Témoignage d’une soeur, de Belgique

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Mon témoignage sur le père Marie Dominique Philippe

J’ai rencontré le père pendant la semaine Sainte 2004 à St Jodard, j’y étais venue comme regardante chez les sœurs contemplatives.

La première expérience que j’ai vécue auprès de lui fut une des conférences de la retraite de semaine Sainte. Je me souviens avoir été frappée par cet homme âgé, un peu voûté, marchant lentement, mais qui parlait avec une telle vivacité, une telle conviction dans ses paroles, et un éclat particulier dans les yeux.

Au bout de 2 ou 3 conférences, j’avais perçu par moi-même (j’en avais entendu tellement de bien!) qu’il était un amoureux de Dieu, un grand priant, un homme de sagesse.

J’étais frappée également par la profondeur de sa présence quand il célébrait la messe et quand il priait, il était habité, imprégné, des paroles qu’il prononçait, il en vivait pleinement. J’avais compris que je pourrais trouver dans sa prédication et son enseignement des réponses à mes questions et à la soif spirituelle qui m’habitaient, j’avais touché qu’il était un guide sûr pour conduire à Dieu.

Seulement après quelques conférences et quelques messes?? Eh bien oui! J’étais étonnée moi-même et je n’aurais pas pu à ce moment-la expliquer précisément ce que j’avais touché… Mais je me réjouissais de découvrir petit à petit ce ”secret” qui enthousiasmait tant les personnes qui parlaient de lui (je ne savais pas encore quand, mais j’étais presque sûre que j’entrerais chez les sœurs).

Effectivement je suis entrée chez les sœurs 5 mois plus tard, en octobre 2004 (et jusqu’en juin 2012) et ai pu entrer de plus en plus dans ce „secret” ou plutôt bénéficier de son rayonnement.

Je rends grâce à Dieu pour l’esprit vif du père, pour son intelligence si éveillée, sa soif de vérité et Je repense aux moments où, s’endormant parfois malgré lui en nous donnant un cours, il s’arrêtait au milieu d’une phrase…et se ressaisissant quelques instants plus tard il la reprenait là où il s’était interrompu, comme si de rien n’était! C’était incroyable de voir combien il ne perdait jamais le fil de sa pensée, de voir comment son esprit portait et tirait son corps âgé et fatigué dans un don toujours plus grand de lui-même.

Me revient à l’esprit aussi mon premier chemin de croix prêché par le père Philippe (en 2004) : 3 heures 30 sous une pluie de plus en plus battante! Imperturbable, il a continué jusqu’au bout, s’agenouillant au début de chaque station, priant et prêchant (debout) avec une ferveur impressionnante…je n’en revenais pas! Sa ferveur nous invitait à nous dépasser constamment, à tout donner. Il était habité par Dieu, pétri de prière, d’adoration, de son labeur philosophique et théologique aussi, il vivait tellement tout le temps avec Dieu que sa présence nous donnait Dieu.

Je me souviens de son attitude recueillie quand il passait dans le jardin, quand on le voyait marcher dans un couloir, …le voir si „reclus en Dieu” (c’est la réflexion que je me faisais chaque fois) me bouleversait et m’impressionnait. Cela ne l’empêchait pas d’être très attentif et pleinement présent à ceux qu’il croisait, à tout ce qui l’entourait.

Je ne peux pas oublier non plus sa joie, toute simple, et les grands éclats de rire qu’il avait parfois. Une simplicité, une joie et un enthousiasme d’enfant…c’est qu’il se savait petit enfant bien aimé du Père, et de la Vierge Marie…

Je crois que le plus profond de son secret, c’est son immense amour pour la Vierge Marie… il nous en parlait avec une si grande force! Il aimait tellement les fêtes de Marie, le rosaire, le Magnificat…

Tout passait par elle… Et cette phrase qu’il nous citait souvent, que lui avait dite son cher père Dehau : « on fait de la métaphysique pour pouvoir parler correctement de la Vierge Marie »…cela dit tout !

J’aime partager cette petite expérience personnelle, l’une des 3 fois où le père m’a confessée. Ce fut très court (comme souvent avec lui!). Après avoir reçu l’absolution, je lui demandais de prier pour moi, par rapport à une chose dont je m’étais confessée qui me tracassait; je ne pleurais pas mais presque (je crois qu’il l’a entendu à ma voix). Il gardait la tête baissée et priait, je pensais qu’il ne dirait rien et m’apprêtais à sortir. Il m’a regardée avec tant de bonté, et me tapotant la tête il a répondu avec beaucoup de détermination « oui, oui…ce n’est rien, Jésus a tout pris, TOUT (en élevant la voix). Il m’a souri en continuant „avancez AVEC JESUS, Il vous aime ». Il m’a embrassée sur le front et s’est replongé dans la prière. J’étais bouleversée, remplie de paix! Il venait de me donner, de me dire l’amour de Jésus et même de me montrer la tendresse de Dieu pour moi, dans ce geste si simple, tout pur, celui d’un père plein de bonté voulant encourager son enfant. Je ne l’oublierai jamais!

Je lui suis reconnaissante pour les 3 sagesses (philosophique, théologique et mystique) qui sont un trésor pour ma vie, qui sont un trésor pour la vie de l’Eglise et l’humanité d’aujourd’hui j’en suis convaincue ! Je ne pourrais plus vivre sans cette recherche de vérité et de sagesse qui rectifie mon intelligence et ordonne ma vie pratique ; je constate chaque jour combien c’est exigent mais vital d’être à l’école du réel, de devenir de plus en plus lucide et de mendier la lumière, de voir la finalité et de toujours la laisser passer devant.

Merci très cher père pour l’éthique de l’amour d’amitié, la métaphysique et la théologie naturelle, la théologie scientifique de St Thomas, la théologie mystique ; merci de nous avoir partagé si profondément votre amour de St Jean, merci pour votre ferveur et votre miséricorde, merci pour votre vie de lumière.

Aidez-moi à rester fidèle chaque jour à ce merveilleux héritage que vous nous avez laissé, et à le transmettre, comme Dieu le voudra, à tous ceux qui en ont besoin.

Aidez-moi à être comme vous un serviteur pauvre et fidèle…

Une soeur, 22 juin 2013