Intervention du p. Benoit J., Rencontre de Genève

Publié le Mis à jour le

Samedi 23 février 2008

Le père Marie-Dominique Philippe,
un homme d’ouverture et de miséricorde

Lorsque m’a été demandée une contribution pour les 1res Rencontres de Genève, j’ai aussitôt proposé de m’exprimer sur le thème de la miséricorde qui m’a toujours semblé tellement central dans tout l’enseignement que le père Marie-Dominique Philippe nous a transmis. Je me suis d’ailleurs souvent dit que si, par malheur, il devait m’arriver un jour d’oublier tout ce que j’ai reçu de lui, j’aimerais au moins pouvoir me souvenir à tout jamais de la manière si radicale dont il nous rappelait constamment l’absolu de la miséricorde, tel qu’il doit s’inscrire profondément dans notre vie chrétienne. Le père Philippe m’apparaîtra toujours comme étant, par excellence, l’apôtre de la miséricorde et, par le fait même, comme un homme d’une extraordinaire ouverture. (…)

J’en viens maintenant, précisément, à la dimension suprême de la miséricorde que nous révèle la sagesse chrétienne, la sagesse de l’Évangile. Combien de fois n’avons-nous pas entendu le père Philippe nous commenter, dans le chapitre 8 de l’Évangile selon saint Jean, le récit de la rencontre de Jésus avec la femme adultère ? Il ne manquait jamais de nous rappeler alors la parole de saint Augustin : « Jésus face à la femme adultère, c’est tout l’Évangile… » Et, pour revenir sur cette page de l’Évangile qui nous révèle tout le mystère de la miséricorde de Jésus, je ne trouve rien de mieux à faire que de vous lire quelques lignes d’un commentaire que le père Philippe nous en a laissé :
« Pour saint Augustin, nous sommes là au cœur de l’Évangile : « Ils ne restèrent plus que deux : la misérable et la miséricorde ». (…) La misère, c’est cette femme saisie en flagrant délit d’adultère ; la miséricorde, c’est Jésus dépassant la Loi. La Loi, c’est la justice – « Tu as fait cela ? Alors tu es coupable de cela » –, alors que la miséricorde enveloppe la misère et redonne vie au misérable ; elle regarde la personne dans sa blessure propre pour lui redonner un amour nouveau. Le regard des scribes et des pharisiens sur la femme qu’ils condamnent est le regard glacial d’une Loi qui veut être intraitable. Le regard de Jésus sur cette femme est tout autre : il veut être seul avec elle, parce que la miséricorde est un geste personnel, qui ne peut se faire qu’à une seule personne en particulier. »

Ce passage de l’Évangile, tel que nous le commentait le père Philippe, devrait pouvoir jeter, à lui seul, une grande lumière sur la situation tragique du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, où nous voyons notre humanité tellement abîmée. D’un côté, une fausse libéralisation des mœurs qui n’en finit plus de nous dégrader et, de l’autre, un pharisaïsme intraitable, qui demeure plus redoutable que jamais et qui se traduit, encore et toujours, par le primat de la justice – une fausse justice, en réalité, qui masque tous nos désirs de vengeance et voudrait avoir perpétuellement le dernier mot dans sa recherche du coupable qu’il faudrait impitoyablement poursuivre et punir. Voilà bien la dureté du monde. Et la seule réponse que le père Philippe savait toujours lui opposer, c’est le primat d’une miséricorde qui ne saurait avoir aucune limite, puisqu’elle ne peut être qu’à la mesure de l’amour infini que Dieu porte à chacun de nous.

Fr Benoit

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