Témoignage du p. Jean Christophe sur le p. MD Philippe : sa vie quotidienne (première partie)

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  1. SA VIE

Sa vie quotidienne :

Son logement : à Saint-Jodard, il avait un bureau relativement grand, qui était en face de la chapelle, en clôture, et une petite cellule attenante au bureau ; il nous recevait dans son bureau, mais jamais dans sa cellule. Sa table de travail était toujours couverte de livres, lettres et documents divers. A Rimont, il avait seulement une petite cellule à côté de l’oratoire de la Compassion, cela lui servait à la fois de cellule et de bureau, et c’est là qu’il nous recevait. A Saint-Jodard comme à Rimont, il avait chez lui un certain nombre de livres et objets qui lui avaient été offerts sans doute.

Oraison et offices : il était tous les matins avec nous à la chapelle pour l’oraison et les laudes. A l’oraison, il était souvent prosterné en adoration, sinon à genoux ou assis. Bien qu’il n’ait plus de voix, il s’efforçait de chanter quand il était à l’office. Il ne venait jamais à sexte avant la messe, il voyait probablement des frères ou des gens à ce moment-là. Il venait parfois aux vêpres et à un peu à l’adoration, quand il n’était pas pris par quelqu’un. Selon le témoignage d’un frère très proche de lui, il disait seul tous les offices qu’il n’avait pas pu dire avec la communauté, notamment le soir tard quand tout le monde était couché…

Les cours : à Saint-Jodard, il donnait tous les jours un cours à 7h30, juste après laudes, avant le petit déjeuner, un cours de philosophie 1ère ou de théologie naturelle ; je crois qu’il aimait que nous commencions la journée en réveillant profondément notre intelligence. Il donnait parfois jusqu’à 5 ou 6 cours par jour : 3 le matin, 2 l’après-midi et une conférence le soir, ou un chapitre. A Rimont, il donnait 2 cours sur le même thème à la suite si c’était de la théologie scientifique, ceci le matin après le petit déjeuner ou l’après-midi. Ce n’est que durant ses dernières années que le rythme a baissé un peu. En bon dominicain, il tenait vraiment à enseigner et prêcher le plus possible, cela semblait plus important pour lui que les réunions. Pendant les chapitres généraux à Saint-Jodard, il gardait toujours le 1er cours du matin, cours de philosophie 1ère ou de théologie naturelle, quitte à arriver un peu en retard à la séance du chapitre.

Tous les cours et conférences commençaient et finissaient invariablement par les mêmes prières : au début un « Notre Père » suivi de l’invocation : « Demandons à l’Esprit-Saint, le Père des pauvres, d’illuminer notre cœur et notre intelligence pour nous conduire à la vérité toute entière » (j’ignore si c’est lui qui l’a composée ou si elle lui est venue de quelqu’un d’autre), puis : « Notre-Dame du Très-Saint-Rosaire ! » « -Priez pour nous ! » ; « Notre père Saint Jean ! « -Priez pour nous ! ». Parfois il ajoutait une autre invocation, par exemple à Saint Thomas. A la fin du cours il priait un « Je vous salue Marie ».

Les cours étaient habituellement vivants (sauf quand il était épuisé et s’endormait, ce qui pouvait arriver), il aimait parsemer ses cours, même les plus profonds, de plaisanteries, pour nous reposer un peu avant de repartir dans le contenu profond. En dehors des paroles de la Sainte Ecriture, il citait aussi évidemment beaucoup Aristote et Saint Thomas d’Aquin, mais également Saint Augustin, et beaucoup d’autres philosophes et théologiens. En effet, ayant énormément travaillé intellectuellement toute sa vie, il avait une connaissance très profonde des courants de pensée philosophiques et théologiques, spécialement de la philosophie moderne.

 Je l’ai vu deux fois se mettre en colère contre un frère et deux hôtes qui semblaient ne pas faire d’effort pour s’intéresser au cours ; il était très miséricordieux pour nos manques d’intelligence, mais très vulnérable par rapport aux manques de désir et d’ardeur pour la recherche de la vérité. Pendant mon noviciat, le père-maître nous avait dit un jour que le père Marie-Dominique préférait enseigner à Rimont parce qu’il ne sentait pas chez nous une grande soif et que, du coup, il ne pouvait pas donner tout ce qu’il aurait voulu. Remarquez qu’il n’a pas considéré le fait d’avoir perdu sa voix comme un signe qu’il fallait qu’il arrête d’enseigner ; mais il a continué comme si de rien n’était …