Témoignage d’une soeur, Russie

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Quand on aime quelqu’un, on ne peut pas entendre dire du mal de cette personne, surtout quand elle n’est plus « de ce monde » et ne peut plus se défendre…Mais ayant connu un saint on ne peut que témoigner de notre expérience personnelle de la gloire du Père manifestée dans ses amis même si ce ne serait qu’un pauvre partage d’une riche expérience difficile à mettre dans des mots.

Le père Marie Dominique est entré dans ma vie en 2005 comme un « homme de lumière ». J’étais une volontaire dans la communauté des frères de Saint Jean en Inde quand pour la première fois j’ai entendu sa voix de maître et de père. Sa parole avait une force d’authenticité vitale et, sans le savoir, le père Philippe répondait à mes questions actuelles de vie en me donnant la lumière que j’avais tant cherché souvent dans les ténèbres.

Son amour profond de l’oraison et de la vie consacrée m’ont aidé à découvrir ma vocation contemplative dans l’Eglise et je suis entrée chez les Soeurs Contemplatives de Saint Jean à Saint Jodard en juin 2005 où j’ai eu la grâce de connaître sr Alix, co-fondatrice des soeurs avec le père Philippe. Cette dernière année de la vie du père Philippe, que j’ai vécue auprès de lui à Saint Jodard était capitale pour toute ma vie humaine et chrétienne.

En rentrant petit à petit plus profondément dans l’enseignement de sagesse que le père Philippe continuait à nous livrer jour après jour malgré sa fatigue et sa mauvaise santé, j’ai vu le père Philippe vivant ce qu’il enseignait : il mettait toute son intelligence au service de l’amour de Dieu et du prochain quel qu’il soit.

Dieu a donné à cette personne une brillante intelligence qu’il ne cessait pas de développer et d’affiner chaque jour jusqu’à la fin de sa vie en apprenant de la réalité comme un pauvre. On voyait qu’après presque soixante-dix ans d’enseignement il continuait à chercher, à se poser plein de questions toujours ouvert à l’opinion d’autrui et en illustrant ses cours par une multitude d’exemples de vie où on se reconnaissait facilement et, souvent, en riant tellement c’était vrai !

Le père Philippe, déjà très âgé et malade toute cette dernière année de sa vie, a été comme mû par l’Esprit de l’intérieur en dépassant infiniment son conditionnement devenant de plus en plus lourd (ce qui servait d’exemple pour nous tous) : il fallait le voir entrant à la salle d’étude à Saint Jodard avec tant de force et de ferveur et voulant aller jusqu’au bout de son autonomie vitale refusant et la canne et la main du frère prêt à l’emmener vers sa chaise de maître. Pendant le cours après s’être endormi quelques secondes il reprenait le cours, là où il l’avait arrêté, tellement son intelligence était en acte !

La perspicacité de cette intelligence amoureuse du réel donnait envie de se mettre à la même école du réel chaque jour de nouveau sans jamais se désespérer des résultats. Il nous enseignait la sagesse de vie des enfants de Dieu destinés à la vision béatifique et pour le père Philippe tout était finalisé par cette lumière ultime.

Ce qui était frappant aussi chez le père Philippe c’est son amour de la prière et de la liturgie dans toute sa richesse et sa beauté. Le père Philippe voulait suivre tous les détails de la liturgie même si c’était exigent pour sa santé fragile : il aimait suivre les textes liturgiques ne voyant presque plus rien, s’agenouiller, être en avance pour la prière si c’était possible pour lui, ainsi que rester prier avec nous à l’action de grâce après la messe. Il était soucieux de « rattraper » l’office de la liturgie des heures manqué, même si c’était en attendant sa dernière rencontre avec le pape Benoît XVI lors du pèlerinage de la communauté à Rome en février 2006 ! Il aimait particulièrement le Chemin de Croix de la Semaine Sainte qui se traçait traditionnellement dans les champs infinis de Saint Jodard et durait environ quatre heures. Le père Philippe, à bout de souffle, dans la boue, sous la pluie sans fin, debout ou à genoux, prêchait fidèle à sa vocation dominicaine.

La manière dont le père Philippe célébrait la messe était bouleversante : avec tant de réalisme il nous entraînait dans le mystère qu’il vivait. Chaque mot, chaque parole avait un poids d’éternité; tout était important car on rencontrait DIEU. Son homélie illuminait la Parole de Dieu du jour proposée par la liturgie, elle devenait vivante pour moi et j’emportais toujours un message personnel pour toute ma journée.

Quand j’avais la chance d’accompagner le père Philippe en allant d’un bâtiment à l’autre, le père préférait le silence, il aimait le silence. Tout en restant pleinement présent à moi, il était plongé dans la prière intérieure et je faisais taire le flot de mes questions.

Bouleversantes étaient aussi pour moi quelques confessions que j’ai pu avoir avec le père Philippe durant sa dernière année à Saint Jodard : c’était une vraie rencontre avec le père qui recevait sa fille prodigue dans son coeur. Au-delà des paroles et des gestes paternels d’encouragement, il y avait une présence pleine de miséricorde et on ressortait de la confession renouvelée  et encouragée, – jamais jugée ou condamnée ! – oubliant tous nos malheurs et nos échecs, joyeuse de tout recommencer – parce qu’on avait vu LE PERE.

Pendant ses dernières rencontres de grandes fêtes liturgiques, l’ordination des frères, la prise d’habit et les chapitres en 2006 j’ai pu « toucher » la charité fraternelle du père Philippe pour les frères et les soeurs que Dieu lui a confié, pour les oblats et les nombreuses familles qui souvent l’encerclaient pour se faire bénir. Le père Philippe demandait les noms de chacun et savait toujours trouver une parole de joie et d’espérance pour ceux qui étaient devant lui. Elles repartaient toutes joyeuses parce qu’elles ont vu LE PERE !

Pendant ces rencontres plus familiales, les frères et les soeurs ont eu la joie de partager le sens  d’humour extraordinaire de leur père plein d’intelligence et jamais critique. Le père Philippe l’utilisait pour enseigner et pour construire les personnes, pas pour détruire.

Enfin, Marie…En plus de ses deux ouvrages magnifiques « L’étoile du matin » et « Mystère de Marie », des multiples retraites, il n’y avait pas de rencontre, de conférence ou de confession où le père Philippe ne mentionnait ou ne finissait par Marie. Le père Philippe vivait avec Marie et lors de mes quelques rencontres et confessions avec lui il n’avait que cette réponse-conseil ultime à donner : « Demandez à la Vierge Marie ! »- et c’était tout ! Et la bénédiction solennelle suivait : « Par le Coeur douloureux et immaculé de Marie que Dieu vous bénisse et vous garde le Père, le Fils et le Saint-Esprit. »

MERCI, PERE !

Une soeur de Russie