Rencontre entre Jean Paul II et le p. MD Philippe, au Sénégal

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Au Sénégal en 1992
Au Sénégal en 1992

Rencontre de Jean Paul II avec le p. MD Philippe

au Sénégal

Nous gardons dans notre mémoire le beau souvenir du passage du père Marie Dominique Philippe, notre fondateur, à Poponguine lors de la visite mémorable que fit le pape Jean Paul II au Sénégal.

Je lui avais demandé avec insistance de venir pour cette occasion à Poponguine. Il me semblait important qu’il soit présent la première fois que l’on accueillait un Pape qui venait auprès d’un prieuré tenu par la communauté Saint Jean. Surtout quand on sait comment le Pape Jean Paul II a parcouru le monde en faisant le tour des sanctuaires mariaux, et de plus, une solide amitié fondée sur la recherche de la vérité les unissait depuis Cracovie. Une des intentions de notre Père fondateur lors de la fondation à Poponguine était que l’on puisse donner une théologie mariale à l’Afrique.

Après avoir été accueilli officiellement à la cathédrale de Dakar, le Saint-Père s’est rendu le lendemain à Poponguine afin d’y célébrer une grand-messe. Le protocole avait décidé qu’à l’arrivée du Saint Père, il n’y aurait ni manifestation, ni discours. La place de l’Eglise devait être vide, je devais l’accueillir en tant qu’administrateur de la paroisse et du Sanctuaire, et le conduire directement à la sacristie. J’avais obtenu que le Père Philippe soit à mes côtés ainsi que la Supérieure des Sœurs du Saint Cœur de Marie, qui ont leur noviciat à Poponguine. Lorsque la limousine présidentielle s’est arrêtée devant la basilique, le Saint-Père était en train de finir son bréviaire. Pendant que l’on ouvrait la porte, il prit son temps, acheva sa prière, se signa, remit son bréviaire à son secrétaire, Mgr Stanislas Dziwisz, et sortit de la voiture.

Après m’avoir salué, il prit le Père Philippe chaleureusement dans ses bras, l’étreignit, puis l’embrassa sans rien dire. Il salua ensuite les personnalités administratives (gouverneur, préfet et sous-préfets) qui étaient présents. Comme nous nous dirigions vers la sacristie, je voulais lui présenter en quelques mots la grâce du village de Poponguine, qui est l’alliance de Marie avec la Famille. Je commence ainsi : «  Très Saint-Père, Poponguine est un petit village » ; il me répond : « Le monde est un petit village, comme le dit le père Philippe ». Puis à ce moment des fidèles qui suivaient de loin, derrière les barrières, se mirent à crier : « Très Saint-Père, Très Saint-Père ! » Il me dit : « Et eux, n’ont-ils pas aussi le droit d’être salué ? » ; et le voilà qui se dirige d’un bon pas vers la foule. Les gardes du corps s’arc-boutèrent sur les barrières métalliques, afin qu’elles n’écrasent pas le Pape tellement la pression était forte.

Lors de son homélie, il a affirmé : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2,5). Les lectures liturgiques d’aujourd’hui nous conduisent à Cana de Galilée, la liturgie de ce jour nous fait revivre cet événement en Afrique, sur la terre du Sénégal, à Poponguine, là où se trouve votre sanctuaire marial. On pourrait dire que le Peuple de Dieu du Sénégal a invité ici d’une façon spéciale la Mère de Jésus et que Marie a accepté l’invitation. Elle est présente ici avec son Fils et avec les Apôtres, comme à Cana de Galilée. Comme autrefois à Cana, ici aussi les pèlerins lui font connaître leurs besoins multiples et elle les présente à son Fils. Et à tous elle répète constamment : « Faites tout ce que vous dira mon Fils ».

Après la messe, il avait été convenu que le Saint Père déjeunerait avec les évêques de la conférence épiscopale du Sénégal et de la Gambie, dans la petite maison qui avait été construite pour la circonstance sur le terrain de la mission, qu’il prenne un temps de repos avant de regagner Dakar où il devait avoir une rencontre avec les jeunes dans un stade de la ville. Comme notre chrétienté est peu nombreuse, j’avais demandé au prêtre jésuite qui organisait les voyages pontificaux si on pouvait regrouper nos paroissiens (environ 200 personnes) devant la porte de sortie avant qu’il ne monte en voiture. Cela avait été accordé et nous attendions tous avec émotion ce moment ; nous avions mis tout près de la porte une maman, Clémentine Ciss, qui, la veille, venait de mettre au monde une petite fille (Philomène). Un musulman, qui s’était joint à nous, me disait qu’il voulait toucher « Sa Blancheur » ; j’appris qu’après l’avoir fait, il mit sa main sous son boubou car il avait promis à sa maman invalide qu’il reviendrait à la maison afin qu’elle soit la première à toucher sa main (le sacrement de la charité fraternelle).

La porte s’ouvre : Mgr Ricardo Renato, alors second cérémoniaire du Saint-Père, apparaît et nous demande d’entrer. Le Saint Père était en train de saluer le personnel qui l’avait servi. Quand il nous aperçut, il se dirigea vers nous et nous embrassa chaleureusement. Je fus particulièrement ému et je me dis que je n’étais rien pour avoir une telle faveur, j’y vis surtout un geste de reconnaissance et d’affection pour les Frères de Saint Jean et notre Père fondateur.

En sortant de la maison, je demandais au Saint-Père s’il voulait bien dire quelques mots aux familles pour les encourager. Dès qu’il fut sur le pas de la porte, il embrassa le nouveau-né, puis il prit un bain de foule au milieu de nos petits enfants de la maternelle, qui devaient entonner un petit chant en wolof. Pas un son ne sortait, tout le monde avait la bouche grande ouverte et se laissait caresser la tête, même la maîtresse écarquillait les yeux. Les gens derrière les barrières commencèrent à l’interpeller, et il remonta toute l’allée en saluant chacun. Arrivé à la hauteur de sa voiture, il aperçoit les pompiers alignés qui faisaient une sorte de haie de protection, il partit aussi les saluer.

Nous avons un vieux chrétien, Guillaume Ndoye qui jouait un rôle important de sage, de modérateur avec le village et la communauté musulmane. Il était président du conseil paroissial. Il m’avait demandé de le présenter au Saint-Père. Voilà que, sous le coup de l’émotion, j’avais tout oublié. A ce moment précis du départ, il se retrouve entre moi et le Cardinal Thiandoum, et il me dit soudain : « Et moi ! » Je fais signe au Cardinal Thiandoum que l’on avait oublié de présenter Guillaume ; il me répond par un petit signe de la tête pour me signifier qu’il avait compris. Le Pape, en revenant d’avoir saluer les pompiers, passe devant le Cardinal Thiandoum, le salue mais celui-ci ne dit rien ; il tend la main à Guillaume, alors je dis au Saint-Père : « Voici un chrétien totalement engagé à nos côtés ». Il prit alors la tête de notre bon vieux entre ses mains et l’embrassa affectueusement. Je n’ai jamais vu un homme aussi heureux. Puis, il me salua et me dit : « Et nous n’avons pas dit notre petit mot ! » Il monta en voiture qui démarra aussitôt.

J’avais l’impression d’être sur un petit nuage tellement j’étais dépassé, submergé de tous côtés. Je n’arrivais même pas à regretter le petit mot oublié, nous avions eu des gestes d’affection si fort qui exprimaient aussi que Dieu n’est qu’Amour donné.

Le lendemain, il y eut une grand-messe au stade de l’amitié, qui venait d’être construit par les chinois. Il était comble. Au terme de la messe, les prêtres quittèrent leurs bancs et, au lieu de partir en procession, se regroupèrent affectueusement autour du Pape; ce fut une joyeuse bousculade. Un prêtre s’exclama : « Oh doucement ! Nous sommes tout de même des prêtres ». Evidemment nous nous sommes retrouvés, dans la mêlée, encadrant notre Père Philippe. Quand le Pape l’aperçut, il le crocheta littéralement avec son bras libre, le serra très fort contre lui et l’embrassa de nouveau. Les lunettes de notre père partirent de travers. Tout le monde vit cela à la télévision pour la deuxième fois et l’on nous demanda le lendemain quel était cet homme que le Saint-Père aimait si particulièrement et avec qui il aimait échanger un tel baiser de paix.

Un frère