Témoignage d’un frère, de France

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J’ai rencontré le père Marie-Dominique Philippe il y a 34 ans dans une retraite au foyer de Charité de Châteauneuf-de-Galaure ; j’y étais venu pour cela, car ayant reçu un appel, je voulais discerner si cela était à Saint Jean-communauté qui venait d’être reconnue à travers l’Abbaye de Lérins…

J’y suis ensuite entré comme « observateur » et ensuite comme « postulant » en juin 1979. J’ai donc côtoyé le père Marie Dominique Philippe de près, pendant presque 30 ans.

Ce que déjà j’ai à dire, c’est qu’il m’a fait découvrir que le prêtre était prêtre pour être un père et pour faire toucher la paternité du Christ de façon très réelle et incarnée, il m’a fait découvrir que le prêtre n’était pas un fonctionnaire des sacrements, qu’il n’était ni un juge, ni un accusateur, ni un président de société, qu’il n’était pas un redresseur de tort, mais d’abord quelqu’un qui ose aimer, d’une charité qui s’incarne et qui ose s’incarner dans une proximité de tendresse, mais toujours sobre et bien ajustée. Cet amour qui se manifestait par une écoute totale et globale de toute la personne. J’étais venu une fois passer un examen de philosophie avec lui à Fribourg à « l’Abertinum » ; au début quand j’avais encore eu que peu de contact personnel avec lui. Comme il voyait que j’étais un peu stressé, il s’est plutôt intéressé à moi et à ma personne en cherchant à faire ma connaissance plutôt que d’abord m’interroger comme un numéro. Qu’on ne me dise pas que c’est de la manipulation affective ou de l’abus, çà c’est tout juste ce que le diable vient d’inventer pour salir ce qui est tout simplement de la vrai charité. Bien sûr les abus existent et on a su les médiatiser de telle sorte que l’on risque de ramener toute vrai charité incarnée à une sorte d’abus dans lequel on perdrait soi-disant la liberté à cause d’un affectif engagé. A condition que le geste ou l’attitude affective ne soit pas objectivement ambigu, ce qui fait sa qualité, n’est-ce pas la rectitude de l’intention de celui qui manifeste cette charité ?…

Cette charité qui osait sobrement et prudemment s’incarner me présentait une réalité du prêtre proche de l’Evangile et de Jésus et qui sonnait juste avec lui en face d’un Sacerdoce aseptisé et légaliste tout autant que stérile, correspondant trop à l’image du clérical d’avant concile. La réaction du père Philippe alors que je venais passer un examen me révélait du même coup l’ampleur de sa sagesse et de sa liberté ; de sa sagesse car il savait relativiser « les moyens » par rapport à la « fin » ; passer un examen reste un moyen en vue du bien d’une personne, sa liberté car il savait concrètement passer à l’acte sans laisser l’aspect conventionnel, légaliste ou même politique du « qu’en dira-t-on » dominer son attitude.

Auprès de lui, j’ai appris autant par ses enseignements que dans le sacrement de réconciliation cette chose combien essentielle que la sainteté que Dieu attend de nous est d’abord celle des vertus théologales de foi, d’espérance, de charité, et que si Dieu nous demandait aussi la sainteté des vertus morales de force, tempérance, prudence et de justice, c’est sous l’aspect théologal qu’il nous regardait d’abord. Or j’ai constaté que le monde et parfois aussi des hommes ou des femmes d’églises s’intéressent plus aux vertus morales qu’aux vertus théologales. Si je suis d’ailleurs témoins de l’héroïsme des vertus théologale du père, je n’en suis pas moins témoins de ses vertus morales, quand on sait les heures qu’il passait la nuit à répondre à son courrier jusqu’au soir de sa vie.

Cet homme est un saint et si l’Elise ne le dit pas, les pierres le crieront, surtout les cœurs de pierre transformés en cœur de chair par son ministère.

Je n’ai partagé pour le moment que cette anecdote de ma première rencontre personnelle avec le père Philippe en 1979, ce qui vous laisse entrevoir tous ce que j’aurais encore à dire et qui concerne les 30 années où je l’ai comme beaucoup d’autres côtoyé…

Mais dites-moi, où sont les autres, où sont mes frères ?…

Vous me direz, ils sont saint Jean, ils sont au pied de la Croix… Et je vous répondrais : « A oui bien sûr !… » Mais non… ne me dites pas que ce sont eux qui arrachent la lance au soldat pour transpercer eux-mêmes le cœur de Jésus et lui infliger la seule blessure mortelle alors qu’il est déjà mort…depuis 7 ans… Et si c’est ça, pourquoi font-ils cela ? Faut-il re-écrire l’Evangile, y aurait-il une erreur ? Ils ne sont pourtant pas en service commandé comme les soldats, et s’ils le sont, et par qui ?

Si ma tête voulait chercher à comprendre, mon cœur crierait ; si on me demandait d’accepter cela au nom de l’obéissance, ma tête chercherait peut-être une seconde à obéir, mais la pierre qu’est mon cœur, ou plutôt mon cœur de pierre changé en chair grâce à mon père crierait et se révolterait. Ne toucher pas à mon père… !… Moi je fais partie de cette bande d’affectifs que Dieu a créé et qui s’appelle les hommes et je ne voudrais devenir pour rien au monde cet espèce d’homme ou plutôt ce zombi aseptisé et sans défaut parce que robot ; trop parfait pour être humain trop parfait pour être un vrai saint …

Un affectif engendré par Jésus et le père Philippe, Jean-Paul II et tant d’autres… Et attendez que la Vierge Marie ne se fâche à voir de la façon dont on parle de celui qui l’a tant aimée et qui a si bien parlé d’elle…

Un frère