Témoignage d’un prêtre, du Mexique

Publié le Mis à jour le

(traduction)

Témoignage sur le père Marie-Dominique Philippe

On pourrait dire beaucoup de belles choses sur le père Philippe, mais ce dont je voudrais témoigner, c’est la manière dont sa vie a été et continue d’être pour moi un exemple qui me pousse à me consacrer à Dieu .

Comme tout jeune de 21 ans qui a plusieurs projets pour son avenir, je me posais la question de me consacrer au Christ. J’avais beaucoup de questions sur l’orientation de ma vie, je n’étais pas sûr de l’appel de Dieu, j’avais peur et je ne voulais pas me tromper. Mais j’avais trouvé quelque chose de spécial dans la Communauté des Frères de Saint Jean, quelque chose qui retenait mon attention, quelque chose de profond, car ce n’était pas en premier lieu l’habit ou le monastère où ils vivaient, ce qui me touchait était plus intérieur : le fait de pouvoir répondre aux interrogations que je portais en moi. Je connaissais plusieurs frères et chacun à sa manière répondait à ce que je voulais savoir, ce que je cherchais. Puis j’ai rencontré le père de tous ces frères, le père Marie-Dominique Philippe, et c’est alors que j’ai pu, à travers sa vie et son enseignement, mettre un nom sur ce qui m’attirait avec force dans la vocation à la vie consacrée : la sagesse. Dieu m’appelait à le chercher en cherchant la sagesse, Dieu m’appelait à consacrer ma vie à la recherche de la vérité. Le père Philippe était donc le témoin de cette recherche, comme celui que Dieu, dans sa providence, avait mis sur mon chemin pour me conduire à Lui de cette manière particulière.

Voici quelques aspects de la vie du père Philippe, témoin de la sagesse :

Le premier est la pauvreté dans la vie du père Philippe. Même s’il pouvait mériter par sa trajectoire de vie certains privilèges, il ne les a jamais cherché, au contraire : sans chercher à être stoïcien, il recherchait ce qui est simple et humble. Je me rappelle sa vieille valise qu’il emportait dans ses nombreux voyages et qui ne comportait quasiment que sa Bible Osty, sa préférence pour la pauvreté au lieu du luxe, même s’il avait bon goût, et beaucoup d’autres exemples de pauvreté matérielle. Il vivait aussi d’une pauvreté spirituelle : qui ne se souvient du jour où son frère de sang, le père Thomas, est mort, et de la manière si pauvre avec laquelle il a vécu ces moments difficiles, sans aucun repli sur soi et sans rechercher l’attention des autres. La pauvreté du père Philippe faisait de lui un serviteur fidèle, et le grand service que le Seigneur lui a demandé a été de communiquer la vérité. Ce service, il l’a réalisé toute sa vie, en enseignant avec force mais sans s’imposer, jamais comme celui qui sait ou qui sait plus, et surtout, jamais pour écraser qui que ce soit. Bien sûr, il dialoguait et argumentait avec force, avec son irascible et son intelligence brillante, mais jamais au détriment de la charité. Quand il devait recevoir un frère qui pensait autrement, ou même s’il savait que celui-ci le critiquait, ou disait du mal de lui derrière son dos, le père Philippe le recevait humblement. Telle était sa pauvreté : se faire relatif à la personne que Dieu mettait devant lui.

Sa pauvreté spirituelle avait une source : l’adoration. Le deuxième aspect de ce témoignage de sagesse que j’ai découvert chez le père Philippe était sa vie d’adoration, qui se manifestait dans une grande liberté d’esprit. Un des aspects essentiel de sa prédication était la crainte du Seigneur, l’adoration. « Le principe de la sagesse est la crainte du Seigneur ». Je me souviens, quand les attaques parues contre sa personne dans la presse étaient si fortes, de lui avoir demandé comment il faisait pour ne pas se décourager. Le père Philippe m’avait répondu : « Comme la femme du chapitre 12 de l’Apocalypse : grâce aux deux ailes du grand aigle, je m’enfuis dans l’adoration ». On pouvait voir et toucher dans le père Philippe cette liberté intérieure que lui donnait l’adoration.

Sa pauvreté et sa piété faisait de lui un homme d’une joie exceptionnelle. Le père Philippe avait presque toujours un sourire sur son visage qui surprenait et encourageait tous ceux qui le voyaient. Le père Philippe était un homme épanoui et heureux ; il ne cherchait pas la gloire qui vient des hommes, son cœur n’était rempli que de l’unique nécessaire.

Pour terminer ce témoignage je voudrais souligner que la sagesse que prêchait le père Philippe était de manière ultime la sagesse de la Croix, et le père Philippe la vivait dans un don total de lui-même, comme le Christ. Je lui ai un jour posé une question un peu indiscrète : j’étais alors en formation et mes supérieurs me disaient que le père Philippe était manipulable, que certaines personnes lui faisaient dire ce qu’elles voulaient. Cela m’a beaucoup déconcerté parce que cela me posait un grave problème : qui serait l’interprète fidèle de ce que le père Philippe voulait dire en vérité ? Alors je suis allé directement voir le père Philippe pour lui demander : « Père, j’ai entendu dire que vous vous laissiez influencer par n’importe qui, est-ce vrai ? » Le père m’a regardé fixement et il m’a dit : « Je suis le Christ, et lui s’est laissé faire ». J’ai parfaitement compris que même si certaines personnes prétendaient le tromper, ou croyaient qu’à cause de son âge il ne se rendait pas compte des trahisons et des infidélités, le père Philippe, au contraire les portait et les offrait en silence, parce que sa lumière, sa sagesse, son unique sagesse était le Christ crucifié. Qui l’a vu célébrer le mystère de l’Eucharistie percevait de manière palpable l’union entre le prêtre et la victime dans son offrande d’amour.

Je ne peux pas ne pas mentionner aussi la relation si spéciale que le père Philippe avait avec la Vierge Marie. Le père Philippe était un enfant de prédilection de la Vierge Marie. Celle qui est le trône de la sagesse était pour lui la « gratuité nécessaire ». Le père Philippe nous a éduqué à chercher, mendier et vivre de la sagesse en prenant la Vierge Marie par la main, il nous a appris, par son exemple, à nous laisser engendrer par elle pour vivre de la vocation à laquelle Dieu nous a appelés.

Si je devais résumer en une seule parole ce qui m’a marqué de son témoignage de vie, je dirais : la cohérence de sa vie. Le père Philippe a consacré sa vie à la recherche de la vérité, il a vécu ce qu’il a prêché et c’est cela qui m’a donné et continue de me donner aujourd’hui la force d’aller toujours plus avant sur le chemin du Seigneur. Je rends grâce à Dieu d’avoir mis sur ce chemin un père, un guide, un ami, le père Marie-Dominique Philippe, pour me conduire à Lui.

Un prêtre du Mexique