Mois: août 2017

Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : les dernières années et le dernier mois

Publié le Mis à jour le

Les dernières années

Bien qu’il ait gardé presque jusqu’au bout un rythme de vie très intense, il est clair que sa manière de parler, de marcher, etc… a nettement ralenti à la fin. Il parlait de plus en plus lentement. Il donnait moins de cours, bien qu’il ait, durant les toutes dernières années, retrouvé sa voix.

Et même sa manière d’enseigner a changé ; un frère très proche de lui disait : « L’analyse ne l’intéresse plus, c’est la contemplation. » Il semble qu’à partir de la fin des années 90, il faisait moins d’analyse en philosophie, il nous donnait plus un regard de sagesse.

Quand il a eu 90 ans je crois, la Congrégation pour l’Education Catholique (du Saint-Siège) a demandé que ses cours ne soient plus comptés comme faisant partie des cours nécessaires pour les candidats au sacerdoce. Il continuait donc à donner des cours, mais on appelait ça « conférence de philosophie 1ère » ou autre. D’autres frères professeurs faisaient les cours qui comptaient pour la ratio des frères.

D’autre part, il devait dormir davantage. Il m’a dit une fois que le médecin lui avait dit que quand on a beaucoup tiré sur le sommeil dans sa jeunesse on doit dormir plus quand on est vieux, contrairement au commun des vieillards qui perdent le sommeil. Il ne venait plus à l’oraison ni aux laudes, le matin ; le cours de 7h30 fut déplacé après le petit déjeuner. Le soir après diner, il s’endormait souvent pendant la conférence (j’ai assisté une fois à cela, il y eut plusieurs minutes d’un silence de mort dans la salle, personne ne sachant quoi faire, jusqu’à ce que le frère prieur aille lui apporter un verre d’eau pour le réveiller…). Il continuait à recevoir les frères après le Salve, mais pas aussi tard qu’avant. Les jeunes frères pouvaient difficilement le rencontrer personnellement. Il se couchait probablement plus tôt.

Il semblait voir et entendre de plus en plus mal, et souffrait sûrement de plus en plus de ses innombrables problèmes de santé. C’est un frère de la communauté qui est devenu son médecin traitant habituel.

Il prenait tous ses repas seul, mais les frères qui avaient besoin de le voir pouvaient parfois aller prendre le repas avec lui, dans son bureau.

Il perdait la mémoire. Il avait besoin de lire très attentivement tous les textes de la messe pour ne pas oublier. Il ne reconnaissait plus certains frères et certaines sœurs. En avril 2006, quelques mois avant sa mort, il ne m’a pas reconnu les premières fois où je l’ai vu (je l’avais trouvé très bon mais un peu lointain, pas affectueux et proche comme d’habitude). Mais quand je suis retourné le voir encore une fois, il s’est écrié : « Ah, cette fois on le reconnait ! » et il s’est montré proche comme auparavant. Il y avait un chapitre général de la congrégation des frères à ce moment-là ; il ne participait quasiment pas aux débats du chapitre en raison de sa fatigue, mais donnait chaque jour, pour les frères membres du chapitre, une conférence à la chapelle, située en face de son bureau, au même étage. Quand je l’ai remercié des magnifiques conférences qu’il nous avait données, il a répondu à peu près: « Il ne reste plus que l’essentiel, le reste on oublie… »

Vers la même époque, on lui a proposé un médicament chinois qui aurait pu l’aider, il a répondu très fort : « Oui, je veux ! », comme s’il voulait rester le plus possible sur terre, pour nous. Mais ensuite il n’a pas réussi à le prendre, car il ne supportait pas le goût de ce médicament, même mélangé à des aliments.

Après sa mort un frère très proche de lui a dit qu’à la fin de sa vie il vivait une espèce d’agonie. Par exemple, quand le Cardinal Rodé l’a remercié, lors de ses 70 ans de sacerdoce, il n’y croyait pas, car il se pensait rejeté…

 

Le dernier mois

Soeur Alix a dit, parlant du jour où le père a eu son accident cérébral, le 20 juillet 2006 à Saint-Jodard : « Quand je suis entrée, j’ai eu l’impression de voir une descente de Croix : il était couché sur le lit, la tête renversée en arrière… » Le père est resté là jusqu’à sa mort. Il pouvait encore se déplacer un peu dans sa cellule et son bureau, probablement aidé par quelqu’un, mais il n’a jamais retrouvé la parole, lui qui a parlé toute sa vie, peut-être plus que n’importe qui. Il fallait donc qu’il finisse sa vie en témoignant de ce qu’il nous a toujours dit : « La parole doit conduire au silence de l’amour ». Il passait la plupart du temps sur son lit, surtout les derniers jours car il était de plus en plus faible, ne mangeant quasiment rien, et comme il avait des escarres, il fallait donc le retourner souvent. Au moment de sa mort, son visage était extrêmement maigre.

Il ne pouvait plus célébrer la messe, un frère célébrait pour lui chaque jour. Comme parfois il refusait de communier, les frères ont fini par comprendre que c’était parce qu’il voulait concélébrer ! Un frère a rapporté : « Un jour, lors des paroles de la messe : « Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous ! », on l’a entendu pousser un grognement, comme s’il avait voulu exprimer combien il voulait nous donner cette paix ! » Le Cardinal Barbarin a célébré la dernière messe auprès de lui, le 25 août.

Le prieur général ayant demandé que les frères poursuivent leurs apostolats d’été sans rien changer, il n’y avait pas beaucoup de frères à Saint-Jodard, cependant certains ont pu aller le voir pendant ce dernier mois. Tout le monde l’accompagnait par la prière pour ce qui était, à n’en pas douter, son ultime préparation avant « le grand bond dans l’éternité », selon l’expression qu’il avait lui-même employée quelques mois auparavant, priant dans la chambre de Marthe Robin. Un jour les frères de St-Jodard sont venus le voir ensemble dans son bureau et pendant un long moment il s’est efforcé de leur parler, mais rien d’intelligible ne sortait de sa bouche malgré tous ses efforts…

Des frères et sœurs veillaient auprès de lui chaque nuit. Le 25 août, le frère médecin a dit, semble-t-il, qu’il pensait que c’était bientôt la fin. Et comme cette nuit-là il veillait auprès du père, à un moment, sentant la fin approcher, il lui dit : « On est avec vous, père ! », et peu après… C’était vers 4h30 que le père Marie-Dominique est parti, il est parti assez vite.

Le lendemain, il y eut aussitôt un message magnifique du Saint-Père Benoit XVI envoyé au prieur général des frères. La supérieure générale des Missionnaires de la Charité, quant à elle, nous apprenait dans son message que le 26 août est l’anniversaire de la naissance de Mère Teresa et la fête liturgique de Notre Dame de Czestochowa, si liée à Saint Jean-Paul II ! « Ils se réjouissent maintenant tous les trois dans le ciel ! »

Son corps est resté exposé dans la chapelle de Saint-Jodard jusqu’au jour de l’enterrement. Il a été enterré à Rimont, mais je crois que le père Marie-Dominique avait dit dans le passé qu’il souhaitait être enterré à Saint-Jodard, auprès du noviciat.

Je crois donc qu’on peut dire qu’il a vécu au quotidien, au milieu de nous, la charité héroïque pour Dieu et pour le prochain. Pourtant, ces aspects encore un peu extérieurs n’étaient pas le plus important pour lui, il nous rappelait sans cesse que l’important c’est l’esprit !

 

Passaggio sul padre MD Philippe, il compito del teologo

Publié le Mis à jour le

Il compito del teologo

Compito del teologo non è quello di esporre una sua propria dottrina, ma di analizzare l’insegnamento rivelato attraverso le Sacre Scritture e la Tradizione: “…fermarsi alle Scritture, dimenticando la Tradizione, sarebbe un errore; non considerare che la Tradizione sarebbe un altro errore.” Si tratta di “entrare nel mistero dell’economia divina, per cercare di comprendere il modo con cui Dio governa gli uomini, e progressivamente loro rivela il suo mistero. La rivelazione implica un divenire, una storia, il cui vertice è il mistero dell’Incarnazione, ordinato al mistero della Croce di Cristo, sorgente della salvezza.”

Passaggio del libro di Piero Viotto, “la Vita di Maria, secondo Marie-Dominique Philippe”

Extrait du p. MD Philippe, le philosophe

Publié le Mis à jour le

Le philosophe

La meilleure définition du philosophe à mon sens, celle à laquelle je reviens toujours, c’est celle de Péguy, qui n’était pas un philosophe (…) Péguy nous dit, à sa manière, qu’il n’y a que deux espèces de personnes, les gens qui descendent le fleuve et ceux qui remontent à la source; et c’est comme ça qu’il distingue les philosophes des non-philosophes. Quantité de personnes descendent le fleuve, et c’est facile: les morts aussi descendent le fleuve, et même les cadavres descendent le fleuve plus vite que les autres (…)

Certains, qu contraire, veulent remonter à la source. Et Péguy ajoute: c’est difficile de remonter à la source, c’est pénible, il faut accepter d’être seul. C’est très juste. Péguy ne donne pas là une définition, mais décrit une attitude intérieure qui consiste à chercher la vérité. Pour moi, c’est cela, le philosophe: c’est celui qui cherche éperdument la vérité. Non pas pour la posséder, mais pour être possédé par elle, pour être pris par elle.

Père Marie-Dominique Philippe, Les Trois Sagesses

Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : maladie à TAIWAN

Publié le Mis à jour le

Maladie à Taïwan (janvier 2000) : étant à Taiwan à ce moment-là, j’ai eu la chance d’être, avec quelques autres frères, témoin de cet épisode particulier de sa vie, je souhaite donc en dire un mot.

Le frère qui l’emmenait à l’aéroport de Lyon le jour de son départ a senti que quelque chose n’allait pas, mais le père Philippe a répondu : « Si je n’y vais pas cette fois-ci, je n’y retournerai plus. » A son arrivée à Taipei, il est sorti de l’aéroport en chaise roulante ; mais c’est seulement tard le soir que nous avons pris vraiment conscience de la gravité du problème et que nous avons appelé le Dr Reich, qui le suivait à cette époque, et qui a immédiatement dit que c’était une hémiplégie et qu’il fallait tout de suite lui faire de l’acuponcture (ce qui n’a pas été fait, à cause d’un frère qui avait un autre point de vu). Il a finalement passé 15 jours au grand hôpital catholique de Taipei, et c’est là qu’un acuponcteur a fini par venir le soigner. Il était totalement épuisé ; le 1er jour il a dormi presque toute la journée. Pendant ces 15 jours, j’étais auprès de lui avec le frère responsable du Vicariat d’Asie ; un autre frère a beaucoup aidé aussi (il fallait veiller sur lui presqu’en permanence, jour et nuit), une sœur contemplative taiwanaise était là aussi.

Peu après son arrivée à l’hôpital, les infirmières, de jeunes femmes taïwanaises, ont voulu lui donner un bain, car il n’était plus en état d’en prendre seul. Le père a refusé, demandant que ce soit moi, un frère, qui lui donne, et c’est ce qui a été fait.

 Il a récupéré petit à petit, et au bout de 15 jours nous avons pu l’emmener au prieuré. Avant son départ, il a donné une petite conférence pour les amis, à l’hôpital ; mais sa bouche restait encore légèrement tordue et son élocution n’était pas encore redevenue normale. En remettant son habit dominicain, qu’il n’avait pas porté depuis deux semaines, il me dit en riant : « Le moine revient ! »

Il lui a fallu passer encore 15 jours au prieuré avant d’être en état de rentrer en France. Pendant ces 15 jours, il faisait des exercices de rééducation et parfois se promenait un peu sur la route, toujours accompagné par un frère. La nuit, un frère dormait toujours auprès de lui. Un matin au réveil, il remet ses lunettes : « Mes yeux …», son dentier : « Mes dents… », son appareil acoustique : « Mes oreilles… », et il dit en plaisantant : « Ahlala, on sait pas ce qui reste de bon sur ce bonhomme ! »

Pendant ce mois si particulier avec lui, j’ai été impressionné par sa volonté de fer : il supportait pratiquement sans jamais une plainte toutes les souffrances et désagréments (même parfois de choses qu’il aurait pu facilement éviter), et il faisait tout son possible pour se remettre et pour pouvoir rentrer en France rapidement. Je l’ai vu vomir le médicament chinois qu’il s’était forcé à avaler (il détestait ce goût) et se préparer à réavaler ce qu’il venait de vomir, pour ne pas gaspiller… Heureusement un frère lui a dit de ne pas le faire, et il a obtempéré. Il a dit un jour à un autre frère : « J’ai été trop stoïcien ».

Cependant, ce qui était plus profondément marquant, c’était la docilité avec laquelle il se soumettait à tout ce qu’on lui demandait de faire, par exemple les exercices de rééducation (il avait 88 ans !), sa gratitude pour ce que nous faisions pour lui, l’intérêt qu’il avait pour tout ce qu’il ne connaissait pas, par exemple le « temple de la tortue » (temple taoïste situé au bout de la rue du prieuré). Et on voyait sa bonté habituelle…Mais un jour où un frère a oublié de prendre les documents nécessaires en l’emmenant à l’hôpital, il s’est mis en colère.

Voici un épisode douloureux mais très instructif pour moi : le 28 janvier, fête de Saint Thomas d’Aquin, j’apprends tout à coup par quelqu’un d’autre qu’il va chez les sœurs faire une conférence sur Saint Thomas ; étant prieur, je trouve curieux qu’il ne m’ait rien dit… J’apprends ensuite par une sœur qu’il a dit : « Les frères ne me demandent rien » ! Fait très représentatif de son désir de communiquer la lumière en toutes circonstances, alors que nous pensions bien faire en ne lui demandant rien pour ne pas le fatiguer.