Témoignage d’une soeur, de France

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Témoignage sur le père Marie-Dominique Philippe

11 juin 2013

Le ‘père Marie-Do’ a toujours fait partie de mon univers, puisque mes parents l’ont connu bien avant ma naissance, dès les premières années de la Communauté saint Jean. Je n’ai pas gardé de souvenirs précis de lui durant mon enfance, mais je me suis rendue compte plus tard combien j’ai été marquée à travers mon éducation spécialement dans l’éveil à la foi, par l’amour de l’Eucharistie et de l’Evangile de saint Jean. Sa voix aussi, si particulière, m’a toujours été familière et évoque le souvenir de ces célébrations qui m’ont tant marquée enfant.

La première fois que j’ai rencontré personnellement le père Marie-Dominique Philippe, ce fut au Forum Amour et Vie à Genève, en janvier 2003. Cela a été très court et très simple : à l’issue de la messe de clôture, on m’a poussée avec lui dans une chapelle latérale, et je lui ai simplement demandé sa bénédiction car je désirais rentrer chez les sœurs contemplatives. Il est resté discret et joyeux, me disant de vivre ce temps dans la prière.

Je n’ai donc connu personnellement le père que les trois dernières années de sa vie, et je voudrais souligner par quelques exemples ce qui m’a le plus frappée chez lui.

Tout d’abord sa capacité de compatir aux souffrances de ceux qu’ils rencontraient.

C’était lors de la retraite johannique, à st Jodard, en août 2003. Le père Philippe prêchait sur les mystères lumineux. Depuis deux ans, je désirais rentrer chez les sœurs. Je venais d’avoir 18 ans et de passer mon bac, mais des difficultés avec ma mère avaient poussé les sœurs à me demander d’attendre encore une année. J’avais en mai et juin rencontré plusieurs fois le père Philippe, seule ou avec ma mère, et il m’avait encouragée à m’en remettre à ce que décideraient la maîtresse des novices et la prieure générale. Au mois d’août, j’étais donc dans une grande souffrance devant ce délai et l’incompréhension de ma famille, et à la sortie d’une conférence, je me suis glissée dans la file d’attente devant le parloir où le père Philippe recevait. Lorsque je suis entrée et que je l’ai trouvé assis, tout recueilli, je n’ai pas pu retenir mes larmes pour lui annoncer que je devais encore attendre. Je ne suis pas sûre qu’il me reconnaissait d’une fois à l’autre, mais il était toujours très présent, et il m’a seulement pris la main en me disant : « c’est le Purgatoire, ça ! ». Il a ensuite pleuré avec moi, et appuyé son front contre le mien. Ce geste de compassion a été tellement respectueux que je n’en ai eu aucune gêne, et c’était même la seule chose que je pouvais recevoir à ce moment où je souffrais trop pour écouter de bonnes paroles.

En mars 2009, de passage à Cebu (Philippines), j’ai rencontré une sœur apostolique que je ne connaissais pas. Elle m’a raconté qu’elle se trouvait à Rimont le jour de la mort de mon père, le 28 mai 1995. Ce jour-là, le père Philippe avait commencé la messe en annonçant qu’un de ses amis, venait de mourir laissant sa femme et 8 enfants. Il a alors confié à la prière des frères et des sœurs cette famille, en particulier les deux dernières encore petites (j’avais 10 ans, et ma sœur 9). Cela a dû tellement marquer cette sœur que, 14 ans plus tard, elle me l’a tout de suite rapporté, quand je me suis présentée.

Lors de mes deux années de noviciat vécues auprès du père Marie-Dominique, j’ai plusieurs fois remarqué que malgré son âge, le père gardait tout son caractère et son indépendance. On ne lui faisait pas faire ou dire quelque chose qu’il estimait inutile ou qu’il ne voulait pas dire. Au moment de l’entrée au noviciat, nous recevons une médaille qui est bénie avant ou pendant la cérémonie. J’avais cru que la mienne avait été oubliée, et à la confession d’après, j’ai demandé au père Marie-Dominique de la bénir. Il l’a embrassée en souriant et me la rendue. J’ai donc renouvelé ma demande, mais il l’a embrassée de nouveau, me l’a fait embrasser et me la rendue sans bénir ce qui l’était déjà !

Une autre fois, (je ne sais plus s’il s’agissait d’une retraite de communauté, où d’une retraite avec des laïcs, mais je sais que nous étions très nombreux dans la salle st Jean) il y avait une réponse aux questions et le frère chargé de le faire lisait au père Philippe les questions qui lui étaient posées en les précisant ou en les complétant. A un moment, sur une question à propos de la pénitence, il a voulu entrainer le père Philippe à dire qu’il n’encourageait pas les grandes mortifications, mais visiblement, le père Marie-Dominique ne voulait pas répondre de cette manière. Comme le frère insistait, il s’est mis à raconter une histoire sur le repas des lions, en Afrique, terminant par un éclat de rire général et passant à autre chose. J’avais été émerveillée de la délicatesse et de l’intelligence avec laquelle il s’en était tiré, sans être obligé de reprendre publiquement le frère.

Je voudrais terminer en racontant l’une des dernières fois où j’ai pu voir le père Marie-Dominique de près. De mai à août 2006, j’ai été liturgiste à st Jodard. Je crois que c’était pour la messe d’action de grâce de professions perpétuelles, mi-juin, le père Philippe était arrivé à la sacristie (chez les sœurs) accompagné d’un frère. qui était diacre et ne le quittait pas. J’ai été ce jour-là témoin à mes dépends de la pureté du père, et de sa discrétion vis-à-vis des femmes. Ce frère m’ayant proposé d’aider le père Philippe à revêtir ses ornements, celui-ci m’a presque brusquement repoussée (il avait du caractère !) : c’était plutôt au diacre de le faire, et non à une sœur. J’ai remarqué cette pudeur à chaque fois que j’ai eu à l’aider, par exemple pour le soutenir lorsqu’il devait traverser le jardin pour venir nous confesser. Celui-là même qui n’avait pas eu peur de témoigner sa compassion par un geste de tendresse paternelle n’aimait pas que je l’aide à remettre ses lunettes si un frère pouvait le faire à ma place. Malgré son âge et sa fatigue, j’avais, dans ces moments-là, l’impression de me trouver en face d’un homme jeune et chaste jusque dans ces petits détails.

Je garde du père Philippe l’image d’un homme de Dieu très pauvre, ayant l’humilité du serviteur fidèle (ce qu’il disait à Ars pour les 70 ans de son sacerdoce en 2006 l’illustre bien, à mon avis), très fort aussi (je le revois en action de grâce dans notre chapelle, prosterné sans s’appuyer sur le sol, malgré sa fatigue, s’endormant et se relevant sans cesse), habité dans tout ce qu’il faisait par la présence de Dieu et nous le rendant présent, particulièrement au moment de la messe. Il était aussi un maître qui jusqu’au bout a cherché à éveiller nos intelligences : la toute dernière fois que je l’ai vu, c’était pour cette session extraordinaire à st Jodard, en juillet 2006, et il criait : « si vous ne trouvez pas Dieu, c’est que vous ne le cherchez pas où il est ! Dieu, il existe, et c’est comme cela qu’il faut le chercher. »

Une soeur