Témoignage du p. Jean Christophe, le p. MD Philippe : Maître, Fondateur, Prieur Général et Père

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NDLR : Vu la longueur de ce témoignage très factuel et passionnant,

il sera publié en plusieurs fois pendant plusieurs mois.

SOUVENIRS DU PERE MARIE-DOMINIQUE PHILIPPE

Souvenirs personnels, surtout des actions et paroles du père Marie-Dominique Philippe autres que celles qui ont déjà été rapportées ailleurs.

 J’ai vécu auprès du père Marie-Dominique pendant mes années de formation à Saint-Jodard et Rimont entre 1988 et 1994 environ (sauf entre fin 1991 et juin 1993, quand j’étais à Taiwan). Pendant ces années, j’ai pu suivre beaucoup de ses cours et chapitres, participer à beaucoup de messes qu’il célébrait, et aussi le voir personnellement très régulièrement. Entre 1995 et 2006, étant en mission en Asie, je le voyais beaucoup moins, mais au moins une fois par an à l’occasion de chapitres ou d’autres réunions de la communauté saint Jean, et à chaque fois j’allais le voir personnellement.

Maître, Fondateur, Prieur Général et Père : d’une certaine manière, il a été avant tout notre maître, en philosophie et en théologie ; pas seulement professeur, mais maître : il racontait l’histoire de Jean-Paul II à Fribourg, interrogé par des étudiants : « Pourquoi avons-nous beaucoup de professeurs mais pas de maître ? » Concrètement, de son vivant il a toujours été le principal enseignant des frères et sœurs dans les maisons de formation. Le Seigneur nous a donné un maître absolument hors du commun (…) Il y a dans sa pensée un trésor d’une richesse inouïe, que nous sommes loin d’avoir entièrement découvert…

Pendant tout un temps, il avait horreur qu’on dise qu’il était Fondateur, sans doute parce qu’il estimait qu’il n’avait été que l’instrument de l’Esprit-Saint, dans la fondation de la Communauté Saint-Jean. Vers la fin des années 80, je crois, Jean-Paul II lui avait dit : « Dites à vos frères que leur Fondateur est saint Dominique », il en semblait ravi et nous le répétait souvent. Mais au moment de la crise de 2001-2002, il s’est mis à reconnaître qu’il était Fondateur (par exemple au chapitre général 2001-2002), sans doute parce qu’il a senti qu’à ce moment-là c’était capital pour la Communauté. « Le Droit Canon ne dit rien sur les fondateurs, c’est au-delà. » (…)

Il est non seulement Fondateur des 3 branches de la Famille Saint-Jean, mais il a été prieur général des frères jusqu’en avril 2001, donc pendant 25 ans environ, et le poids de cette charge a augmenté avec le nombre de frères. Je crois ne l’avoir jamais entendu insister sur le fait qu’il était Prieur Général, comme pour faire valoir son autorité ; mais au chapitre général de 1998 il a accepté d’être réélu alors que la question se posait d’élire un nouveau Prieur Général, à cause de son grand âge. Là encore, ce n’était sûrement pas pour imposer son autorité qu’il souhaitait continuer, mais parce qu’il voyait que nous n’étions pas prêts à nous passer de lui comme Prieur Général. Par contre en 2001, il a accepté de passer cette charge à un autre frère, et je crois qu’il a reçu le fait de n’être plus Prieur Général comme une occasion d’être plus uniquement père pour nous. D’autre part, il a toujours été très engagé auprès des sœurs contemplatives, et auprès des sœurs apostoliques aussi. Et à l’époque des sœurs mariales, il a fait beaucoup pour elles.

Mais je crois que pour beaucoup d’entre nous, il était par-dessus tout « père » : être maître, fondateur et Prieur Général, c’était pour être père (être maître faisait partie de sa manière caractéristique d’être père, paternité de lumière). Entre nous, nous l’appelions « le père », tout simplement, et avec lui c’était : « Père ». C’était comme si sa paternité prenait tout en lui ; et il était, de fait, pour nous, sacrement de la paternité du Père des Cieux. Cependant, il fallait aussi que nous voulions être ses fils ; il m’a dit une fois en privé : « Il y a beaucoup de serviteurs dans cette Communauté, mais pas beaucoup de fils… » Et à un frère qui quittait la Communauté et lui reprochait de n’avoir jamais été père pour lui, il a répondu : « Vous n’avez jamais été fils… »

Humainement parlant, il avait une vitalité absolument hors du commun, et jusqu’à plus de 80 ans, il paraissait beaucoup plus jeune que son âge, mais durant les dernières années de sa vie, il a fini par montrer des signes de vieillesse. Vers la fin de sa vie, je lui ai demandé un jour comment ça allait, et il m’a répondu : « Ça ne rebondit plus ! » Il avait de grandes mains, très fortes quand il nous prenait les mains ou qu’il nous serrait contre lui ; quand il parlait, notamment pendant les cours, il les bougeait souvent, non pas en faisant de grands gestes, mais de manière très expressive.