Témoignage d’une soeur

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Le 20 juin 2013

Je désire témoigner de ce que le père Marie Dominique Philippe a été pour moi tant le connaître rend ma vie différente.

J’ai eu l’occasion de le connaître dès l’âge de 16 ans, à travers les enseignements qu’il donnait à tel ou tel Festival. J’ai pu ensuite beaucoup recevoir de lui, de 1995 à 2006, étant entrée chez les Sœurs de Saint Jean. J’ai pu assister à beaucoup de ses enseignements, vivre beaucoup d’Eucharisties qu’il célébrait, et le rencontrer personnellement à plusieurs reprises.

Qu’ai-je reçu de lui ?

  • La lumière : « Il y eut un homme envoyé de Dieu. Son nom était Jean. (…) Il avait à rendre témoignage à la lumière. »(Jn 1,6.8)

Dès les premiers cours auxquels j’ai assisté, la lumière qu’il transmettait m’a bouleversé très profondément. L’enseignement philosophique m’apportait des milliers de réponses à des questions que j’avais ou qui étaient plus ou moins enfouies. Ce sont des lumières de vie que le père apportait en tout. La démarche de la découverte de l’existence de Dieu par l’intelligence, à laquelle il revenait tout le temps, m’attirait si fort, que je ne voyais pas possible de me consacrer à autre chose qu’à cela. C’est l’expérience d’une résurrection, ou d’une naissance de mon intelligence que j’ai vécu, et que je vis, grâce au père.

Son enseignement spirituel (à travers ses conférences et ses ouvrages) est aussi une source de vie inépuisable pour moi, pour ma vie de prière, pour découvrir plus ce lien avec chacune des Personnes de la Trinité, avec la Vierge Marie. La précision de ses conférences, leur profondeur nourrissent constamment ma vie, mes journées.

Et son intelligence si affinée au niveau philosophique, et si pétrie de la théologie de Saint Thomas, ne pouvait que faire naître la confiance…

  • Une vie de prière intense

A travers la messe : le père avait une manière bouleversante de célébrer la messe. Comment était-ce possible de célébrer chaque messe avec tant d’intensité, tant de ferveur ? Le père était tout à l’Eucharistie qu’il célébrait, sans une once de distraction, de répétition, … et il était impossible de vivre l’Eucharistie de la même manière après l’avoir vue célébrée par le père. L’intensité de la proclamation des paroles de Consécration, ses gestes d’infini respect et amour quant au Corps et au Sang du Christ, ne pouvait qu’entraîner à vivre l’Eucharistie ainsi, comme un grand mystère d’Adoration et d’amour. Ces paroles que Madre Teresa faisait mettre dans chaque sacristie des couvents des MC, pour moi, le père le vivait à chaque Eucharistie : « Que ce soit comme ta première messe, ton ultime messe, ton unique messe ». Je n’ai jamais vu le père célébrer la messe avec moins de ferveur durant les 11 années que je l’ai côtoyé, et nous avions très régulièrement la messe avec lui et dans des circonstances très différentes (grandes assemblées, juste avec les frères et sœurs, que les soeurs, en petit comité) : C’était toujours avec une intensité unique.

La place de la Vierge Marie : ces paroles du père Marie Dominique reflètent pour moi ce qu’il vivait : « Il faut que les deux mains soient données, que le coeur soit donné, que la tête soit donnée, il faut que toute notre sensibilité, que tout notre corps soit donné. Il faut qu’on appartienne totalement à Marie, qu’on ne s’apartienne plus. Et qu’on ne décide rien, rien, rien, dans notre vie sans que Marie soit alertée, sans qu’on ait demandé conseil à Marie, sans qu’on lui ait demandé de nous montrer exactement ce qu’elle veut avec une force très grande »… c’est cela dont le père témoignait. Le père parlait tout le temps de la Vierge Marie et vivre auprès de lui, c’était comme aussi recevoir la présence de Marie tellement il renvoyait constamment à elle. Le père permettait de rentrer très profondément dans le mystère de Marie (grâce à ses enseignements de théologie mystique), et à la fois d’en vivre très simplement comme des enfants. Dans les trajets qu’il faisait, très souvent on voyait le père avec le chapelet à la main.

Sa ferveur quant à l’office : je l’ai vu plusieurs fois réciter son office lorsque nous nous confessions. Le père avait tellement peu de temps, mais cherchait à être fidèle à la liturgie des heures, et entre 2 sœurs qui passaient pour se confesser, il priait un psaume. Il avait toujours avec lui son psautier.

  • Témoin de la foi, de l’Espérance et de la Charité

Le père en a été un témoin vivant pour moi, déjà en en parlant incessamment dans tous ses enseignements, homélies, conseils personnels.

Mais aussi, sa foi, elle se reflétait dans sa vie de prière où on le voyait si recueilli intérieurement. Il était tout le temps reclus dans la prière, habité par Dieu. Jusque dans sa sensibilité, dans ses gestes, on le voyait tendu vers Dieu. C’est aussi par son avidité et son amour de la Parole de Dieu qu’il citait sans cesse qu’il témoignait de sa foi. Il pouvait passer une année sur le même verset de la Parole de Dieu pour le scruter. Et il la lisait, lors de la messe ou de ses conférences, comme si c’était la première fois qu’il la découvrait.

Son espérance, elle était visible dans le fait que je n’ai jamais vu le père triste. Et pourtant, il portait évidement des choses difficiles, très lourdes parfois. Mais son humeur était égale, et il transmettait une paix incroyable.

Sa Charité, elle se manifestait dans le fait qu’il était donné à tous, tout le temps, jusqu’à l’épuisement. Il était cet apôtre et prêtre infatigable qui voulait donner tout à ses enfants, et ne rien garder pour lui. Il était « normal » pour nous de le voir dormir très peu, et qu’il était dérangeable tout le temps…

Un exemple particulier m’a frappé : une très bonne amie a eu un accident grave et est devenue tétraplégique. Le père Marie-Dominique quand il l’a appris n’a pas voulu s’imposer pour aller la voir, et a attendu d’y être invité par discrétion vis-à-vis du père qui accompagnait cette amie. Ensuite, chaque fois que je le voyais, le père voulait toujours avoir des nouvelles de cette amie, et c’était comme s’il la portait d’une manière actuelle, alors qu’il a peu eu l’occasion de la rencontrer.

  • Rencontres personnelles :

Je l’ai rencontré personnellement à plusieurs reprises avant de rentrer chez les Sœurs, puis régulièrement entre 1995 à 2006 puisque le père venait nous confesser et je demandais à le rencontrer. J’ai toujours été frappée par l’extraordinaire simplicité de ces rencontres : je rencontrais mon père, un « père », et tout était très simple ou redevenait très simple avec lui. Juste le côtoyer quelques minutes faisaient disparaître toutes les difficultés ou doutes : j’étais remis devant l’absolu de ma vocation, juste par sa présence. Et aussi sa grande pauvreté : le père n’avait rien d’accaparant, les rencontres avec lui étaient brèves, et ses paroles toutes simple et très respectueuses. Il exhortait toujours à tout confier à la Vierge Marie et on repartait avec le désire d’être saint, plus enfant du Père et de la Vierge Marie.

Il y a une phrase que le Bienheureux Jean Paul II fait dire à un personnage, dans un pièce qu’il a écrite : « Si la vérité est en moi, elle doit éclater. Je ne peux la nier au risque de me nier moi-même ». La vérité de la personne du père, elle éclatait déjà de son vivant. Puisse-t-elle éclater davantage encore et que beaucoup de monde puisse profiter des torrents de lumière qu’il nous a laissés, tant par ses enseignements, que par sa vie, sa personne.

Une soeur