Témoignage de Marie, de Suisse

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J’ai connu le père Marie-Dominique Philippe en 1971, à Fribourg, en Suisse. Celui-ci donnait à cette époque des cours de philosophie, le soir, dans le cadre du l’Université Populaire de Fribourg. Ces cours étaient ouverts à tout public et nous nous étions inscrits, plusieurs membres de ma famille et mon futur mari, aux cours de philosophie du p. Philippe. J’ai ainsi pu suivre durant quelques années l’enseignement qu’il y donnait, toujours dans le cadre de l’Université Populaire.

Le père Philippe avait un très grand respect de chacun et était d’une très grande discrétion. Mais il était toujours attentif et heureux d’accueillir quiconque désirait le rencontrer, c’est ainsi que nous nous sommes liés d’amitié et que mon fiancé et moi lui avons demandé de bénir notre mariage, en 1975. Nous l’avons reçu à plusieurs reprises à la maison. Il a aussi baptisé l’un de nos enfants.

Dans son enseignement, ce qui m’a le plus marquée a été le domaine de la philosophie éthique. Tout ce que je portais dans mon cœur, sans pouvoir le formuler, le père Philippe en parlait avec une très grande clarté. Il abordait toute la complexité de la nature humaine d’une manière lumineuse. Sa réflexion sur l’amitié, si profonde, nous montrait l’importance de la finalité et un ordre de sagesse dans cette quête du bonheur.

A la même époque, j’ai aussi eu l’occasion de suivre des conférences spirituelles donnés par le père Philippe à des amis. Il s’agissait là de théologie mystique. De manière très simple et très profonde, le père Philippe nous montrait le ciel et nous communiquait ainsi la soif d’y aller.

Sa recherche constante de la vérité, tant au plan philosophique que théologique, et qui a été le labeur de toute sa vie, m’apprit que cette recherche était capitale. Ce n’était pas une vérité « abstraite », mais qui touchait tous les aspects de notre vie humaine, la réalité concrète de notre vie quotidienne. Ceci a orienté et déterminé profondément ma vie.

Dans toutes les conférences philosophiques ou spirituelles auxquelles j’ai pu assister par la suite, le père Philippe n’avait de cesse d’éveiller notre intelligence et de nourrir notre foi. A ces occasions, j’ai pu rencontrer des centaines de personnes unanimes à témoigner de la lumière que le père Philippe transmettait.Son amour du Christ prenait tout son enseignement et toute sa vie. Et ce qui m’a tant frappé chez lui, c’était que sa personne même témoignait de cette lumière, il la répandait autour de lui.

Il ne cessait aussi de parler de la Vierge Marie. Comme saint Jean, il l’avait « prise chez lui ». Il ne la quittait pas et, par le fait, quand on était auprès du père Philippe, on était en présence de Marie, sous sa protection maternelle.

Lors des retraites ou des sessions de philosophie à Saint-Jodard, les laïcs pouvaient partager la vie de prière des frères de Saint-Jean, c’est ainsi que j’ai pu voir le père Philippe régulièrement présent au temps d’oraison le matin, au milieu des frères, toujours à genoux. En 2004, lors d’une veillée de prière avec les jeunes de l’Ecole de Vie de Genève à Saint-Jodard, j’avais été saisie de voir le père Philippe, non seulement rester debout pour la méditation, mais ensuite agenouillé devant l’autel lors de la récitation des mystères. Il ne s’était pas assis pendant tout ce temps… il avait alors 92 ans !

Avec sa recherche de la vérité, ce qui m’a tellement marquée était sa charité fraternelle : A ceci nous avons connu l’Amour : celui-là a donné sa vie pour nous. Et nous devons, nous aussi, donner notre vie pour nos frères » (1Jn 3,16). Et encore : A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres (Jn 14, 35). Toute sa vie et sa personne témoignaient de l’absolu de ce commandement de l’amour.

C’était un homme complètement donné à Dieu et à ses frères. Il ne gardait rien pour lui, ni ses forces, ni son temps, c’était un prêtre mangé, un vrai témoin de l’Evangile, un témoin inlassable de la miséricorde de Dieu.

Ce qui m’a profondément marquée encore était sa joie, il en débordait ; sa très grande liberté, je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi libre et en même temps d’aussi fidèle. Il ne dépendait pas du regard des autres, ni des opinions.

Son désir, par-dessus tout, était de faire la volonté du Père. Cela se manifestait notamment particulièrement dans son amour pour l’Eglise et pour le Saint-Père; si souvent je l’ai entendu nous rendre attentifs à écouter et à recevoir son enseignement.

Plus personnellement, j’ai rencontré de nombreuses fois le père Philippe pour recevoir le sacrement de la réconciliation ou pour lui demander conseil. Combien de fois suis-je venue le voir avec un souci, une question importante, et dès que l’on était auprès de lui, ce souci diminuait jusqu’à perdre beaucoup de sa taille, comme s’il l’avait pris sur lui, il répandait une grande paix. Et, dans l’épreuve d’une séparation que j’ai vécue il y a une dizaine d’années, le p. Philippe m’a toujours remise dans la lumière du sacrement que j’avais reçu, m’encourageant à aller de l’avant.

Pendant trente cinq ans le père Philippe a été pour moi un véritable père qui n’a eu de cesse de me conduire au Christ. Et je suis témoin de la pauvreté de sa paternité. Il n’accaparait jamais et donnait tout gratuitement, et le trésor de son coeur et le trésor de sa sagesse. On pouvait avoir une totale confiance en lui.Il était prêt à donner sa vie pour ses enfants. Et il l’a donnée.

Ma reconnaissance envers lui est immense.

Marie

Juin 2013