois donc qu’on peut dire qu’il a vécu au quotidien, au milieu de nous, la charité héroïque pour Dieu et pour le prochain. Pourtant, ces aspects encore un peu extérieurs n’étaient pas le plus important pour lui, il nous rappelait sans cesse que l’important c’est l’esprit !