Témoignage d’une soeur, France

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« Ma Parole n’est-elle pas comme un feu ? » (Jer 23, 29)

Si la Parole de Dieu est un feu qui chaque jour éclaire ma route, celle du père Marie-Dominique Philippe a elle aussi brûlé pour conduire mon âme assoiffée toujours plus à Dieu, pour l’illuminer de sa clarté et lui faire pénétrer d’un peu plus près les secrets du cœur de Dieu. Par le témoignage de sa vie, par la manière dont il célébrait l’Eucharistie et par son enseignement de sagesse, il m’a toujours aidée à approcher les mystères divins et à désirer ardemment consacrer ma vie au Seigneur.

J’ai rencontré le père Marie-Dominique Philippe en 1995. Ma première rencontre avec lui a été très joyeuse et lumineuse. J’avais discerné auparavant que Dieu m’appelait à le suivre dans la vie consacrée mais je ne savais pas encore dans quelle Communauté. J’avais pour cela demandé à un frère de me parler de la grâce de la Communauté Saint-Jean et il m’a proposé de lire Les trois sagesses. En quelques jours j’ai dévoré le livre et quelque temps après, j’ai fait une retraite à Saint-Jodard. A cette occasion j’ai rencontré le père. J’ai été tellement touchée, à la fois par la lumière qu’il apportait, par son sens de la finalité, par sa présence si simple et si profonde, par sa joie qui éveillait en moi la joie. Cette rencontre a été source d’une très grande joie pour moi : j’avais rencontré un saint !

En 1996 j’ai choisi d’entrer dans la Communauté des Sœurs de Saint-Jean mais j’ai d’abord terminé mes études. Je ne suis donc entrée qu’en 1998. Pendant ces deux années, j’ai rencontré plusieurs fois le père et j’ai toujours été très heureuse de ces rencontres. Il me laissait extrêmement libre dans ma vocation, mais conduisait à Jésus. Il était vraiment un fils de saint Jean, un théologien, témoin lumineux du mystère du Christ, un ami de Jésus.

De septembre 1998 à août 2006, j’ai vécu à Saint-Jodard chez les Sœurs, et j’ai eu là de nombreuses occasions de rencontrer le père : dans toutes les célébrations eucharistiques qu’il célébrait avec une profondeur et fidélité incroyables, dans le sacrement de confession, dans les si nombreuses heures de cours qu’il donnait, dans des rencontres imprévues parfois, le croisant marchant seul et priant, etc.

Dans les rendez-vous personnels, c’était très simple, je demandais la lumière sur les questions du moment et ressortais toujours avec une espérance renouvelée. C’était l’expérience de ce que dit le prophète Isaïe (40, 31) : « Ceux qui espèrent dans le Seigneur renouvellent leur force, ils déploient leurs ailes comme des aigles, ils courent sans s’épuiser, ils marchent sans se fatiguer ». Ou encore la parole du psalmiste (Ps 103), bénissant Dieu, « Lui qui pardonne toutes tes offenses, qui te guérit de toute maladie, qui rachète à la fosse ta vie, qui te couronne d’amour et de tendresse, qui rassasie de biens tes années, et comme l’aigle se renouvelle ta jeunesse. » Le père nous aidait à garder cette éternelle jeunesse des enfants de Dieu, des âmes assoiffées de la Lumière divine et brûlantes de charité. Par sa lumière, sa charité et sa miséricorde, il redonnait vie à nos âmes parfois un peu tristes ou désespérées. Il était vraiment un homme de Dieu.

Durant toutes ces années, je l’ai connu, prédicateur infatigable, s’appuyant sur la Parole de Dieu et en particulier sur les écrits de saint Jean. Il parlait sans s’épuiser, ne cessait de communiquer la sagesse. Non sans fatigue… à en tomber de sommeil parfois, mais toujours debout, ou à genoux, renouvelant ses forces en Dieu seul et dans le cœur de Marie, dans l’intériorité et le silence de la prière, dans son lien secret à Dieu. Il continuait avec une ferveur renouvelée de donner son enseignement de vie avec une recherche et une jeunesse inégalables.

Car s’il parlait des trois sagesses, il en vivait surtout… Le développement unique de son intelligence philosophique et son réalisme lui ont permis d’enseigner la Sagesse philosophique, allant jusqu’à la découverte de Dieu, jusqu’à la fin de sa vie. Cette intelligence affinée, il a su la mettre au service de la Parole de Dieu et développer une théologie scientifique (comme une structure, un fondement) et une théologie mystique, sommet de sa recherche théologique, secrets livrés sur l’Evangile de saint Jean. Il a enfin vécu sans cesse sous le souffle du Paraclet, mû par le don de sagesse et animé par l’Esprit Saint, par ce souffle d’amour et de miséricorde. On le touchait à la fois dans la ferveur et la fidélité de sa vie de prière et dans son enseignement.

C’est cette vie à l’école des trois sagesses qu’il m’a transmise et qui me gardera fidèle dans ma vie consacrée. Cela donne à tout ce que je vis un sens aigu de la fin : tout faire pour Dieu, pour le Christ, par amour, dans la lumière.

Ce que j’ai aussi touché, lors des confessions avec lui, c’est son sens des personnes, son très grand respect de chacun, son écoute et sa miséricorde, et en même temps sa netteté. Il corrigeait ce qui devait l’être (quand on lui demandait la lumière), il était pauvre dans les conseils qu’il donnait et en même temps très lumineux et réaliste : en quelques mots il apportait une lumière qui relève. Il invitait à la prière et nous tournait vers Marie. Comme saint Jean, il a pris Marie chez lui, et nous ne pouvions que le suivre. Il a parlé du mystère de Marie avec une vérité et profondeur uniques.

A travers ses prédications, nous touchions sa foi, son espérance, sa charité, son amour de l’Eucharistie et, comme je le disais, de la Vierge Marie : c’était toute sa vie. Et cela transformait la mienne. Il parlait sous le souffle du Paraclet et cela actuait, transformait concrètement ma vie.

Enfin, si Dieu l’a fait entrer dans le silence le 20 Juillet 2006, ce n’est sans doute pas pour rien… Sachons reconnaître les signes que Dieu nous donne. Par la sagesse qu’il a communiquée, il est venu, à la suite du Prophète Elie et de saint Jean-Baptiste, remettre tout en ordre dans nos vies, par la lumière de la finalité. Il est venu aussi par sa miséricorde incessante, montrer l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Il est venu aussi comme un apôtre de lumière « dont la Parole brûlait comme une torche » (cf. Si 48, 1). Analogiquement à Moise et Elie à la Transfiguration, il est apparu pour nous donner le Pain eucharistique durant ses 70 ans de sacerdoce et pour préparer le Retour du Christ, pour éveiller en nos âmes le réalisme de sa présence et la SOIF de son Retour.

Et si Dieu l’a rappelé à Lui le 26 août, fête de la Vierge de Czetochowa, c’est qu’il était un fils tant aimé de la Vierge Marie, la toute pure, et qu’à la suite du Bienheureux Jean-Paul II, son ami, il avait totalement consacré à Marie son âme et son corps, toute sa vie — Totus Tuus.

« Si les hommes se taisent, les pierres crieront ! » (Lc 19, 40)

une soeur