Témoignage de Maria Christina Hallwachs, Allemagne

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Handicapée, deux regards m’ont fait découvrir l’amour de Dieu

Avec des amis, jeune étudiante, j’ai eu la grande chance de participer à plusieurs camps d’été organisés par la communauté dont le père Marie-Dominique Philippe était le fondateur. C’est par les frères qui portaient la responsabilité de ces camps que j’ai découvert, sans l’avoir encore rencontré, ce prêtre qui avait marqué visiblement tant de personnes.

En 1993, un événement brutal a changé ma vie. Le jour de la Pentecôte, alors que j’étais en vacances avec mes parents en Grèce, en plongeant dans une piscine où il n’y avait pas assez d’eau, je me suis cassée les premières vertèbres. Depuis, je suis en fauteuil roulant, tétraplégique et je respire artificiellement. Le premier mois à l’hôpital, j’ai reçu la visite et le soutien de nombreux amis venus régulièrement de France et de Suisse. Je les avais connus dans le cadre du prieuré Saint-Jean1 de Genève.

Un jour, grand événement ! Visite importante ! J’apprends par des amis que le père Marie-Dominique Philippe désirait venir me rencontrer. Lui qui me connaissait à peine, avait pressenti que j’avais urgemment besoin de soutien. Mon souvenir est intact ! Je le vois encore, sa simple présence, en un instant, a subitement changé ma chambre d’hôpital. Cette chambre neutre et stérile s’est transformée en une petite chapelle, ma table en autel. La messe qu’il me célébrait était d’une totale simplicité, ce qui justement était extraordinaire pour moi. Dans ce lieu, dans cette situation, si particuliers, le père Philippe, sans beaucoup de mots, sans vouloir me diriger, permettait, que ce moment soit simple et unique.

Depuis mon accident, j’étais marquée quasi quotidiennement par des rencontres qui me renvoyaient à la tragédie que je venais de vivre. Sans cesse, elles me manifestaient la différence éclatante entre la vie que j’aurais pu avoir et celle que j’avais maintenant. Tout d’un coup, avec le père Philippe, je faisais une autre expérience. Par sa présence si personnelle et intime, il a su me rencontrer. Il ne me regardait pas comme quelqu’un de malade. Il me regardait tout simplement et je percevais en lui une immense bonté.

J’ai une petite sœur handicapée mentale qui n’a jamais compris ce qui m’était arrivé, elle aussi m’a toujours regardée avec ce même regard limpide, le regard de Dieu.

C’est bien le regard d’Isabelle et celui du père Marie-Dominique Philippe qui m’ont aidée à un moment particulièrement difficile de ma vie à découvrir, à travers mon infirmité, ce regard de Dieu sur moi. Il me faisait dire que pour Dieu, rien n’était changé et que j’étais restée la même. L’immobilité de mon corps m’obligeait à prendre plus de temps et de calme pour vivre le quotidien et je me sentais poussée à entraîner ceux qui vivaient autour de moi dans cet autre rythme qui laisse du temps à plus de profondeur.

Avec le père Marie-Dominique Philippe, à l’hôpital, tout était subitement naturel, son comportement, ses paroles, son humour. Ce qui était désagréable devenait agréable, ce qui était douloureux disparaissait ou devenait mystérieusement une porte d’entrée pour vivre un moment émouvant et profond. J’avais en face de moi un homme intelligent qui semblait deviner ce dont j’avais le plus besoin.

Plus tard, je l’ai de nouveau rencontré à Genève au Forum Amour et Vie2 en 1995. J’étais invitée pour donner mon témoignage. Le père Marie-Dominique m’a confirmé qu’il n’était pas nécessaire de raconter des choses extraordinaires… au contraire, il m’encourageait à partager mon expérience, les événements et les rencontres que mon accident avait suscités. Ce fut la première fois qu’il m’était donné d’en parler publiquement. J’étais heureuse de transmettre aux jeunes et à mes amis ce que je découvrais de la vie.

Quelques mois après, une amie – qui est vraiment une sœur pour moi – a choisi d’entrer dans la communauté des sœurs contemplatives fondée par le père Marie-Dominique Philippe. Au point de départ, j’ai eu beaucoup de mal à comprendre son choix. C’est seulement au moment où j’ai partagé la vie de prière et de recherche de vérité des sœurs pendant deux jours que j’ai alors compris de l’intérieur l’esprit que transmettait le père Philippe.

Être en contact avec mon amie que je découvrais dans sa nouvelle vie, avec toutes celles qui vivaient de cet esprit, donnait soif de découvrir toujours plus cette lumière de vie. En entendant le père Marie-Dominique, il était incompréhensible pour moi de voir si peu d’hommes vivre de cette soif de communion que le père Philippe rendait pourtant si attirante.

Quand on l’écoutait, tout semblait très simple. Il était exigeant et n’aimait pas qu’on idéalise ses paroles mais souhaitait que son enseignement nous aide à transformer nos vies. Son exigence spirituelle faisait de lui un homme très réaliste si bien que, quel que soit notre état de vie, il savait nous aider à découvrir l’appel de Dieu.

Maria Cristina Hallwachs

1 Prieuré de la Congrégation Saint-Jean

2 Forum international organisé tous les deux ans par le prieuré des frères de Saint-Jean de Genève, de 1991 à 2007. Il a rassemblé des milliers de jeunes autour d’intervenants très divers, sur des questions de notre temps.