Extrait du livre « Une Nouvelle Pentecôte » sur la miséricorde, source de re-création

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La miséricorde, source de re-création

Si la bonté exprime la transcendance, source de toute communication de perfection, la miséricorde exprime cette capacité de sauver, de reprendre ce qui était perdu, de réanimer l’agonisant, de ressusciter même le mort. La bonté est source de la création, la miséricorde de la re-création1.

Fr. Ph.-M. – C’est très beau ! Saint Thomas dit que la création est déjà une miséricorde2. Mais on voit bien ce que veut dire le père Philippe ici. La bonté est bien l’attribut de Dieu qui exprime le mieux la gratuité surabondante de l’amour.

Une fois créée, mon existence n’est qu’une tension vers la bonté. être créé, c’est être attiré par cette bonté d’où je viens. La bonté est une perfection de Dieu unique et lumineuse, et par là elle est source d’attraction pour moi.

La miséricorde dans la re-création, selon les termes du père Marie-Dominique, vient reprendre tout ce qui est perdu, tout ce qui a rapport au mal, à la misère, au péché, à la mort. C’est encore la bonté qui va se déployer, j’allais dire avec excès, pour réaliser ainsi un dépassement de la justice. La miséricorde, ici, ne réclame-t-elle pas un autre exercice de la justice ? C’est un mystère difficile à exprimer. Saint Thomas dit un relâchement (relaxatio) de la justice3. Dieu relaxe sa justice, c’est comme s’il se mettait dans une situation qui, je crois, est le propre de sa paternité. Nous découvrons alors une nouvelle économie4 de la paternité de Dieu qui va être une surabondance. C’est une bonté surabondante qui va venir éclairer l’exercice de la justice. Saint Thomas lui-même répond que « la miséricorde ne supprime pas la justice, mais est en quelque sorte une plénitude de justice5. »

Ce qui est strictement de l’ordre de la justice est dépassé. Déjà, dans la création, il y a un dépassement, Dieu nous crée dans la grâce, qui est une participation à sa vie, à sa béatitude6. Alors pourquoi ne nous laisse-t-il pas avec notre seule nature ? La création telle que Dieu la veut, dans la grâce, n’est-elle pas déjà une surabondance de miséricorde ?

C’est à cause du péché qu’il va y avoir un dépassement de notre nature par une nouvelle surabondance, qui nous est donnée par la miséricorde de la Croix. C’est dans la révélation du mystère du Christ que je vais faire l’expérience de cette nouvelle miséricorde. C’est très grand de voir la manière dont le Père, qui donne à son Fils de spirer le même amour que lui dans la Trinité, s’efface. Il laisse toute la place au Fils. Le Père et le Fils sont pourtant une même source d’amour. Mais pour cette nouvelle miséricorde de la Croix, le Père donne son Fils pour qu’il soit, en son nom, source de miséricorde. Nous voyons ici, dans le mystère de la Croix, dans la miséricorde de la Croix, le signe le plus éclatant de la Trinité.

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1 Marie-Dominique Philippe, o.p., La Justice et la miséricorde en Dieu, revue Aletheia, n° 39, juin 2011.

2 Cf. Somme théologique, I, q. 21, a. 4, ad 4.

3 Somme théologique, I, q. 21, a. 3, obj. 2.

4 Dans un langage théologique, « l’économie » signifie la conduite de Dieu.

5 Somme théologique, I, q. 23, a. 1, ad 2.

6 La grâce chrétienne est une participation au mystère de Dieu, à la nature même de Dieu. Cf. Somme théologique, I-II, q. 110, a. 3, c. ; a. 4, c. ; q. 112, a. 1, c. ; q. 114, a. 3, c. ; III, q. 2, a. 10, ad 1 ; q. 62, a. 1, c et a. 2, c.