Temoignage d’un frère

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Le 19 juin 2013

Je suis un prêtre de la Congrégation Saint-Jean, dans laquelle je suis entré en 1988 ; j’ai aujourd’hui 44 ans. Entre 1988 et 2006, j’ai eu de très nombreuses occasions de suivre les enseignements du Père Marie-Dominique Philippe, de le voir vivre au milieu de nous, et de le rencontrer personnellement. C’est pourquoi je voudrais ici, brièvement, surtout rendre temoignage à sa vie « entièrement donnée au Seigneur et à ses frères », comme l’a écrit le Pape Benoît XVI le 26 août 2006, dans son message envoyé au Prieur général quelques heures après la mort du Père Philippe.

La profondeur de ses enseignements sur l’amour spirituel humain et sur la charité divine montre qu’il en avait une grande expérience. Et en effet, il ne s’est pas contenté de parler de l’amour, il la vécu en acte et en vérité au milieu de nous. Je peux témoigner que, personnellement, je l’ai toujours vu vivre du don désintéressé de soi dans l’amour sans réserve, souvent jusqu’à l’épuisement… Je crois qu’on peut dire que c’était un homme qui vivait le plus possible pour Dieu et pour les autres, avec le désir de ne rien garder pour lui-même.

J’ajouterai que, dans sa manière de pratiquer cet amour « jusqu’au bout », il vivait ce que le pape François a exprimé dans l’homélie de la messe d’inauguration de son pontificat : « N’ayons pas peur de la bonté, n’ayons pas peur de la tendresse ! » Le Père Philippe nous rappelait qu’Aristote considérait que l’insensibilité était le pire des vices, et c’était bien un vice que lui n’avait pas. Je pense que la plupart des frères et soeurs de la Communauté ont reçu plus d’une fois de lui des marques de son affection paternelle, qui, loin de nous paraître suspectes du point de vue de la chasteté, étaient au contraire comme un signe de la tendresse du Père des Cieux pour nous. Moi qui en ai souvent bénéficié, je peux dire que n’ai jamais expérimenté quoi que ce soit de contraire à la chasteté dans les gestes d’affection tout simples qu’il me prodiguait, comme de prendre mes mains entre ses mains ou de me serrer tout contre lui. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler qu’il était déjà âgé…

D’autre part, il était totalement consacré à la Vierge Marie et voulait que tout en lui (son âme, son corps et toute sa sensibilité) lui appartienne, comme en témoignent la « prière de consécration» qu’il a écrite et que nous récitons chaque jour, ainsi que la prière qu’il a écrite le 8 septembre 2002, dans laquelle il redit son désir d’être toujours plus le petit enfant de Marie. Je ne doute pas que la Vierge des vierges ait répondu à son désir en purifiant toujours plus ce qui devait l’être en lui. Pour le dire en un mot, j’ai vu l’amour de Dieu et du prochain atteindre en lui l’héroïcité.

On a parlé récemment de quelques témoignages faisant état de gestes ou d’actes contraires à la chasteté que le Père Philippe aurait posés à l’égard de femmes qu’il accompagnait. De tels actes sont une recherche égoïste de plaisir et offensent la dignité de la personne qui les subit; or cela est directement contraire à la charité et au don désintéressé de soi dont le Père Philippe a fait preuve durant toutes les années où nous l’avons vu vivre au milieu de nous. D’autre part, un homme qui poserait consciemment de tels actes à l’égard de plusieurs femmes différentes pourrait être qualifié de « psychologiquement déséquilibré » ; mais il me semble clair qu’une telle pathologie de l’affectivité ou de la sexualité n’existait pas chez le PèrePhilippe ; si elle avait existé, cela n’aurait sûrement pas pu rester caché à tous les frères pendant 30 ans…

C’est pourquoi, sans évidemment prétendre avoir toute la vérité, et tout en respectant pleinement la conscience des personnes concernées, je voudrais dire ici que les choses dites récemment à son sujet me semblent contraires à l’expérience personnelle que j’ai eue du Père Philippe pendant presque 20 ans. Mais je me demande s’il n’est pas arrivé qu’il ait eu des gestes qu’il considérait être des marques d’affection et qui ont été interprêtées par ces personnes comme des actes contraires à la chasteté. Je pense qu’il est surtout très important que ce qui a été dit récemment ne nuise pas au rayonnement de l’héritage spirituel et intellectuel du Père Philippe, notamment tout ce qui touche à l’amour, humain ou divin.

 un frère