Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : maladie à TAIWAN

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Maladie à Taïwan (janvier 2000) : étant à Taiwan à ce moment-là, j’ai eu la chance d’être, avec quelques autres frères, témoin de cet épisode particulier de sa vie, je souhaite donc en dire un mot.

Le frère qui l’emmenait à l’aéroport de Lyon le jour de son départ a senti que quelque chose n’allait pas, mais le père Philippe a répondu : « Si je n’y vais pas cette fois-ci, je n’y retournerai plus. » A son arrivée à Taipei, il est sorti de l’aéroport en chaise roulante ; mais c’est seulement tard le soir que nous avons pris vraiment conscience de la gravité du problème et que nous avons appelé le Dr Reich, qui le suivait à cette époque, et qui a immédiatement dit que c’était une hémiplégie et qu’il fallait tout de suite lui faire de l’acuponcture (ce qui n’a pas été fait, à cause d’un frère qui avait un autre point de vu). Il a finalement passé 15 jours au grand hôpital catholique de Taipei, et c’est là qu’un acuponcteur a fini par venir le soigner. Il était totalement épuisé ; le 1er jour il a dormi presque toute la journée. Pendant ces 15 jours, j’étais auprès de lui avec le frère responsable du Vicariat d’Asie ; un autre frère a beaucoup aidé aussi (il fallait veiller sur lui presqu’en permanence, jour et nuit), une sœur contemplative taiwanaise était là aussi.

Peu après son arrivée à l’hôpital, les infirmières, de jeunes femmes taïwanaises, ont voulu lui donner un bain, car il n’était plus en état d’en prendre seul. Le père a refusé, demandant que ce soit moi, un frère, qui lui donne, et c’est ce qui a été fait.

 Il a récupéré petit à petit, et au bout de 15 jours nous avons pu l’emmener au prieuré. Avant son départ, il a donné une petite conférence pour les amis, à l’hôpital ; mais sa bouche restait encore légèrement tordue et son élocution n’était pas encore redevenue normale. En remettant son habit dominicain, qu’il n’avait pas porté depuis deux semaines, il me dit en riant : « Le moine revient ! »

Il lui a fallu passer encore 15 jours au prieuré avant d’être en état de rentrer en France. Pendant ces 15 jours, il faisait des exercices de rééducation et parfois se promenait un peu sur la route, toujours accompagné par un frère. La nuit, un frère dormait toujours auprès de lui. Un matin au réveil, il remet ses lunettes : « Mes yeux …», son dentier : « Mes dents… », son appareil acoustique : « Mes oreilles… », et il dit en plaisantant : « Ahlala, on sait pas ce qui reste de bon sur ce bonhomme ! »

Pendant ce mois si particulier avec lui, j’ai été impressionné par sa volonté de fer : il supportait pratiquement sans jamais une plainte toutes les souffrances et désagréments (même parfois de choses qu’il aurait pu facilement éviter), et il faisait tout son possible pour se remettre et pour pouvoir rentrer en France rapidement. Je l’ai vu vomir le médicament chinois qu’il s’était forcé à avaler (il détestait ce goût) et se préparer à réavaler ce qu’il venait de vomir, pour ne pas gaspiller… Heureusement un frère lui a dit de ne pas le faire, et il a obtempéré. Il a dit un jour à un autre frère : « J’ai été trop stoïcien ».

Cependant, ce qui était plus profondément marquant, c’était la docilité avec laquelle il se soumettait à tout ce qu’on lui demandait de faire, par exemple les exercices de rééducation (il avait 88 ans !), sa gratitude pour ce que nous faisions pour lui, l’intérêt qu’il avait pour tout ce qu’il ne connaissait pas, par exemple le « temple de la tortue » (temple taoïste situé au bout de la rue du prieuré). Et on voyait sa bonté habituelle…Mais un jour où un frère a oublié de prendre les documents nécessaires en l’emmenant à l’hôpital, il s’est mis en colère.

Voici un épisode douloureux mais très instructif pour moi : le 28 janvier, fête de Saint Thomas d’Aquin, j’apprends tout à coup par quelqu’un d’autre qu’il va chez les sœurs faire une conférence sur Saint Thomas ; étant prieur, je trouve curieux qu’il ne m’ait rien dit… J’apprends ensuite par une sœur qu’il a dit : « Les frères ne me demandent rien » ! Fait très représentatif de son désir de communiquer la lumière en toutes circonstances, alors que nous pensions bien faire en ne lui demandant rien pour ne pas le fatiguer.