Témoignage d’une soeur, de France

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Témoignage sur le père Marie Dominique Philippe

Je suis entrée chez les sœurs de saint Jean, à Saint Jodard, le 4 octobre 1993. J’ai rencontré le père pour la première fois 15 jours avant, à Saint Jodard, lors de la prise d’habit de deux sœurs. Pendant 13 ans j’eu la grâce :

– de le voir vivre au milieu de nous, ses enfants.

– de pouvoir me confesser

– de recevoir son enseignement.

C’est de cela que je voudrais témoigner.

Ce qui était tellement marquant chez lui, c’est le don de tout lui-même, dans la joie. Pas un regard sur lui. Il était tout le temps donné. Donné dans la recherche de la vérité, à travers son écoute si profonde et ouverte aux autres, au réel, à travers ses conférences, le don de tout lui-même dans l’étude tout au long de sa vie. Donné dans la prière ; il était un tel exemple lorsqu’on le voyait prier à la chapelle, tout son corps « en acte » ; à 90 ans on le voyait encore à genoux. Il était toujours donné aux autres. Son temps était donné, donné donné ! Minute après minute. Rien pour lui. Pas de repos jusqu’à s’endormir pendant ses cours ! Donné dans son corps : je le vois encore le 8 décembre 1993 laver les pieds des 10 postulantes dont je faisais partie, à genoux alors qu’il avait le pied dans le plâtre …

Le père Philippe était tout simplement donné ! Donné complètement aux autres et tellement joyeux ! Toujours joyeux et de plus en plus.

Après cela, comment ne pas parler de sa charité ? Comme le vieux Saint Jean, il ne cessait de nous parler de la charité. « Aimez-vous les uns les autres ». Le 8 décembre 2000, lors de la célébration pour les 25 ans de la communauté, des frères et des oblats avaient fait des demandes de pardon, mais aucun n’avait demandé pardon pour nos manques de charité. Lorsque le père Philippe a pris la parole, il pleurait et il a demandé pardon pour tous les manques de charité et il n’a parlé que de la charité. C’était bouleversant !

Par le don de tout lui-même, par son écoute de la personne, (on était comme l’unique à ses yeux) mais surtout, par son grand amour pour Dieu, le père Philippe était l’homme de la charité et il en rayonnait. Il nous donnait tout simplement Dieu, l’Amour de Dieu.

Le père Philippe venait à Saint Jodard chaque semaine et lorsqu’il était là, il était un paratonnerre. Lors de mes 3 ans et demi passés à Saint Jodard, nous pouvions le voir et nous confesser à lui chaque semaine ; en 1996, c’était tous les 15 jours ( nous aimons recevoir chaque semaine le sacrement de réconciliation) . Sa grande miséricorde m’a révélée la miséricorde du Père. Un jour, alors que j’étais toute jeune novice, je n’arrivais pas à confesser un péché, il a fini par me donner quand même l’absolution. Cela a tellement touché mon âme qu’une demie heure plus tard je revenais le voir et j’ai pu tout confier à la miséricorde de Dieu. Une autre fois, parce que j’étais partie pour un mois de désert, j’avais un grand besoin de le voir et de me confesser ; j’étais dans les dernières sœurs à passer et je voyais l’heure tourner et j’avais peur qu’il parte sans que je puisse le voir. Je pleurais comme une Madeleine ! Finalement, j’ai pu le voir. Je suis arrivée en larme en lui expliquant la cause de ces larmes. La semaine suivante, j’attendais pour me confesser, lorsqu’on me dit qu’il part. Je sors de l’oratoire, il me voit et me dit : « Tu attendais pour te confesser ? Bon, alors viens ! Je partirai après t’avoir vu. » Le père Philippe n’avait pas oublié les larmes de son enfant.

Par son grand amour paternel, le père m’a révélé la Bonté du Père, sa Miséricorde.

Il était aussi pour nous un paratonnerre par son enseignement. L’enseignement du père Philippe n’était pas un enseignement universitaire et intellectuel. C’était un enseignement de vie. Un enseignement qui ne permettait pas qu’il ait une double vie, parce que son enseignement provenait d’une vie toute donnée au Christ, toute transformée par Lui et cela nous transformait. J’ai le souvenir d’avoir été si souvent bouleversée et transformée de l’intérieur lors de certaines de ses conférences ou de ses cours. Je pouvais avoir des questions, des attentes, des troubles avant d’aller l’écouter et il me donnait la lumière, la paix, une grâce lors de sa conférence ou de son cours. Après 20 ans de vie religieuse, je continue de me mettre à l’école du père Philippe à travers son enseignement. Nous écoutons plusieurs fois par semaine ses cours, ses conférences et ils continuent de m’éclairer, de me donner le Christ, de me transformer, de répondre à mes questions.

Je ne peux pas dire que le père Philippe a seulement été un maître de vie pour moi ; il a été et il est un maître de vie pour moi, il continue de l’être. Si j’ai beaucoup reçu de lui, je continue de beaucoup recevoir de lui. Le père Philippe a été mon père spirituel pendant 13 ans, mon maître de vie, mais il continue de l’être et je sais que j’ai encore beaucoup à recevoir de lui. Il a passé toute sa vie à chercher le Christ, à chercher la vérité, je n’aurai pas assez d’une vie pour recevoir tout ce qu’il voulait me donner.

Une soeur