Témoignage d’une soeur, de Suisse

Publié le Mis à jour le

Témoignage sur le p. Marie-Dominique Philippe

J’ai eu la grâce de rencontrer le p. Marie-Dominique Philippe à Genève en 1998, lors d’une conférence qu’il donnait sur la Miséricorde pendant le Carême.

J’ai tout de suite été frappée par sa voix, nous étions nombreux à l’écouter dans un très grand silence pour ne pas perdre une seule de ses paroles, cette voix qui murmurait paraissait s’adresser à chacun de nous personnellement, nous livrant un secret à l’oreille, le secret de l’amour du Père pour nous.

J’ai été bouleversée par cette conférence qui a complètement changé mon regard sur le Père, la Miséricorde, et m’a permis de retrouver le sacrement de réconciliation avec une nouvelle ferveur, alors que j’en étais restée éloignée pendant plusieurs années.

La joie du p. Philippe m’a marquée aussi, il s’adressait à ses frères pendant sa conférence, par exemple il avait désigné le plus jeune en souriant, alors qu’il commentait l’Evangile de la femme adultère, « eux s’en allèrent un à un, à commencer par les plus vieux » (Jn 8, 9), et cette simplicité, cette attention fraternelle m’avait touchée. Tous les frères étaient très unis autour de leur père.

Quelques mois plus tard, j’allais le retrouver à St-Jodard, et à nouveau sa conférence sur St-Jean allait me transpercer le cœur. Tout ce que j’avais toujours cherché se trouvait dans ses paroles, répondant à ma soif de Dieu, j’avais l’impression d’être arrivée au port, là où Dieu m’attendait.

Quelque temps après, j’entrais chez les soeurs de St-Jean, et je retrouvais le père Philippe lors d’une première confession : « alors c’est la joie ? »  furent ces premières paroles pour m’accueillir, car il m’avait rencontrée au festival Agapé quelques semaines auparavant, et se réjouissait avec moi de mon entrée. Sa présence et ses paroles m’ont données cette joie, alors qu’en entrant j’avais plutôt le cœur en peine, en pensant à tous ceux que je venais de quitter.

Cette joie profonde est toujours restée gravée dans mon cœur, durant toutes les années qui ont suivi. Chaque cours du père Philippe m’ouvrait un horizon, métaphysique, théologie naturelle, théologie mystique, je buvais à cette source en ayant soif de toujours y revenir.

Sa messe me bouleversait, sa ferveur, sa prédication de feu, là encore je ne perdais pas une seule de ses paroles qui enflammaient mon cœur d’amour pour Jésus, pour le Père, pour Marie. J’aimais le voir suivre avec attention la première lecture sur le missel préparé sur sa chaise, il était présent à tous les instants, et surtout pendant la consécration qu’il priait avec une telle force que notre foi était réveillée, notre cœur transporté.

Au début des messes des engagements des soeurs, spécialement les messes de profession perpétuelle, le père Philippe était toujours très ému, il avait des larmes dans la voix, cela me touchait toujours beaucoup, cela montrait la tendresse de son cœur, sa charité pour chacune d’entre nous, il avait peut-être plus conscience que nous, de la grandeur de l’acte que nous allions faire. Nous étions vraiment ses enfants.

J’ai eu la grâce de pouvoir suivre ces dernières années de cours à Rimont, et là j’ai été témoin du dépassement constant qu’il faisait de lui-même. Souvent épuisé, il luttait contre la fatigue pour nous donner des perles de sa sagesse.

Je me souviens d’une réponse aux questions suite à un cours de théologie scientifique sur le Verbe Incarné en 2006, durant laquelle le père Philippe était à bout de forces, luttant à chaque minute pour ne pas s’endormir. Finalement, les trois coups ayant frappé, signal convenu pour marquer le terme du cours, le frère qui l’interrogeait était presque soulagé de terminer ce petit martyre, mais le père Philippe s’étant aperçu qu’il avait encore des papiers dans sa main lui a dit : « encore une petite question, vous en avez encore », c’était tellement bouleversant de voir la manière dont il se donnait jusqu’au bout.

Je me souviens aussi d’un office des ténèbres à St-Jodard où il était arrivé, à 20h30, après avoir prêché le chemin de croix du matin pendant plus de trois heures, et l’office de la Passion l’après-midi qui avait lui aussi duré plusieurs heures, et il s’était agenouillé sans s’asseoir sur ses talons. J’étais alors novice, et voir notre père de plus de 90 ans prier de cette manière m’avait touchée, c’était sa ferveur, la ferveur du premier amour qu’il aimait tellement nous prêcher, et réveiller dans notre cœur.

Puis, il s’était levé après l’Evangile pour encore nous donner à boire l’eau de la sagesse, nous transmettant sa contemplation du mystère, inlassablement, la sagesse se communique sans envie nous répétait-il toujours.

J’avais été marquée aussi un jour, de l’apercevoir dans le coin du bureau de l’accueil à St-Jodard, il était vitré à l’époque de mon noviciat, attendant sans doute son chauffeur, la tête plongée dans son bréviaire, récitant avec fidélité et ferveur son office, sa cape noire sur les épaules. « Un novice fervent c’est normal, un vieux moine fervent c’est la sainteté. » nous citait-il souvent. C’était bien le témoignage qu’il nous donnait jour après jour.

Il vivait ce qu’il prêchait, et le plus grand enseignement pour nous était de vivre auprès de lui, de sa présence lumineuse et joyeuse.

Ce qui était très frappant aussi chez le père Philippe, c’est sa pauvreté, pauvreté du cœur, de l’intelligence, il ne cherchait jamais à dominer, à imposer, mais au contraire découvrait chez chaque personne, philosophes, théologiens, les parcelles de lumière et de vérité qu’ils avait pu dévoiler.

Cette pauvreté et cette humilité lui venait certainement de son lien si filial à Marie. Il nous parlait souvent de notre Mère, et il vivait de sa maternité comme du grand secret de son cœur et nous en faisait vivre à sa suite. Il avait écrit cette consécration à Marie que nous récitons tous les jours après la messe, qui à la suite de St-Louis Marie exprime son amour filial pour notre Mère.

Il avait ce regard miséricordieux sur chacun de nous aussi, nous entraînant dans cette recherche inlassable de Dieu, sans s’arrêter aux résultats, mais réveillant notre intelligence et notre cœur, et ponctuant ses cours de petites histoires à la fois simples et profondes pour nous aider à toucher les principes de l’être ou le mystère de Verbe Incarné. Il demandait toujours nos questions, pour chercher avec nous, nous faire grandir et pour qui nous entrions dans cette coopération si belle avec lui.

Au début du mois d’ août 2001, il avait passé une nuit entre la vie et la mort, seule une toute petite partie de son cœur fonctionnait encore, et nous nous étions tous mis en prière à travers le monde pour supplier Jésus et Marie de nous laisser encore un peu notre père bien-aimé. Le matin, il s’était réveillé à l’étonnement des médecins, et il avait demandé si on avait prié les laudes, cela avait été son premier souci. En sortant de l’hôpital, défiant encore une fois tous les pronostics, il avait pu prêcher la retraite johannique, et nous conduire à une nouvelle contemplation du mystère de Marie et du Christ, dans une ferveur encore plus grande.

Le père Philippe était aussi l’homme de l’Espérance, toujours habité par ce désir du retour du Christ, vivant chaque jour comme si c’était le dernier, brûlant toutes ses forces pour se donner à Dieu et à ses frères jusqu’au bout. C’est le témoignage de vie qu’il nous a donné, le chemin de sainteté qu’il nous a ouvert, et aujourd’hui il nous porte et nous offre pour que nous y soyons fidèles.

Je rends grâces pour notre fondateur et père, pour tout ce que j’ai reçu de lui, et je prie pour que son enseignement et sa personne soit un jour connu dans toute l’Eglise, sur toute la terre.

Une soeur