Témoignage d’un frère, de France

Publié le Mis à jour le

J’ai rencontré le Père Philippe personnellement pour la première fois, en juin ou juillet 1996. J’avais 18 ans, il en avait 83. Je venais lui demander la permission de rentrer dans la Congrégation saint Jean, dont il était alors le supérieur, permission qui venait de m’être refusée quelques mois plus tôt pour des raisons somme toute … raisonnables. Je n’étais pas attiré spontanément par la Congrégation saint Jean, dont je ne supportais pas la liturgie et dont « l’austérité » me faisait un peu peur. Je ne connaissais que Rimont et St Jodard. Les signes dont l’Esprit Saint se servait pour m’attirer étaient une certaine qualité de la charité fraternelle chez les frères et l’enseignement du Père Philippe, lumineux, vital, profond et simple, mettant tout en ordre. Je voulais une vie toute donnée, pas d’à moitié, mais je n’étais pas très doué pour exprimer ce désir et l’expliquer; le premier refus que j’avais essuyé en témoignait. En outre, je sentais bien ma faiblesse face aux tentations du monde et mon incapacité à attendre indéfiniment à la porte du couvent.

Le Père Philippe m’accueillit très paternellement, écouta ma petite histoire. Cette qualité d’écoute et d’accueil était très marquante chez lui, une certaine chaleur humaine et cordialité aussi, qui ont permis à tant de personnes d’horizon très divers de tisser une amitié avec lui. Il était capable de rejoindre les intentions profondes, la soif de vérité, habitant le cœur des personnes, au-delà des limites apparentes. Il répondit assez rapidement à mon dilemme, en substance: « Je crois que vous pouvez rentrer en septembre prochain. Si ce n’est pas cela, vous vous en rendrez vite compte.» Cette réponse (qui fut tout de même un peu plus longue et argumentée) peut sembler légère, elle était en fait très sage et a probablement sauvé ma vocation. Toute ma sensibilité se rebellait contre ce pas que je désirais faire et si je n’avais pas été porté par un appel authentique, je n’aurais effectivement pas tenu plus de deux semaines. Là encore se révèle quelque chose qui lui était très propre, il acceptait de faire confiance aux gens, largement, magnanimement, jusqu’au bout, malgré les petites ou grandes trahisons, les déceptions, les faiblesses,…

Dans les années qui ont suivies, j’ai souvent eu l’occasion de constater chez lui cette confiance héroïque dans les personnes, ne les jugeant pas sur les apparences, ne les enfermant pas dans leurs limites où leurs échecs passés, sachant voir le potentiel positif de chacun là où nous voyions trop souvent les seuls défauts. J’ai pu découvrir tout au long de ma formation (jusqu’en 2005) que la paternité du père Philippe à mon égard ne se limitait pas à me donner une chance au point de départ mais que je pouvais compter sur lui dans la suite et je ne me suis pas privé de le faire.

Je rends grâce au Seigneur d’avoir pu être souvent témoin de sa miséricorde à l’égard de ses fils en particulier, une miséricorde parfois exigeante, qui n’hésitait pas à corriger avec force quand cela était nécessaire. De telles corrections, j’en ai reçues, personnellement et communautairement. Là encore, il était père, un père qui ne supportait pas que ses fils diminuent la vérité, que ce soit au niveau philosophique, théologique ou simplement de leur vie consacrée. Un père qui nous interdisait avec force de murmurer les uns sur les autres et de nous juger sur les apparences. Ici aussi, il s’agissait d’une question de vérité, la vérité de notre engagement fraternel les uns envers les autres. En deux mots, je dirais que son attitude et sa personne étaient tout entier marqués par la miséricorde et la vérité.

Un frère

8 novembre 2013