Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : sa vie quotidienne (troisième partie)

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Les Chapitres chez les frères : on commençait par lire un passage de la Règle de vie écrite par lui, mais il n’en faisait quasiment jamais de commentaire. Il nous donnait des nouvelles de la Communauté, parfois d’autres choses, il nous demandait de prier pour ces intentions, il nous exhortait paternellement. Habituellement il était très gai lors des chapitres et nous faisait rire, surtout à St-Jodard. Nous pouvions lui poser des questions. Les chapitres duraient entre une demi-heure et une heure.

Sa soirée : à la fin de la conférence ou du chapitre nous disions la prière à Saint Jean, qu’il a écrite entre 1993 et 1995, me semble-t-il, et nous chantions le Salve Regina sur place, dans la salle de cours ou la salle de chapitre, puis il allait dans son bureau pour recevoir les frères jusque vers 22h30 ou 23h. Même s’il s’était endormi d’épuisement pendant la conférence du soir, on le retrouvait joyeusement disponible pour nous. Et une fois que tout le monde était couché, il travaillait encore : lettres, livres, cours, etc… probablement jusqu’à 1h ou 2h du matin, peut-être même plus tard. Il disait aussi les offices qu’il n’avait pas eu le temps de dire dans la journée. En effet, je crois qu’il ne refusait jamais de recevoir quelqu’un qui voulait le voir, sous prétexte que c’était l’heure de l’office, mais il m’est arrivé de le trouver disant l’office quand j’entrais dans son bureau. Quand il a été malade à Taïwan je me souviens qu’un jour où il avait dormi beaucoup tant il était épuisé, je l’ai vu et entendu commencer à réciter les laudes à 16h … Un frère m’a raconté l’avoir surpris un soir tard priant seul à la chapelle de St-Jodard, ce qu’il faisait probablement tous les jours même s’il n’y avait personne pour le voir.

D’autre part, il nous recevait chez lui à toute heure de la journée, du moment qu’il était dans son bureau. Nous faisions donc la queue devant chez lui non seulement le soir, mais aussi le matin et l’après-midi, du moment qu’il y avait un espoir qu’il finisse par arriver ou que le frère qui était dans son bureau finisse par sortir … Il y avait donc pratiquement toujours quelqu’un en train d’attendre sur les bancs devant sa porte.

Les rencontres personnelles et les confessions : c’était généralement assez bref, mais sa charité et sa joie nous revigoraient profondément. On disait à propos des entrevues personnelles avec lui qu’il aurait rendu courage à une armée en déroute …

Il confessait ceux qui lui demandaient, le rite était réduit au minimum : parfois pas d’étole, juste les formules essentielles ; il fallait s’accuser assez vite, car je crois qu’il était comme le Père de la parabole du fils prodigue, qui ne laisse pas son fils finir de dire ce qu’il avait préparé : s’il y avait un blanc un peu long il commençait son exhortation ! Avec moi, c’était toujours à peu près la même : demander à Marie d’être très proche et de nous prendre très fort. La pénitence donnée était toujours la même, personnellement je n’ai jamais vu aucune exception : prier une fois le Magnificat.

Il était donc pris tous les jours du matin au soir sans quasiment aucun répit, et semblait ne jamais se reposer, à moins d’y être forcé quand la « vieille bête » n’en pouvait plus, comme à Taïwan en 2000. Il devait donc être dans un état de fatigue constant (un médecin chinois qu’il avait vu à Taïwan disait n’avoir jamais vu quelqu’un qui manquait autant de sommeil …) Il parlait pratiquement sans arrêt tous les jours de 7h30 à 22h30 (cours, messe, réunions diverses, rencontres personnelles …) mais on le sentait vivre dans un profond silence intérieur, seul avec Dieu. D’autre part, étant « assailli » de toutes parts, il était très souvent en retard (parfois très en retard…), aussi bien pour les cours que les messes, les chapitres, etc … mais cela ne semblait pas le troubler beaucoup. Il disait : « On se reposera au ciel ! ». On avait l’impression de quelqu’un qui était tellement donné pour les autres qu’il n’avait plus le temps de penser à lui-même, même pour des choses qui paraissent très légitimes aux gens ordinaires.