Témoignage d’une soeur, de France

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J’ai eu la grâce de pouvoir rencontre le Père Marie Dominique Philippe de son vivant, les dix dernières années de sa vie, cette rencontre a été décisive pour toute ma vie et je crois que je peux le dire l’a tournée vers Dieu, ceci tant par tout ce qu’il a pu enseigner que par le témoignage de toute sa vie.

La première fois que j’ai pu entendre le père Philippe et le voir c’était à l’occasion d’une ordination à Vezelay en 95, le souvenir que je garde de cette célébration, c’est la manière dont le père Philippe a remercié l’évêque ordinant d’être venu, de l’honneur qu’il faisait à la communauté…etc, ce n’était pas de la flatterie, c’était un vrai merci profond, je n’avais jamais entendu quelqu’un remercier comme cela, plus tard je cherchais absolument à voir celui qui avait dit cela, dans la procession finale, et pour la première fois, je l’ai vu, recueilli tout petit, tout frêle, avec ses grosses lunettes, au milieu de tous les autres prêtres, il n’y avait rien de séduisant, mais de sa personne émanait comme une attraction, c’était plus qu’un ressenti…Cela s’est fait trois ans plus tard, au cours des deux années d’étude à Saint Jodard puis par la suite chez les sœurs contemplatives.

Sur ses enseignements : je n’avais jamais entendu quelqu’un parler comme cela, c’était comme de l’air pur, c’était comme si il me libérait du joug des opinions, quant à son enseignement théologique c’était tellement profond, on aurait dit qu’il était un témoin direct, il nous communiquait tous les secrets de Dieu, de Jésus et cela sans relâche, avec ferveur. Je n’ai jamais vu le père Philippe déprimé, il était toujours joyeux, même aux moments difficiles qu’on connaît de la communauté, non, il prêchait le mystère de Dieu sans cesse, avec beaucoup de force, même à peine sorti de l’hôpital, il s’est remis à prêcher la retraite du 15 août 2002(?). Alors que deux jours auparavant il était mourant. Ces enseignements étaient une vraie rencontre avec lui, on cherchait avec lui…et combien de fois n’a-t-il pas répondu à mes questions sans que je les lui pose personnellement, presque à chaque fois comme si quelqu’un intérieurement faisait la connexion, c’était plus que des réponses intellectuelles pour accroître ma connaissance, c’était des réponses de sagesse…

Jamais toutes ces années, je l’ai entendu dire du mal de quelqu’un ou critiquer, il nous en défiait plutôt, nous invitant à mettre tout dans la lumière auprès de ceux qui sont concernés.

Pour dire un peu son espérance : les deux dernières années de sa vie, il venait une fois par mois à Genève à l’occasion des week-end « sagesse et culture ». Le samedi soir, il y avait un sujet fort où les gens pouvaient poser toutes leurs questions, leurs objections, librement, et le père Philippe cherchait avec eux aussi. L’un des thèmes était sur la souffrance, les gens posaient des questions sur des situations tragiques, le père Philippe restait inébranlable dans sa foi et son espérance sur la permission de Dieu sur le mal…ce n’était pas des réponses faciles…il nous renvoyait à un regard de sagesse et à mettre notre espérance en Lui, nous rappelant que le chrétien est aussi appeler à porter le monde avec le Christ. Les gens étaient bouleversés de son enseignement, j’ai entendu une dame juste après un seul enseignement dire: « On est nourri pour 6 mois ».

A propos du mystère de la messe, à Genève aussi, le samedi après-midi nous avions la messe avec lui dans la petite chapelle de l’institut François de Sales, frères, sœurs, oblats et amis, nous étions tous entassés. C’était impressionnant de le voir célébrer la messe de si près (ce qui n’était pas le cas à Saint Jodard dans la chapelle des frères), ici on était tout proche de lui : voir les expressions de son visage, entendre les intonations de sa voix pas à travers un micro. Il était comme pris par le mystère, on peut dire avec une telle foi et au moment de la messe à son sommet, on était comme emporté avec lui au cœur du mystère de la croix, il disait : « Ceci est mon corps » avec une telle force…tout était là.

Aussi chaque année, lors de la semaine Sainte, il prêchait le chemin de croix à Saint Jodard qui durait au moins, parfois dans le froid et sous la pluie, …4 heures, le père Philippe tenait debout jusqu’au bout, malgré son grand âge et nous, vers les dernières stations, on ne se relevait plus, lui prêchait avec toujours cette même ferveur à contempler le mystère du Christ dans sa passion. Il pleurait presque à des moments, sa voix se cassait quelquefois.

Les confessions avec lui étaient très courtes, il n’attendait pas que je lui dises tous mes péchés juste 2 ou 3, il était à la fois très exigent et à la fois, il savait mettre une note d’humour (la sagesse se rit du jugement)…il me faisait toucher la miséricorde du Père qui ne s’arrête pas à la gravité du péché et le dédramatise : une fois où il m’a parlé d’un remède homéopathique pour me guérir d’un péché, on a beaucoup ri. Un jour à la suite de ma confession, il m’a fait tout un chapitre sur la pauvreté pour m’encourager; de mon côté j’étais un peu gênée du temps qu’il me donnait parce qu’il y avait du monde à sa porte, mais lui ne regardait pas au temps qu’il donnait. C’était chaque fois comme un passage de Dieu, j’aimais voir mes sœurs sortir des confessions, leurs visages illuminés.

Il m’est arrivé de voir l’attention et l’amour tendre qu’il avait pour les petits, “petits et grands”, notamment les jeunes des Besses, un jour à Pellevoisin…oui, une attention toute particulière, une disponibilité aussi, eux le sentaient bien aussi, et du coup, c’était très touchant de voir ce vieil homme “si jeune par son esprit” avec eux, cela ne passait pas par des grands discours mais par un dialogue tout simple accompagné de gestes paternels, ce que je me souviens surtout c’est qu’il captait leur attention…j’ai pu le voir aussi avec des enfants à Genève, ils étaient aussi captivés par sa présence…On aurait dit qu’il touchait en cet homme quelque chose qui n’est pas commun,quelque chose de très profond…

J’ai pu le rencontrer aussi personnellement peut être huit fois durant ce temps d’étudiante à Saint Jodard…sa disponibilité malgré les responsabilités qu’on lui savait, m’impressionnait toujours, c’était comme si il était là pour moi, cette même constatation se reproduisait à chacune des rencontres avec lui, c’était un père, je peux dire un ami aussi, je venais lui confier mes difficultés, poser mes interrogations. Le père Philippe recevait, écoutait avec beaucoup d’intérêt , combien de fois m’a-t-il remercié de la confiance que je lui faisais, alors c’était plutôt à moi de le remercier, le père Philippe était très pauvre, il attendait qu’on vienne à lui (jamais il ne m’a donné un autre RV par exemple, mais il me faisait comprendre que sa porte serait toujours ouverte (aujourd’hui je regrette de n’avoir pas plus osé le déranger). Ce qui me frappait aussi en plus de tout cela, c’était sa sensibilité toute pure, il prenait souvent mes mains dans les siennes et parfois sur son cœur…à chaque fois spontanément je prenais ses mains tout contre mon front, un geste de gratitude …Il était très sensible aux petites attentions aussi, un jour je lui avais apporté un petit goûter que les sœurs avaient préparé, il était touché et me la montrer en le mangeant avec beaucoup d’attention.

Pour dire un peu sa compassion, je me souviens d’une fois d’être aller le voir en pleurant parce que j’avais souffert du froid dans le logement trop grand que j’avais loué et cela ne pouvait plus durer…deux personnes que j’avais contactées pour m’aider, m’avait fortement raisonner. Le père Philippe m’a écouté comme toujours et a cherché des solutions pour moi me racontant le Saulchoir, les cellules pas chauffées, qu’ils mettaient des briques chaudes sous leurs pieds quand ils étudiaient…il a cherché avec moi si j’avais des amis pour m’accueillir chez eux, le père Philippe savaient aussi chercher des moyens humains…à la fin tout est devenu plus simple, ce n’était plus grave du tout, je venais de le déranger pour un tout petit souci et lui prenait cela très au sérieux…c’était le père Philippe…un sage…un saint…

Une sœur