Extrait du livre « Ouvrier de la Sagesse », sur la famille du p. MD Philippe

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La famille du p. MD Philippe

Et la famille humaine du père ? Nous aide-t-elle à mieux le découvrir ?

Le père Marie-Dominique a vécu au sein d’une famille chrétienne de douze enfants. Il a ainsi expérimenté les joies d’appartenir à une famille nombreuse où les qualités morales et humaines avaient une grande place, où le cœur et l’intelligence pouvaient être éduqués en profondeur. Il nous parlait de temps en temps de ses parents, de la solidité de son père, et de la très grande délicatesse de sa mère, dont il avait hérité. On sentait à ses propos combien la famille avait été pour lui un lieu important d’éducation, d’apprentissage à l’amour et à l’ouverture aux autres. Étant le huitième, il avait cette place privilégiée qui appartient à ceux du milieu. Il admirait ses aînés qu’il considérait avec beaucoup de respect et d’attention. Et il avait une affection particulière pour les plus jeunes. Au sein de sa famille, le père Marie-Dominique avait cependant une place déjà spéciale, par son aptitude à la découverte et son caractère affectueux qui le rendait proche de beaucoup.

Avez-vous eu l’opportunité de rencontrer l’entourage familial du père Marie-Dominique ?

Je crois avoir rencontré à peu près tous ses frères et soeurs, à l’exception de François, mort durant la dernière guerre mondiale en débarquant à Toulon, et de frère Reginald, ordonné prêtre le même jour que notre père dans l’ordre de Saint-Dominique.

En outre, le père nous a beaucoup parlé du rayonnement qu’avait eu son vieil oncle, le père Pierre-Thomas Dehau, frère aîné et parrain de sa propre mère. Celui-ci passait chaque année durant l’été un long moment chez ses neveux Philippe, et tous étaient invités à lui faire la lecture, ce qui favorisait obligatoirement des rencontres personnelles très riches. Il était en effet quasiment aveugle et avait besoin, pour continuer de travailler, du soutien de ses proches. Il a certainement marqué très profondément ses neveux, puisque sept d’entre eux sont entrés dans la vie religieuse par la suite.

(…)

Je devais être en quatrième année d’études quand le père m’avait proposé de vivre un temps de désert auprès de sœur Marie de Nazareth, dominicaine contemplative (une des sœurs du père, la quatrième de la famille) qui a terminé sa vie au couvent de Langeac.

J’y suis resté cinq jours et j’ai eu la chance de la rencontrer quotidiennement une heure le matin et une heure le soir. Elle commentait avec moi l’Écriture. Je n’ai jamais connu le père Dehau, mais avec les témoignages que j’en avais reçus, j’avais l’impression de le découvrir à travers une de ses filles très aimées. De fait, durant toute la semaine, sœur Marie de Nazareth m’a beaucoup parlé de son oncle Pierre qui l’avait conduite dans l’Ordre de Saint-Dominique. Elle me transmettait le feu qu’il lui avait communiqué… et ce feu brûlait toujours. Je n’ai jamais eu l’expérience d’une religieuse autant marquée par la souffrance et en même temps tellement remplie de joie et d’espérance. Sous forme de confidences, elle me disait avoir offert toute sa vie pour la fécondité apostolique de ses frères dominicains (le père Thomas et le père Marie-Dominique).

Durant ce temps si riche de renouveau, je me souviens encore du message d’espérance d’une petite sœur dominicaine qui fermait la porte de la chapelle le soir et qui, pour me saluer, me lança : « Courage mon petit frère, le père Thomas, sœur Marie de Nazareth et le père Marie-Do, c’est le mystère du sépulcre… nous on continue ! » Petite phrase pleine d’humour, de profondeur aussi, qui me mettait mystérieusement devant la grâce que j’avais d’approcher de tels témoins de la foi.

Sœur Marie de Nazareth est morte très vite après mon passage à Langeac. Je mesurais la chance que j’avais eue de côtoyer une fille de Catherine de Sienne, une âme si fervente, c’est la manière dont le père Marie-Dominique m’en a parlé au moment où elle a rejoint le Père.

J’ai eu la grâce de découvrir Mère Wilfrida (la dixième de la famille), qui venait de fonder une petite congrégation (les Sœurs Bénédictines de la Compassion) dans le diocèse d’Autun. Elle m’a marqué par sa simplicité et sa bonté.

Mon passage à l’Abbaye de Wisques, dans le nord de la France, m’a permis de rencontrer les deux sœurs aînées du père et de dialoguer un moment avec elles. Mère Élisabeth était moins proche du père Dehau, mais pour Mère Hildegarde, c’était tout autre. Elle portait une reconnaissance infinie au père Dehau et elle me demandait de redire à son frère, le père Marie-Dominique, combien elle priait pour lui et combien elle était proche. Je me souviens lui avoir demandé si elle arrivait à le voir de temps en temps. Elle m’a répondu sans aucunement se plaindre : « Il est très pris par la prédication, c’est difficile pour lui de venir. » La dernière fois qu’elle l’avait rencontré, c’était il y a plus de 30 ans. Cette confidence peut paraître terrible, mais elle dit bien l’absolu qui habitait le cœur d’apôtre du père, souhaitant sans cesse faire aimer l’Évangile partout où il se trouvait.

Quelques années avant la mort du père, j’ai pu l’accompagner en plein chapitre général à l’enterrement de l’un de ses frères, Pierre, que la vie avait marqué très durement. J’entends encore le père prêcher devant le cercueil, s’adressant à lui comme à une personne vivante, en le remerciant d’avoir été celui qui, parmi eux, avait été le plus fidèle à la Vierge Marie. Je touchais là le cœur vulnérable et tellement aimant du père Marie-Dominique, nous invitant à regarder son frère Pierre dans une lumière toute théologale. J’ai mieux compris ce jour-là le regard de miséricorde qui permet de dévoiler au plus grand nombre les lumières les plus précieuses qui habitent le cœur de tout homme. C’est le regard du Christ qui nous sauve.

J’ai plusieurs fois croisé Monsieur Joseph Philippe, qui était le frère aîné du père, architecte, très original, travailleur. Il avait construit plusieurs abbayes. Il était profondément lié au père Marie-Dominique.

Mais pour le père Marie-Dominique, un de ses frères avait une proximité particulière dans l’ordre de l’amour et de l’intelligence : il s’agit du père Thomas, qui est entré quelques années plus tôt dans l’Ordre et qui, comme lui, a été à l’origine d’un renouveau dans l’Église. Mais ce renouveau, pour lui, s’est réalisé à travers une œuvre de miséricorde auprès des plus pauvres et des plus déshérités.

Extrait du livre « Ouvrier de la Sagesse », p.52-53 et p.54-56