Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : sa vie quotidienne (seconde partie)

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Sa vie quotidienne

L’Eucharistie : il célébrait tous les jours au moins une messe (je crois qu’il n’hésitait pas à en dire deux s’il y avait une occasion spéciale, par exemple en la disant chez les sœurs), et toujours en français. A la sacristie, avant comme après la messe, il était très sérieux, recueilli, silencieux (pour autant que j’ai pu le voir). Il était toujours très recueilli pendant la messe, même s’il faisait parfois une plaisanterie pendant l’homélie. Il célébrait lentement, tout semblait vécu intensément de l’intérieur, le moindre geste, la moindre parole. Il était parfois si fatigué qu’il s’endormait pendant la liturgie de la Parole. Il prêchait toujours à la messe. Ses homélies duraient rarement moins d’un quart d’heure, parfois jusqu’à une demi-heure. Il disait l’offertoire en silence, sauf à la fin de sa vie (parce qu’il perdait la mémoire, je crois). Il disait le plus souvent la première prière eucharistique, parfois la 3ème ou la 4ème.

Au moment de la consécration du corps comme du sang du Christ, il semblait être tellement pris par la présence réelle de Jésus, par le mystère qu’il célébrait, que plus rien d’autre n’existait pour lui, c’était comme une extase, mais sans rien de charismatique. Pendant toute la suite de la célébration, il semblait totalement pris par le mystère, même au moment du baiser de paix, qu’il faisait avec grande charité, il n’y avait rien qui ressemblât à une distraction à l’égard de la présence eucharistique. Il donnait la communion lentement. Il prenait un petit temps de silence après la communion, mais ne revenait jamais à la chapelle pour l’action de grâce avec nous après la messe, car il continuait à voir les frères ou d’autres personnes.

La Parole de Dieu : je ne crois pas qu’il ait beaucoup fait « lectio divina » comme nous le faisons aujourd’hui dans la Communauté Saint-Jean. Il m’a dit une fois à ce propos : « La théologie est une lectio divina! ». Mais il avait une très grande connaissance de l’Ecriture, dont il faisait assez souvent de courtes citations, en latin, selon la Vulgate, qu’il considérait divinement inspirée. Mais pour les cours, il utilisait toujours la bible Osty (donc en français), et ne semblait pas beaucoup apprécier d’autres traductions françaises plus en vogue. Il arrivait toujours avec sa grosse bible Osty sous le bras pour les cours de théologie biblique et mystique et pour les conférences (de retraites ou autres), même si parfois il ne l’ouvrait pas. Quand il lisait l’Ecriture à voix haute, notamment l’évangile à la messe, on le sentait totalement pris par ce qu’il lisait, et comme si c’était la 1ère fois qu’il le lisait … (Un frère ancien m’a dit une fois à propos d’une retraite de Communauté : « On avait l’impression de lire l’évangile de Jean pour la 1ère fois ! »)

Ses autres lectures : en plus de se nourrir avec ferveur de l’Eucharistie et de la Parole de Dieu, il n’a cessé de lire et travailler les écrits de Saint Thomas d’Aquin, ne serait-ce que parce que les cours de « théologie scientifique » qu’il donnait à Rimont consistaient principalement en une lecture commentée (abondamment et profondément) de la « Somme Théologique ». D’autre part, je crois qu’il profitait du peu de temps qu’il avait pour lire les encycliques ou autres documents importants du Magistère, ainsi que d’autres parutions qui lui semblaient importantes. Et certaines de ses prédications lui donnaient l’occasion de se replonger dans les écrits des saints qu’il aimait le plus, comme Sainte Catherine de Sienne, Saint Jean de la Croix ou Sainte Thérèse de Lisieux. J’ai été frappé du témoignage d’un frère disant qu’à la fin de sa vie, il ne quittait plus le « Petit journal » de Sainte Faustine.

Le Rosaire : quand il marchait seul, il priait souvent son Rosaire, qu’en bon dominicain il aimait beaucoup. Pendant ses nombreux voyages en voiture, il commençait toujours par réciter le Rosaire avec le frère qui le conduisait, même s’il s’endormait rapidementIl a regroupé le 2nd et le 3e mystères douloureux en un, et ajouté le mystère du sépulcre en 5e mystère : il considérait que l’Eglise d’aujourd’hui devait vivre spécialement de ce mystère et le prêchait souvent.

Les repas : il prenait ses 3 repas avec nous (sauf à la fin de sa vie, car il avait un régime), pour être le plus possible un frère au milieu de nous, être au régime commun, selon ce que je pouvais en juger. Il prenait un petit déjeuner léger (composé d’un café noir, et peut-être 2 tartines beurrées) et nous invitait à faire de même, pour être en forme pour travailler intellectuellement le matin. Il arrivait souvent en retard au déjeuner comme au dîner, parce qu’il voyait des frères ou faisait quelque chose d’important. Hors des repas, les frères chargés de veiller sur sa santé (fr John-Thomas à Rimont, un frère hôtelier à St-Jodard) lui apportait souvent des jus de fruits, des petits gâteaux ou autres choses.

Il prenait dix minutes de sieste après le déjeuner.

En début d’après-midi, à St-Jodard, il allait parfois chez les sœurs contemplatives, pour confesser ou pour voir certaines soeurs, spécialement Soeur Alix, qui a continué toute sa vie à travailler pour lui (publications de livres ou autres travaux), et  le père confiait parfois à sa prière ses soucis par rapport à la Communauté ou d’autres choses. A l’époque où les sœurs mariales étaient là, on le voyait parfois partir tout seul à pied par la route, pour le Cellard, maison des sœurs mariales située à au moins 10 minutes de marche du couvent des frères à Saint-Jodard. Puis il revenait souvent pour donner un cours à 16h30, parfois il revenait dès 15h30. Le soir après diner, il faisait toujours quelque chose pour la communauté : il donnait une conférence spirituelle, ou, à St-Jodard, une conférence au noviciat, ou un chapitre pour toute la communauté des frères.