Dialogue avec le p. Bro o.p.

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Témoignage complet : Dialogue avec le p Bro o.p.

Un ami dominicain

Mes premiers souvenirs avec le père Bernard Bro[1] datent des années 1975. Nous allions en famille, avec une certaine fierté, écouter cet oncle dominicain à Notre-Dame de Paris, lorsqu’il prêchait le carême.

Plus tard, lorsque j’ai rencontré le père Marie-Dominique, je me suis présenté spontanément comme étant un neveu du père Bro. Il m’avait immédiatement témoigné du lien profond d’amitié qui les unissait.

Le sachant très affaibli par l’âge, j’ai pu le visiter hier à la Maison Saint-Michel où il réside à Solesmes, à l’ombre de l’Abbaye Saint-Pierre. Rencontre bouleversante de simplicité et de profondeur. Tout devient si simple et absolu devant la beauté et le sourire du vieillard habité par la charité qui semble avoir tout pris en lui.

Comme pour insister sur l’essentiel, me montrant la grâce que nous avions de vivre une année sainte de la miséricorde, il me martèle l’affirmation de saint Thomas d’Aquin disant que la miséricorde est bien l’attribut de Dieu qui exprime le mieux la gratuité surabondante de l’amour.

Et puis, nous échangeons naturellement sur le père Marie-Dominique. Il me redit tout son attachement, la reconnaissance éternelle qu’il avait pour lui, et discrètement, sans vouloir me gêner, il évoque toutes les secousses parues dans les médias … je le sens bouleversé. Alors, je me permets de lui transmettre le regard d’un fils envers son père.

-Aucune institution humaine, quelle qu’elle soit, ne peut juger un mort. Quand l’Église, par l’intermédiaire de quelques-uns, se permet d’agir ainsi, elle se trompe gravement. Mon père, puis-je dire cela ?

-Oui, vous avez raison Benoît. Merci de me dire cela!

Je lui transmets alors une autre position qu’il m’arrive de partager avec ceux qui n’entendent pas cette argumentation évidente d’un bon fonctionnement de la justice.

-Admettons que le père Marie-Dominique ait commis ce qu’on lui reproche. Regardons alors un instant ce qu’a été sa vie : Une fidélité absolue au lever du matin, le premier à l’oraison ; un petit déjeuner pris en toute hâte et déjà de nombreux frères qui l’attendent devant sa porte ; Trois cours chaque matin, la messe célébrée avec une intériorité jamais rencontrée, un repas léger à midi ; une sieste de dix minutes et les rencontres se poursuivent jusque tard dans la soirée. Jamais un jour de repos, jamais de vacances, toujours en déplacement là où on l’appelait. Tous pourraient témoigner de son amour pour les pauvres, pour la Vierge Marie, pour l’Eucharistie, pour le saint Père, pour la doctrine de Thomas d’Aquin …

Ce rythme, il l’a eu toute sa vie, jusqu’à son dernier souffle.

Alors si le père Marie-Dominique, dans sa vie, a eu des manquements dans le domaine de la chasteté, ne croyez-vous pas que, très certainement – sa vie en témoigne – il a dû être recouvert inlassablement de la miséricorde infinie de Jésus pour lui. Et si cela était le lieu de sa sainteté ? Et si on touchait là le plus grand secret qui l’a uni à Dieu pour en faire un saint ? Qu’en pensez-vous mon père ? Ne croyez-vous pas que ces attaques sont un peu des caricatures du démon ? À travers ces attaques contre le père Marie-Dominique, on défigure le visage de Jésus ! Peut-on dire cela, mon père ?

À ce moment-là, je regarde le père Bro, les larmes ne sont pas loin et après un grand silence, j’entends :

-C’est la vérité ! C’est la vérité !

-Je lui réponds : « C’est la devise des dominicains ! « 

C’est la vérité, me répète-t-il. Merci cher père de m’avoir dit cela. Vous savez ma communion avec le père Marie-Dominique, qui demeurera toujours. Comme c’est curieux de voir que l’on ne sait plus regarder l’essentiel, ce qu’il y a de plus lumineux. On défigure tout !

Avant de le quitter, l’un et l’autre très bouleversé, je lui demande sa bénédiction et je repars de Solesmes enrichi de cette belle rencontre que je viens de faire. J’emporte son sourire, le témoignage d’un sage, d’un ami de Dieu.

Le 2 avril 2016

p. Benoît-Emmanuel Peltereau-Villeneuve

[1] Le père Bernard Bro, dominicain de la province de Paris, est entré dans l’Ordre en 1944. Directeur des Éditions du Cerf de 1962 à 1971. Prédicateur à la radio et à la télévision. Co-fondateur de Radio Notre-Dame. Prédicateur des conférences de carême à Notre-Dame de Paris de 1975 à 1978. Tout au long de sa vie, il prêche aux quatre coins du monde, dans toute l’Europe, au Japon, au Mexique, aux États-Unis… Il est couronné par l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre, près de 40 livres.