Notes de lecture du p. MD Philippe, sur la miséricorde

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Sur la miséricorde

La miséricorde, en cherchant toujours à soulager la pauvreté, la misère de l’autre, ajoute à la charité fraternelle une surabondance. Saint Vincent de Paul est un exemple merveilleux de cette ardeur à aider l’autre, à le soutenir dans sa misère. Cette misère, au lieu de nous faire nous éloigner, nous attire. En réalité, ce n’est pas la misère qui nous attire ; c’est le visage du Christ qui a voulu prendre la place du plus misérable pour nous attirer plus, et c’est en ce sens-là que saint Vincent de Paul aimait à voir Jésus dans la physionomie et le regard du pauvre. Et c’est la pauvreté du Christ crucifié qui lui permet d’être miséricordieux à l’égard de tous les hommes d’une manière absolue. Il n’y a plus d’exclusion, tout le monde peut recevoir la miséricorde du Christ crucifié à la Croix ; elle est vraiment donnée universellement, et en même temps la miséricorde doit toujours être une charité très personnelle, parce qu’elle regarde en chacun sa misère et que la misère met toujours en lumière la pauvreté individuelle de chacun, sa pauvreté caractéristique. C’est bien à l’égard de la pauvreté caractéristique de la personne qu’on doit être le plus miséricordieux. (…)

« Bienheureux les miséricordieux » qui sont capables d’envelopper le misérable et de lui redonner vie, en lui redonnant un élan d’amour ! C’est seulement par l’amour qu’on peut vivre (je ne dis pas « acquérir » car on ne l’acquiert pas, c’est un don de Dieu) cette béatitude de la miséricorde qui est en quelque sorte une miséricorde « substantielle ». Je crois que là est la différence entre une miséricorde purement humaine, qui regarde tel mal particulier, et la béatitude des miséricordieux qui vient de la charité, donc d’un amour divin. Dans la charité, c’est Dieu qui nous permet d’être miséricordieux vis-à-vis de la personne qui, à cause du mal, est réduite à n’être plus elle-même, à ne plus pouvoir vraiment atteindre sa finalité. Et on peut, grâce au Christ présent en nous, et grâce à Marie, avoir les gestes qu’il faut (plus que les paroles), avoir le silence qu’il faut, non pas un silence glacial mais un silence d’amour, non pas le silence de l’examinateur ou celui du savant qui cherche à connaître le mal, mais le silence de la mère qui enveloppe l’enfant qui souffre. Et cela, Mère Teresa l’avait bien saisi. Elle a vécu éminemment cette béatitude des miséricordieux à l’égard de ceux qui ont le plus besoin d’être enveloppés comme des tout-petits, d’être reçus en quelque sorte dans un nouveau « lieu » où ils puissent avouer les misères qu’on n’avoue à personne d’autre mais qu’on dit à celui qui est proche et qui est compatissant, miséricordieux.

Père Marie Dominique Philippe, « Je suis venu jeter un feu sur la terre »