Notes d’homélie du p. MD Philippe, sur le Sacré-Coeur

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Fête du Sacré-Cœur

La fête du Sacré-Cœur est pour nous l’achèvement du mystère de la Croix. Jésus a tout offert au Père pour nous, au plus intime de son âme. Il a offert sa vie en nous donnant tout, et il est mort en s’offrant lui-même pour obéir au Père, pour nous montrer son amour pour le Père. Il ne peut rien refuser au Père, et il ne lui a rien refusé, il a tout donné.(…)

Pourquoi le Père a-t-il laissé ce soldat faire, de sa lance, ce geste qui humainement parlant était inutile et qui n’était plus un geste humain ? C’est pour nous que le Père a permis ce geste. Pourquoi ? pour que nous puissions découvrir davantage l’amour de Jésus pour nous à travers la Croix, que nous puissions comprendre que cet amour de Jésus, qu’il nous a manifesté en acceptant le supplice de l’esclave, rejeté des hommes, atteint son sommet quand le Christ est déjà mort : c’est là que tout s’achève. Ce dernier geste, où le cœur du Christ verse ses dernières gouttes de sang et d’eau, c’est pour nous que le Père l’a permis, pour que nous comprenions que Jésus a tout donné, volontairement, à travers son corps qui est le corps d’un Dieu et qui n’est donc pas un cadavre humain. Ce corps n’aurait pas dû mourir puisqu’il est divin et que la mort ne peut pas entrer en Dieu, mais il fallait que ce corps puisse à sa manière, dans le silence, exprimer l’amour. L’amour ne s’exprime pleinement qu’à travers le silence, et là c’est le silence de la mort, le silence d’une intelligence qui a accepté de se taire. On a voulu que Jésus se taise, qu’il ne parle plus, parce que ses paroles étaient gênantes pour les hommes — elles étaient trop fortes et trop efficaces —, et c’est pour cela qu’on l’a crucifié : pour qu’il ne parle plus.

Et le Père a voulu qu’il y ait un geste, un pur geste, sans parole. Jésus est mort, il se tait, il a offert pour nous sa parole, mais il fallait encore que son cadavre manifeste, crie son amour pour nous. Le Père a voulu qu’il y ait comme un dernier geste silencieux, qui est le plus éloquent de tous et qui résume tous les gestes du Christ. Tous les gestes du Bon Pasteur, tous les gestes d’amour du Christ durant sa vie au milieu de nous, se terminent dans le silence et dans la blessure du cœur, pour que notre cœur comprenne. Il ne peut plus parler, mais son cœur saigne pour nous montrer son amour. Il a voulu tout donner. Durant sa vie, il nous a donné tout son enseignement, il nous a donné ses secrets, et surtout son grand secret d’amour pour le Père : « Le Père et moi nous sommes un » (Jn 10, 30 ; cf. 17, 11 et 21-22). C’est le plus grand secret, celui où Jésus montre qu’il est notre Dieu, Dieu pour nous. C’est extraordinaire, cela : Dieu pour nous ! Et afin d’être totalement pour nous, Dieu s’est abaissé jusqu’à se laisser crucifier, et il a fallu ce dernier geste, geste à l’état pur, parce que l’amour ne peut pas se dire pleinement par la parole, il se dit plus par le silence et par l’offrande de tout ce qu’on est.

Humainement ce geste était inutile, il est une surabondance inutile… et c’est le geste que nous devons aimer le plus puisque c’est le geste ultime, où le Christ n’est plus actif mais passif. Or le geste, quand on est passif, exprime plus l’amour, et d’une façon plus profonde.

Il y a pour nous, dans cette fête du Sacré-Cœur, un secret que le Père veut nous faire comprendre : il veut que nous recevions, dans la foi et dans l’amour, ces larmes du cœur du Christ. Marie-Madeleine a dû recevoir ces larmes du cœur du Christ avec un très grand amour, et Marie encore plus, comme une surabondance de l’amour de son Fils. Son amour est toujours surabondant, il dépasse toujours toutes les limites, il veut aller jusqu’au bout — « Il les aima jusqu’à la fin » (Jn 13, 1) — et c’est ce que nous révèle son cadavre divin.

Il faut que nous recevions ce geste comme Marie-Madeleine l’a reçu, comme Marie elle-même l’a reçu, dans le silence de l’amour. C’est sans doute la blessure du cœur de Jésus qui doit nous apprendre le silence de l’oraison ; et c’est pour cela, pour nous faire entrer dans le silence de l’oraison, que cette fête du Sacré-Cœur nous est donnée.

Père Marie Dominique Philippe, Homélie, 27 juin 2003