Notes de conférence du p. MD Philippe sur sa première rencontre avec le Card. Wojtila

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Première rencontre du p. MD Philippe avec le Cardinal Wojtila

La première fois que je l’ai vu (il n’était pas encore Pape, mais était déjà cardinal) j’ai eu l’impression d’être en face d’un apôtre comme Pierre, comme Jean (cela dépendait des moments), comme Jacques — bref, un vrai témoin du Christ. C’était en 1974, lors d’un congrès thomiste qui commençait à Rome et se terminait à Naples ; ce congrès avait été présidé par Paul VI au point de départ, et il se terminait avec le Cardinal Wojtila à Naples. Là j’ai eu la grande joie d’être dans le même hôtel que lui, et comme nous n’étions que deux ecclésiastiques, tous les matins nous prenions le petit déjeuner ensemble. Le reste du temps, il était très pris, mais ce petit déjeuner durait longtemps, parce que (puisqu’il avait enseigné la philosophie) nous nous lancions dans des discussions philosophiques. Comme j’étais heureux, de rencontrer quelqu’un qui était si profondément donné ! Quatre ans plus tard, il était élu pape. Entre-deux, il était passé à Fribourg et j’avais pris un repas avec lui, au cours duquel nous avions continué à parler de ce que nous avions fait à Naples : de philosophie, de théologie, de l’Eglise… Et dans la conversation, il me disait : « Quand je réunis tout mon clergé (il était alors archevêque de Cracovie), je parle avec une liberté totale comme si j’étais dans un pays où on peut parler en toute liberté. Je sais que le soir, tout ce que j’ai dit sera connu du KGB. Je ne crains pas, parce que je sais qu’ils me craignent plus que je ne les crains ». Je voyais sa force intérieure lorsqu’il disait : « Qu’avons-nous à craindre, nous ? Rien ! Ils n’oseraient pas me mettre en prison, tout le diocèse s’élèverait contre cela ».

Nous avons vraiment en face de nous un Pierre enveloppé de la prière du Christ : « J’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas ». Il y a une prière spéciale de Jésus sur lui comme pape, et comme pape une fois blessé à mort, et de nouveau comme blessé à mort par les critiques de beaucoup, y compris à l’intérieur de l’Eglise. Ce sont là des blessures plus dures à porter que les blessures physiques.

Père Marie-Dominique Philippe, 29 octobre 1994