Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : sa vie quotidienne (quatrième partie)

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Programme hebdomadaire : Chaque semaine il passait environ trois jours à St-Jodard, un jour et demi ou deux jours à Rimont, une demi-journée à Semur, et durant les weekends il visitait des prieurés ou avait parfois d’autres apostolats. Vers la fin de sa vie, il m’a dit en privé que s’il passait une semaine sur deux à St-Jodard et Rimont, cela éviterait que toutes les choses à faire et régler lui tombent dessus tous les deux ou trois jours ; mais finalement on a maintenu jusqu’au bout le rythme habituel, qui devait en fait être assez éprouvant pour lui.

Pour les déplacements habituels entre les maisons de formation, il était toujours conduit par un frère (ou parfois une sœur ?) en voiture (on lui réservait une voiture un peu confortable). Il aimait que les frères conduisent assez vite, sans doute parce qu’il ne souhaitait pas perdre de temps sur la route. Il avait des chauffeurs habituels, mais si un frère avait besoin de le voir un peu longuement, on lui proposait parfois de conduire le père Marie-Dominique.

Pour les trajets un peu longs, par exemple pour aller sur Paris, je crois qu’il prenait habituellement le TGV. Un frère a rapporté qu’un jour dans le train, étant assis à côté de deux amoureux, il avait commencé à leur parler de l’amour, etc … c’était bien son zèle apostolique !

Programme annuel : chaque année, de septembre à juin, il vivait principalement dans les maisons de formation, au rythme indiqué ci-dessus. Je crois que c’est parce qu’il accordait une grande importance à la formation des jeunes frères et sœurs, et aussi pour être présent comme un père au milieu de nous, tout en s’absentant parfois pour aller visiter des prieurés dans d’autres pays.

Pour Noël, il était à St-Jodard, mais venait à Rimont pour la messe du jour.

Pour le Triduum Pascal, il célébrait le mandatum à Rimont en début d’après-midi le jeudi saint, (il lavait lui-même les pieds de tous les frères, se mettant à genou et se relevant devant chacun), puis partait pour St-Jodard, où il le refaisait comme à Rimont. Le vendredi saint, durant la matinée, il y avait le chemin de croix pour tout le monde, frères, sœurs, hôtes etc… sur les petites routes dans la campagne près du couvent, cela durait au moins 4 heures, parfois 5… Il prêchait lui-même à toutes les stations, longuement. (Une fois, il ne s’est pas relevé après s’être mis à genoux pour l’invocation du début de la station et a prêché à genoux… Du coup, tout le monde est resté à genoux aussi, et ceci à chaque station !) Le samedi saint, il insistait pour qu’on vive du mystère du sépulcre, il faisait une ou deux conférences sur ce sujet, mais souhaitait surtout que nous entrions avec la Vierge Marie dans le grand silence qui caractérise ce mystère.

Durant la semaine autour du 21 novembre, il prêchait une retraite de Communauté à Saint-Jodard, et les dernières années, une autre à Rimont pendant le Carême, car une seule retraite de communauté ne suffisait plus pour tout le monde. Il devait profiter des quelques petites vacances au cours de l’année scolaire pour aller faire autre chose. Pendant les vacances d’été, il donnait une session de philosophie ouverte à tous à Saint-Jodard, au début juillet, et une retraite ouverte à tous également à Saint-Jodard autour du 15 août, et le reste du temps je crois qu’il avait des activités et apostolats divers partout dans le monde.

On ne peut pas ne pas évoquer un souvenir très particulier, celui de la visite annuelle à Jean-Paul II le Mardi Saint, qui s’est faite pendant de nombreuses années. Le père, avec quelques frères aînés, emmenait les frères novices, entre autres, rendre visite au Saint-Père. Ils pouvaient assister à la messe de Jean-Paul II, puis il y avait habituellement une petite audience avec lui, et le père Marie-Dominique pouvait souvent le rencontrer personnellement, par exemple prendre le petit déjeuner avec lui ! Plus que la visite elle- même, ce qui reste profondément gravé dans nos coeurs et nos mémoires, c’est la sollicitude si particulière du pape pour la Communauté Saint-Jean, et l’amitié si profonde et chaleureuse qu’il avait pour notre père (de nombreuses photos en témoignent…) Nous sentions combien le père aimait Jean-Paul II, combien le lien que la Providence avait voulu faire entre eux était important pour lui ; c’était certainement un grand réconfort pour le père Marie-Dominique, au milieu des luttes, de se savoir si profondément et personnellement soutenu par le pape.

Il faut ajouter à tout cela qu’il passait aussi un certain temps en conseils et réunions diverses (pendant des années, il était en Conseil du Prieur Général à peu près 3 jours par mois), qui d’ailleurs ne le passionnaient pas forcément beaucoup…

Il avait donc un rythme de vie exceptionnellement intense, et ceci pratiquement jusqu’à la fin…C’était évidemment la charité qui l’urgeait (il citait souvent cette parole de St Paul : « Caritas urget nos »), mais il avait aussi, humainement parlant, une vitalité hors du commun.