Témoignage de Simone, USA

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Silhouette Blanche !

Je ne sais pas si ma mémoire triche, mais il me semble que c’était au mois de décembre, en 1998. Mon mari et moi devions prononcer nos vœux, temporaires, d’oblats dans le sein de la Communauté Saint Jean, à Peoria, Illinois, aux USA. Cela devait se passer au cours de la visite du Père Marie-Dominique Philippe, de qui nous avions tant entendu parler, mais jamais encore rencontré…Bien sûr, inutile de dire l’attente de son passage nous remplissait de joie et d’excitation, car finalement nous allions rencontrer, face a face, celui à qui, grâce à ses enseignements, nous devions le fait que notre vie était changée…et pour toujours!

Nous étions un groupe de laïques, assez grand, qui entourait les Frères de Saint Jean à Peoria, et il nous a été accordée la grâce de pouvoir passer avec le Père Philippe, chacun à son tour, dix minutes de temps privé; ce qui était déjà très généreux de sa part, sachant qu’il devait aussi voir tous les frères, un par un, et toutes les sœurs, une par une…

Le cœur qui bat, j’attends dehors la porte, puis il ouvre et me fait rentrer… Cet homme qui me frappe déjà par son intelligence, à mon avis, hors humaine; cet homme fondateur d’un ordre qui renouvelle la face de notre communauté locale, grâce à ses enseignements de l’ordre de brillance…Cet homme vieux au visage rose, radieux, me surprend en me prenant dans ses mains! Première fois que je le rencontre, il sait déjà que je l’aime, il le voit dans mes yeux, il prend mes mains dans les siennes, et moi je fonds. Je fonds, car je touche instantanément à un amour paternel incomparable, à une tendresse comme jaillissante, à une générosité de don de soi, à une bonté qui coule de cet homme religieux, presque étranger pour moi, mais père néanmoins.

Tout en gardant mes mains dans les siennes, il me fait s’asseoir; je dis trois mots: «Je suis libanaise»…Et en un seul instant, il lit mon cœur et il s’exclame: « Une libanaise aux Etats Unis ! Comment peut vivre une libanaise aux Etats Unis, si loin du pays qu’elle aime, si loin du pays si beau? » A travers mes larmes, il me consolait, il me faisait rire, il me parlait de mon pays qu’il aime tant, il me parlait de la Bonne Volonté de Dieu, il me parlait du support que je peux trouver à travers les Frères à Peoria et à travers mon église…tout en tenant mes mains dans ses mains!

Dans son «imprudente charité», il me garde plus que dix minutes; on frappe à la porte pour nous donner signe du temps, mais il ne bouge pas; mes larmes n’étaient pas encore séchées… Son visage penché vers le mien, sa voix presque chuchotante, par tendresse, dans mes oreilles, il versait dans mon âme une paix profonde, une « conviction » de la Volonté de Dieu pour nous, un désir d’être ancrée dans le moment réel; il versait dans mon âme un amour…divin, paternel, doux, joyeux, plein de bonté, plein de charité! On frappe à la porte de nouveau… Mais il m’accorde vingt minutes. Toujours mes mains dans ses mains! « Car la folie apparente de Dieu est plus sage que la sagesse de l’homme». (1 Corinthiens: 25)

Je quitte la pièce épatée par cet homme en silhouette blanche, qui a pu sécher mes larmes, et me renvoyer dans un élan, enveloppée d’une joie profonde, joie d’une rencontre inoubliable!

Aujourd’hui, tristement, on lui reproche «des gestes ambigus, qui manquent de chasteté!!!» Entre cinq et dix, on dit. Cinq à dix quoi? De quoi parle-t-on vraiment? De femmes ou de choses à peu-près connues? Excusez-moi, mais je ne peux m’empêcher de dire qu’il ne s’agit pas de louche de lentilles ici, est-ce bien cinq ou dix? N’y avait-t-il pas un nombre défini?

Est-ce un homme de longue vie comme ce Père bien-aimé, un homme qui a connu des centaines de femmes et qui a accompagné des centaines de femmes, s’il avait une difficulté dans sa vie de chasteté, va t-il se contenter de « gestes » envers que cinq à dix? Chose totalement contradictoire en soi-même: ou il ira plus loin que les gestes qui n’apportent rien; ou il ne se contenterai pas de sept et demi femmes! En tout cas, de nos jours, si en 93 ans de vie, on ne reproche à un homme que « des gestes », je trouve que c’est déjà héroïque!

En tout cas, comme nous tous d’ailleurs, pécher, le père Philippe a sûrement fait; mais ce péché même était trop loin de sa capacité. Et si on va si loin à accepter que cet homme en or, a été vraiment fait de l’argile, voyons dans Son Livre comment Dieu aime qu’on raconte les péchés de nos pères: Genèse 9,20-27.

Je suis une oblate qui a toujours beaucoup, beaucoup aimé mes Frères et Sœurs. J’ai toujours été touchée, même transformée par la lumière qu’ils apportaient à notre vie, sûrement grâce a l’enseignement qu’ils ont reçu de leur père fondateur. J’ai choisi d’être oblate car j’ai été éblouie par cette lumière, elle avait changé ma vie, et je n’étais plus pareille.

Une fois que j’avais rencontré le Père Philippe source de cette fondation, j’avais compris: il était le noyau de ce charisme qui m’attirait. Certes, ce n’était pas son look qui m’attirait, ou le fait qu’il m’a versé de « l’affection » au moment de mon besoin; c’était son attraction par le cœur du Christ et vers le cœur du Christ qui m’attirait, c’était sa charité « imprudente » aux yeux des hommes; et je voulais apprendre de lui son comment, son secret, son charisme !

Pour moi, ce père, source quand même, ne peut pas être séparé de son charisme. Comment peut-on avoir connu le Père Marie-Dominique Philippe et dire qu’on peut séparer l’homme de son charisme ? Qu’on peut séparer l’enseignement du comportement? Je suis désolée, mais je trouve cela presque immature, tellement que ce n’est pas vrai. Comment, si je veux avancer dans la vie spirituelle, puis-je suivre l’enseignement d’un homme malade, voire « pervers », qui n’a pas pu, lui même, suivre son propre enseignement?

Aujourd’hui, je reste pleine de tristesse par ce qui a été annoncé de mon Père Philippe, voir blessée. Je ne pense pas vraiment que cette décision d’annoncer une telle chose soit venue par une méchanceté de mes frères, ou par un manque d’amour, au moins je l’espère de tout coeur! Par contre, je compte cette décision comme faute grave, voir imprudente, précipitée, qui peut vraiment coûter à notre conscience de communauté, voir aussi à notre épanouissement.

Les pierres crieront à la place de notre conscience !

On aurait aussi, en notre ère de suspicion, attribuer la Madeleine au Christ !

J’ai décidé d’écrire aujourd’hui, jour d’anniversaire de la mort du père Philippe. J’étais témoin de ce jour en se rendant présente, jour de ses funérailles, à Lyon. Je ne peux pas m’exprimer, par des mots, des sentiments et des émotions qui circulaient ce jour de 2006. Il était certain pour moi que la terre pleurait et le ciel dansait en fête; et un silence de sainteté, entrecoupé parfois, par les chants magnifiques des sœurs et leurs Ave Maria, circulait dans la Cathédrale!

Aujourd’hui, mon Père, je voudrais vous souhaiter un bel anniversaire, anniversaire de votre « enciellement ». La vérité est telle que, gestes quelconques contre la chasteté ou pas, aujourd’hui le Père Eternel vous porte dans Ses Bras Saints, comme vous auriez, dans votre vie sur terre, pris tant de personnes pour les consoler…Gestes de charité « imprudente », folle comme celle du Christ, incompréhensible par nos cœurs durcis, cœurs imprimés par une génération de sexualité non équilibrée, et de psychologie imprégnée de l’imaginaire !!!

Aujourd’hui mon père, je suis malade ! A 47 ans, mère de trois enfants, libanaise toujours aux Etats Unis…je lutte contre un cancer rare, difficile et qui menace ma vie.

Grace à vous mon cher Père, grâce à l’amour que vous m’aviez appris, grâce a vos enseignements sains et vrais, mes larmes sont séchées. Je reste ancrée dans le réel, dans le moment présent de la vie qui m’est accordée maintenant et a cet instant même; ancrée dans la Bonne Volonté de Dieu pour nous, dans la joie profonde d’être enfant de Dieu, protégée par Marie dont vous nous aviez tant parlée. Aujourd’hui mon Père, je cours… avec le même élan, enveloppée par une joie profonde, intouchable, car j’ai été touchée par une lumière… La lumière du Christ et son chemin que vous m’aviez montrée !!! Je vous suis éternellement remerciante.

Reste à vous demander la grâce d’un miracle de guérison ! Puisse t-il m’accorder la vie avec mes bien-aimés? Et puisse t-il nous offrir votre sainteté? Je prie !

Simone

Oblate Saint Jean

Chicago, le 26 août, 2013