Intervention du p. Marie Dominique G., Rencontre de Genève

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Intervention de fr Marie Dominique Goutierre

Rencontre de Genève,  23 février 2008

(transcription)

« J’ai toujours beaucoup aimé saint Jean. Pour moi les dominicains, c’était saint Jean. Le père DEHAU, pour moi, c’était saint Jean. J’ai tout de suite compris cela ainsi dans la simplicité de la foi ». C’est un extrait du livre « Les trois Sagesses » où le père Marie Dominique PHILIPPE raconte comment il a tellement reçu de son oncle dominicain le père DEHAU, et que, très vite, ce sont les dominicains qui se sont imposés à son cœur. « Je n’ai jamais aimé que les dominicains ».

Il aimait rappeler, avec un peu de malice, lorsqu’ il était novice, un jésuite était venu le trouver pour lui dire, « mais pourquoi pas chez nous ? ». Et il avait répondu : «parce que vous n’êtes pas assez contemplatifs ». Puis il disait,  « Ah, je ne sais pas si je dirais encore cela, parce que à l’époque j’avais dix-huit ans et on a tous les toupets, et donc j’ai dit ça ».

C’est une première constatation très profonde, très simple, le père Marie Dominique PHILIPPE a été fondateur de notre communauté et il a toujours voulu, explicitement, rester dominicain par fidélité à l’appel premier de Jésus sur lui. Et souvent, nous l’avons entendu nous dire qu’une vocation religieuse c’est d’abord un appel personnel. Bien sûr, nous nous lions à une communauté, mais c’est un lien personnel entre le Christ et chacun. Et au fond, chacun des fils de saint Dominique peut dire quelque chose de ce que c’est que la grâce et l’appel du Christ sur saint Dominique. Il s’est toujours bien dit, fils de saint Dominique.

Et j’aimerais insister simplement sur un aspect, parce que c’est très rapide. La meilleure manière, disait-il de comprendre saint Dominique c’est de se rappeler ce qui est dit dans la bulle de canonisation de saint Dominique. On n’a jamais dit que saint Dominique était un contemplatif, on n’a jamais dit qu’il était un actif, on en a parlé comme d’un homme évangélique : «vir evangelicus».

Quoi de plus grand ? Se définir non pas par quelque chose qui serait une catégorie, mais par l’Evangile. Et au fond, tous les grands renouveaux de l’Eglise ont toujours été de revenir à l’Evangile. Qu’est-ce qu’une vie évangélique ? Qu’est-ce qu’être un homme évangélique ? C’est être relatif au Christ. Et pour le père Marie Dominique PHILIPPE, être un homme évangélique à la suite de saint Dominique, pour être un de ses fils, un fils vraiment de saint Dominique, c’était, comme il le disait si souvent en citant l’Evangile de saint Jean, suivre l’Agneau partout où il va. Suivre l’Agneau c’est l’Evangile de Jean, c’est la vocation de Jean, c’est aussi cette parole extraordinaire de l’Apocalypse : « Ceux-là suivent l’Agneau partout où il va », et il ajoutait : «Voilà la vocation dominicaine, voilà la vocation de saint Jean ».

Qu’est-ce qu’être un homme évangélique ? C’est peut-être une question que nous devons nous poser. Et interroger l’enseignement du père Marie Dominique PHILIPPE, la tradition dominicaine, pour le découvrir de l’intérieur. C’est découvrir la personne du Christ. Jésus ne se ramène à aucune catégorie et la sainteté chrétienne n’est pas une catégorie que l’on peut définir. C’est pourquoi, nous l’entendrons sans doute demain, le père Marie Dominique PHILIPPE a été tellement reconnu par tant d’hommes comme un homme libre parce que la seule chose qui l’intéressait, c’était de suivre le Christ. Suivre l’Agneau, suivre Jésus c’est accepter de mourir à soi-même, c’est la parole de l’Evangile, pour être en tout, quant à son cœur, quant à son intelligence, quant à toute sa vie, celui qui suit le Christ partout où il va.

Etre un homme évangélique, c’est encore, comme il le disait une fois au chapitre général des frères, des frères de saint Jean, être un homme évangélique, c’est discerner, découvrir dans le cœur du Christ, l’amour du Père, voir le Père en Jésus. Ce n’est pas autre chose que la parole de l’Evangile. Jésus est pour nous l’Envoyé du Père, et voir le Père, c’est être un homme évangélique, c’est découvrir Jésus, comme l’Envoyé du Père. Je crois qu’on peut dire que c’est quand même quelque chose qui est au cœur de la vie de celui qui nous réunit durant ces deux jours.

Etre dominicain pour lui c’était suivre le Christ partout où il va, découvrir Jésus comme l’Envoyé du Père, contempler l’amour de Jésus pour le Père, et en devenir le témoin pour les hommes. Comment être témoin d’un amour si ce n’est par l’amour? Ce n’est pas autre chose que les deux grands commandements de l’Evangile : aimer le Père, aimer nos frères. C’est cela être un homme évangélique.

Vous savez combien le père Marie Dominique PHILIPPE aimait à citer très très fréquemment un des grands trésors de Thomas d’Aquin, et il disait souvent à ce propos, Thomas d’Aquin c’est le fils bien aimé de saint Dominique, or Thomas d’Aquin parlant de saint Jean, dit qu’il y a trois caractères de la sainteté de saint Jean pour lesquels il est le disciple bien-aimé du Christ : perspicacité de l’intelligence, pureté du cœur et jeunesse. Et le père Marie Dominique PHILIPPE aimait ajouter, avec un peu de malice, un saint découvre le cœur d’un autre saint.

Saint Thomas d’Aquin découvre le cœur de saint Jean. Je crois qu’on peut dire que notre père Marie Dominique PHILIPPE est aussi quelqu’un, qui par sa vie dominicaine de contemplatif, d’apôtre, d’homme évangélique qui cherche à la suite de saint Dominique à rencontrer le Christ et à aider les hommes à le rencontrer, a cherché à être perspicace dans son intelligence, nous aider à connaître Dieu. Il a cherché à nous enseigner toujours le véritable amour, et il avait une telle espérance pour chacun de nous. Tous ceux qui le rencontraient peuvent témoigner combien c’était un homme d’espérance qui ne s’arrêtait jamais à nos limites et nos à difficultés, ce qui nous permettait de rebondir toujours, parce que c’était un homme témoin de la vérité.

Alors voilà très très brièvement un portrait de ce qu’il essayait de découvrir : qu’est-ce qu’être un homme évangélique à la suite de saint Dominique? à la suite de saint Jean ? qu’est-ce que c’est que l’être pour l’Eglise d’aujourd’hui ?